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Voici un nouvel épisode de mon modeste récit policier que vous supporterez mieux avec le retour proclamé par nos inénarrables médias de la croissance comme notre cher président, nouveau Nostradamus, nous l'avez annoncée et que j'avais moi-même, je, au su de moi-même aussi annoncée.

Dans l'épisode précédent nous avons appris le suicide de Myriam, devenue la compagne de Chaval.

***

D'abord ces mots: «La feuille Absence quitta l'arbre Crépuscule dans l'automne qui advenait.», dits d'une voix douce, féminine, presque puérile... la voix d'Esther peut-être... qui raconte une histoire à un enfant...

Puis le crissement des hirondelles, projectiles noirs rebondissants contre les parois du crâne de Borme, puisque c'est encore de lui dont il est question.

Puis d'autres mots, toujours d'une voix douce, presque enfantine, avec des r qui roulent, «everybody hate me 'cause I've said the truth», pas la voix d'Esther, pas celle de madame Sansjoie, pas celle de Sélima Narandra, celle d'Hélène Santiago ...

Et, de nouveau, le crissement des hirondelles, fusées noires qui mitraillent les tempes de Borme. Nous pouvons continuer à l'appeler Borme pour le moment. Plus tard, nous verrons. Borme allongé sur le dos. A ses côtés, contre son épaule, l'ombre d'Hélène Santiago perdue qui flotte parmi les poussières dans la pénombre striée de la chambre qui dérive dans l'infini rien de son cauchemar...

Il essaie d'échapper au gouffre dans lequel il dérive mais en vain, il n'arrive pas à se libérer des griffes du fantôme qui l'appelle, à qui il désire porter secours et qui pleure.

Il a beau hurler, il n'entend qu'un grognement caverneux qui sort de sa bouche.

Il continue impuissant à errer à travers les cris, les sanglots étouffés , le visage sans regard du spectre d'Hélène, et ces mots jetés sur de grandes feuilles telles des griffures, des souvenirs oubliés qui reviennent battre ses tempes pour se métamorphoser en chimères querelleuses et stridentes, qu'ils tentent de chasser, qui réapparaissent sans cesse pour picorer des bribes de son cerveau, dans un charivari qui le jette enfin hors du lit à la rencontre de son désespoir et de cette solitude qui s'est imposée à lui depuis l'enlèvement d'Hélène.

Et toujours ces mots qui ne le quittent pas comme un essaim de mouches qui bourdonnent dans sa tête.

Il y a :

- And now ?

- I'm crying...

- How stupid I was ?

- Qu'espérais-tu ?

- I don't know... Pas ça...

- And now ?

- Mon mari m'accuse de ne pas avoir été vierge... It's a monstrous lie...

- I can't stand it any longer!

- Je n'en peux plus !

- What did you hope ?

- I don't know...

- My husband accuses me of not having been virgin...

- I can't stand it any longer !

- Je n'en peux plus !

- It's a monstrous lie...

- He threw on my sari petrol and he set it on fire... I was burning... burning like some newspaper...

- Like some newspaper ?

- Yes.

- Borme aide-moi !

- Je n'en peux plus !

Il y a :

- Digame !

- Me gusta mucho !

- It please me a lot !

- I was burning...

- Borme aide-moi !

- Je n'en peux plus !

- Me gusta mucho !

- Estaba quemando...

- It please me a lot !

- I was burning ...

- Me gusta mucho...

- Y después ?

- I don't konw.. I was burning and nobody was aiding me...

- I was burning like some newspaper.. I was shouting for help... My husband struck me... I got out from the kitchen... In the street, I was shouting for help... but everybody was afraid...

- And your husband ?

- He was running after me.. He was calling on me... Sélima, Sélima...

- Où étais-tu ? Tu courais derrière moi... Où étais-tu ?

- Pourquoi tu n'étais pas là ?

Il y a :

- Te gusta ? Digame !

- Si, me gusta..

- Te gusta ? Digame ! Como ? Digame !

- Me gusta mucho !

- It please me a lot !

- La feuille Absence quitta l'arbre Crépuscule dans l' automne qui advenait...

- I was burning like some newspaper...

- La brise Blessure la portait dans ses doigts d'air subtil...

- I was shouting for help...

- L'arbre Crépuscule lui dit de ne pas se raidir...

- My husband was running after me...And now ?

- Borme I can't stand it any longer ! Je n'en peux plus !

