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Voici un nouvel épisode de mon modeste petit récit policier inachevé : 

 

Bien entendu à «  L'intolérance », Marcia Nogueira a aperçu Sarah Rouihi. Comme elle, elle a ressenti un ébranlement qui l' a rendue nerveuse et qui l'a conduite à écourter avec sa compagne leur présence dans le pub. Plus tard, dans les bras de celle-ci elle n'a pu l' oublier. Sa jalousie a augmenté dans les jours suivants et l'a poussée à revoir Sarah. Elle lui a téléphonée, a senti ses réticences, ce qui l'a encore plus motivée à la retrouver. Elle a fini par arracher un rendez-vous.

Comme elle le craignait, Sarah Rouihi a été immédiatement replongée dans le tourbillon de leurs sentiments, immédiatement elle a senti cette détermination massive de Marcia pour lui imposer son amour. Elle savait qu'elle aurait du mal à résister. Effectivement elle n'a pas pu.

Pendant quelques jours, tout a été neuf, chaleureux et même voluptueux entre elles. Au point que Sarah Rouihi commençait à être emportée par l'assurance que lui donnait Marcia qu'elle l'aimait, que cette fois-ci, elle ne laisserait rien de négatif se mettre en travers de leur relation.

Bouchard s'éloignait. Quand elle le revoyait, elle était sensible à son attention discrète, mais elle savait qu'elle se détachait de lui. Il semblait très compréhensif, ne cherchait en aucune manière à faire allusion à ce qui s'était passé entre eux, elle lui était reconnaissante et elle se sentait un peu coupable, mais sa passion pour Marcia emportait tout.

D'autant que Marcia avait changé comme elle pouvait l'expérimenter depuis plusieurs semaines. Ses crises de jalousie, sa violence avaient disparu comme par enchantement ou grâce à leur rupture momentanée.

Elle se trompait.

Un soir, comme elle rentrait plus tard du palais de justice, elle fut de but en blanc placée de nouveau devant cette passion délirante de Marcia, d'abord contenue puis progressivement exacerbée. Très vite les insultes fusèrent. Elle n'était qu'une pute, une salope de crouille, une moins que rien.

Sarah ne comprenait pas pourquoi elle était traitée ainsi. Comme avant, elle en cherchait les raisons. Qu'avait-elle fait pour réveiller la jalousie, le désespoir violent de Marcia ? Elle s'évertuait désespérément à trouver des explications. Elle tentait de se justifier. Elle recevait en échange encore plus d'invectives. Elle n'était qu'une moins que rien, qu'une enculée d'arabe.

-Tais-toi salope.

- Marcia, je t'en prie...

- Je t'en prie... Ordure ! Tu vas la fermer !

- Marcia, je t'aime...

- Pute, pute, voilà ce que tu es, une pute ! Une salope de pute. Tu as intérêt à t'écraser, sinon...

- Mais qu'est-ce que je t'ai fait ?

- Elle le demande cette crouille de merde ! Cette chienne...

Marcia dans un geste brusque s'était rapprochée de Sarah qui avait eu un mouvement de peur. Elle ne se sentait plus rien. Elle était totalement anéantie.

Marcia brusquement calmée, l'avait prise dans ses bras, l'avait serrée et lui avait murmuré, qu'elle s'excusait, qu'elle l'aimait, qu'elle était folle... elle lui promettait qu'elle ne recommencerait plus. Sarah sentait fondre dans ses bras son corps comme un morceau de sucre dans un bol de lait chaud. Elle n'était plus rien, mais au moins elle était dans ses bras et le reste ne lui importait plus. Marcia l'aimait.

Soudain après une courte accalmie la fureur avait ressaisi Marcia, elle avait repoussé avec force Sarah, qui affolée avait voulu se réfugier dans ses bras et s'était rapprochée. Marcia l' avait giflée.

- Fous le camp salope ! Je ne veux plus te voir.

- Marcia... Je t'en prie...

Sarah avait été de nouveau giflée et repoussée. De nouveau elle avait désiré se rapprocher pour que Marcia la prenne dans ses bras . De nouveau elle l'avait giflée et avait continué jusqu'à ce que Sarah s'effondre en sanglotant. Marcia l'avait saisit par les cheveux, l'avait relevée et l'avait jetée hors de l'appartement en lui criant :

- Fous le camp salope !

Sarah était restée un long moment assise sur les marches de l'escalier. Elle était perdue. Petit à petit, la honte l'avait envahie de s'être laissée abusée par Marcia, de s'être laissée battre. Elle n'osait solliciter la moindre personne, surtout pas son père. Elle ne pouvait se montrer à lui dans cet état. Elle pensa à l'ami de Bouchard, Hèmery. Elle devait récupérer son portable et ses affaires. Elle sonna à la porte de l'appartement. Marcia vint lui ouvrir :

- Qu'est-ce que tu veux salope ?