- Viens à mon secours !

- Tu courais derrière moi. Pourquoi tu n'étais pas là ?

- My husband was running after me...

- Te gusta ? Digame !

- Borme , je suis là ! Viens à mon secours ! Je n'en peux plus ! Je crois qu'il va me tuer !

- Nobody was aiding me ! Even you!

Ces cris d'Hélène qu' il ne veut plus entendre mais qui l'étouffent depuis qu'elle a disparu dans ce 4X4 sous yeux , dont dans sa première déclaration à Bouchard il n'a même pas été capable d'indiquer la marque, la couleur et encore moins l'immatriculation. Cette impuissance à fournir aux policiers le moindre indice qui aurait pu orienter leur enquête et permettre de sauver Hélène le déchire parce qu'Il ne sait que trop que, plus le temps passe et plus la chance de la retrouver en vie s'amoindrit. Il a beau forer sa mémoire, presser son cerveau comme un linge mouillée rien de concret ne lui revient en mémoire.

Pourtant il a le sentiment qu'au bord de sa conscience, il y a un élément capital qui lui échappe encore, qu'il doit à tout prix retrouver pour le fournir aux policiers, un élément suffisamment important pour qu'il soit possible d'identifier le kidnappeur.

Dans sa deuxième entrevue avec Bouchard et Hèmery il leur en a fait part mais il n'a pu aller au-delà.

- Vous êtes encore sous le choc, monsieur Karski. Reprenez en détail la scène où tout s'est déroulée, peut-être que vous arriverez à vous souvenir de cet élément ou bien d'un détail qui vous paraît anodin mais qui peut nous mettre sur la piste du ravisseur...

- Oui... Il devait être 7 heures du matin... Hèlène et mois étions parti du port pour notre footing. Je n'aime pas courir, mais depuis quelque temps chaque fois que je la voyais partir le matin seule, j'étais pris d'angoisse, c'est pourquoi j'avais décidé de courir avec elle. Elle est plus entraînée que moi, donc elle prenait de l'avance. Mais d'un accord tacite dès qu'elle était sur le point de trop me distancer, elle revenait sur ses pas puis repartait de l'avant. C'est lorsqu'elle a été à hauteur de la station des eaux usées et qu'elle a emprunté cette portion de route qui la longe que soudain je l'ai vue disparaître sans un cri dans un 4X4 qui a démarré en trombe. Les vitres en étaient teintées, du moins c'est ce qu'il m'a semblé. J'ai essayé de voir Hélène mais je ne l'ai pas aperçue. Dans mon affolement je n'ai même pas pensé à relever l'immatriculation du véhicule qui m'a dépassé à toute vitesse en m'évitant de justesse, puis il a tourné et a pris la direction des collines. J'entends le vrombissement du moteur, le crissement des pneus et c'est tout ce que j'ai retenu. J'ai beau cherché rien d'autre.

- Vous étiez seul ? Vous n'avez pas remarqué s'il y avait un témoin ?

- Nous étions seuls !

- Et le 4X4 ?

- Il me semble qu'il était garé et qu'il attendait l'arrivée d' Hélène... Le plus souvent avant d'aborder cette portion du parcours Hélène tournait et revenait vers moi, pour que nous l'abordions ensemble.. Pas cette fois-ci, malheureusement...

- Pourquoi dites-vous pas cette fois-ci ?

- Parce que c'est ainsi...

- Et les fois précédentes ? Vous n'avez rien remarqué ?

- Non. Je n'avais aucune raison de le faire.

- Et du conducteur vous n'avez rien vu ?

- A vrai dire, non. Pourtant, j'ai l'impression qu' un élément m'échappe pour le moment mais qu'il existe, qu'il faut que je le retrouve... un peu comme quand vous cherchez un mot, un nom dont vous savez que vous le connaissez mais que vous n'arrivez pas à faire revenir à votre conscience... mais il est là...

- Si c'est le cas, dès que vous vous en souvenez il faudra immédiatement nous le confier... fait Bouchard.

Mais voilà, il n'arrive pas depuis des jours et des jours à se remémorer cet élément qui pourrait peut-être atténuer ce sentiment de culpabilité qui le taraude qui génère en lui tout cet amoncellement de cris qui l'écrase et ces cauchemars dans son sommeil où Hélène ne cesse de crier de lui venir en aide.

Il y a :

- Borme I can't stand it any longer ! Je n'en peux plus !

- Viens à mon secours !

- Tu courais derrière moi. Pourquoi tu n'étais pas là ?

- My husband was running after me...

- Te gusta ? Digame !

- Borme , je suis là ! Viens à mon secours ! Je n'en peux plus ! Je crois qu'il va me tuer !

- Nobody was aiding me ! Even you, don't help me !

- Borme, au secours ! Je crois qu'il va me tuer !

La douche froide n'y peut rien. Le café accroît son amertume. La radio qu'il a allumée, lui annonce les dernières nouvelles du monde, toujours les mêmes :

«Il fait beau en France; un avion se brise en trois morceaux à l'atterrissage, il y aurait 159 morts; Sartre est à l'agonie; le raid de l'aviation américaine sur Hiroshima peut être considéré comme un succès; un étudiant de Petersbourg avoue le double meurtre de mesdames Aliona et Lizaveta Ivanovna; Winston Churchill est mort; le Titanic vient d'appareiller pour sa première traversée de l'Atlantique; un Tchèque s'est réveillé hier matin, dans son lit, transformé en un monstrueux insecte; une jeune femme a été enlevée en faisant son jogging. l'enquête menée par les inspecteurs Bouchard et Hèmery avance grâce au témoignage de son compagnon; le nombre d'accidentés de la route a baissé cette année; le procès de la Baliverna commence; le plan définitif des Pensées de Pascal aurait été retrouvé; Madagascar a disparu; Hakim le teinturier masqué avait un harem de cent quatorze femmes aveugles; une nouvelle jeune femme, en Inde, a été brûlée vive par son mari et sa belle-mère.»

Autour de lui rien n'a changé. Tout est comme avant. Le ciel est muré dans un aplatissement imbécile, la mer dans un avachissement hébété.

La radio continue sa litanie : « l'apparition d'un nombre toujours plus grand de rats se confirmerait dans une ville d'Algérie selon Albert Camus; l'assassin de Roger Ackroyd n'est pas le docteur Sheppard mais sa sœur Caroline, d'après l'enquête de Pierre Bayard; le Grand Inquisiteur d'Espagne a décidé de faire brûler tous les membres de la petite communauté marrane de Ségovie, «Dieu jugera de la véracité de leur conversion au catholicisme», a-t-il déclaré à la foule; en Chine Confucius est remis à l'honneur; l'enfer n'existe pas a déclaré l'évêque fou Donatien; Un homme égorge sa femme, ses deux enfants et s'immole par le feu; les doutes s'amplifient en ce qui concerne l'assassinat de Fiodor Pavlovich Karamazov, d'après le récit de Dostoïevski; un papyrus contenant le discours d'Aristophane sur le mythe des androgynes a été retrouvé à Alexandrie; Ben Laden n'est pas mort ; à Fukushima la situation n'est plus sous contrôle ;la bourse de Wall Street est en hausse de 1,2 pour cent; encore une vielle dame agressée qui a du être hospitalisée».

Soudain, ce fait qui taraude Borme dont il a l'impression qu'en se le remémorant il pourra faire avancer l'enquête sur l'enlèvement d' Hélène lui revient en mémoire. Certes, ce n'est pas une certitude mais cela vaut la peine qu'il prévienne Bouchard. Il lui téléphone :

- Allo, capitaine.

- Oui ?

- Ici Borme.

- Ah monsieur Karski, bonjour.

- Oui, bonjour. Je crois que j'ai du nouveau. Je peux venir vous voir ?

- Bien entendu ! Je vous attends.

Il fait tout le trajet vers l'hôtel de police dans ce tohu-bohu qui ne le quitte pas depuis l'enlèvement d'Hélène :

- Borme I can't stand it any longer ! Je n'en peux plus !

- Viens à mon secours !

- Tu courais derrière moi. Pourquoi tu n'étais pas là ?

- My husband was running after me...

- Borme , je suis là ! Viens à mon secours ! Je n'en peux plus ! Je crois qu'il va me tuer !

- Nobody was aiding me ! Even you !

- Borme, au secours ! Je crois qu'il va me tuer ! Viens à mon secours !

***

En suivant ce lien vous avez l'ensemble du récit :

http://fr.calameo.com/read/000195935a0b14aa2b402

***

Quand on vise le cœur on est sûr de ne pas rater sa cible
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Tag(s) : #Nice city

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