- Mes affaires !

- Tu peux les prendre et foutre le camp, espèce de crouille !

Ses affaires récupérées, elle téléphona à Hèmery qui vint la chercher. Il lui assura que Bouchard n'en saurait rien, même s'il était persuadé que cela aurait été préférable. Ils allèrent à l'hôtel de police où Hèmery enregistra sa plainte, ce qui permit au parquet de prendre une mesure d'éloignement de son domicile contre Marcia Nogueira, mais ne put éviter à Sarah une dernière confrontation où elle reçut de sa part toutes les promesses qu'elle ne recommencerait plus, qu'elle se soignerait, qu'elle l'aimait, qu'elle ne cesserait jamais de l'aimer, ce qui paradoxalement, parce que peut-être Hèmery était là contribua à affermir sa décision de ne plus jamais la revoir. Tout d'un coup, elle avait sous les yeux une étrangère qui l'indifférait, dont elle ne comprenait plus pourquoi elle avait accepté de vivre avec.

Elle alla voir son père.

Mohand Rouihi avait été officier méhariste dans l'armée française. Il sortait de Saint-Cyr. Pour pouvoir épouser la jeune professeure qu'il avait rencontrée à Alger lors d'un bal au mess des officiers, qui appartenait à une famille pied-noir de grands viticulteurs, il s'était converti au catholicisme. Ils avaient eu une fille, Sarah. A la fin de la guerre d'Algérie, il avait été gravement blessé. Il en avait conservé une claudication qui le contraignait à s'aider d'une canne. Il vivait seul dans une maison niçoise sur les hauteurs de la ville. On pouvait le voir chaque matin faire sa promenade quotidienne, sa canne résonnant sur le pavé. Sa haute silhouette de Touareg en imposait à tous. Il parlait peu au point que le voisinage le trouvait hautain. Sa prévenance corrigeait cette première impression quand on avait recours à son aide.

Il était inconsolable depuis la mort de sa femme qui n'avait pu lui donner d'autre enfant. Il ne lui restait plus que sa fille, la famille de sa femme ayant toujours vu d'un mauvais œil ce qui avait été considéré comme une mésalliance. Sarah, elle aussi était rejetée.

- Bonjour papa.

- Bonjour ma fille.

- Tu vas bien ?

- Oui ma fille.

- Ta jambe te fait toujours souffrir ?

- Non.

Elle savait que ce n'était pas vrai. Mais il avait le souci de ne pas l'inquiéter, de ne pas être un poids pour elle.

- J'ai eu envie de te voir.

- Oui.

- Je ne sais pas pourquoi.

- Ce n'est pas ça l'important ma fille.

- Ou plutôt oui, je sais pourquoi...

Il l'observa en essayant de rendre son regard le moins inquisiteur possible parce qu'il connaissait son regard perçant, dont Mireille sa femme lui disait ne pouvoir soutenir l'intensité.

- Arrête Mohand de me regarder comme ça. Je ne veux pas que tu lises dans mon cœur.

- Pourquoi, qu'y-a-t-il dans ton cœur que tu ne veux pas me montrer ?

- Trop d'amour... tu pourrais t'en lasser...

- Plutôt mourir...

Elle avait un rire qui le chavirait et le transportait au milieu du désert là où il se sentait le plus libre, le plus heureux.

 

- C'est parce que j'avais envie tout simplement d'être avec toi...

- C'est ça l'important ma fille.

Ils étaient assis dans un petit jardin où dominaient les pins maritimes.

Sans savoir pourquoi, après un silence elle lui lança :

- J'aimerais avoir un enfant !

- Oui.

- C'est fou...

- Pourquoi ma fille ?

- Il faudrait d'abord que je me trouve un mari...

- Oui.

- Ce n'est pas facile...

- Je sais.

- Je devrais...

Elle s'interrompit. Il avait compris qu'elle avait le cœur lourd. Il l'entoura de son bras et la berça doucement.

- Papa...

Elle ne put aller plus loin.

- Ma fille tu as bien fait de venir.

Il continuait à la bercer comme quand elle était petite et qu'elle avait un chagrin et il lui chantonna à l'oreille un chant traditionnel touareg qui faisait toujours revenir un sourire sur ses lèvres. Pas cette fois-ci parce qu'elle n'était plus une enfant. 

 

En suivant ce lien vous trouverez tous les fragments de mon modeste petit récit policier rassemblés : link

 

 


Tag(s) : #Nice city

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