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vous m'aimez red 

Pour Charles Trossimo le juge Serbais n'était qu'un "pédé" avec toutes les conséquences que cela pouvait impliquer, notamment une absence de courage qui ferait qu'à la moindre menace sur sa personne ou celle de son ami, il se "coucherait" et abandonnerait toute velléité de trouver des preuves de son implication dans les différents crimes auxquels il avait participé. Il est vrai qu'en apprenant "l'accident" d' Etienne il avait été bouleversé. Tant que son compagnon avait été dans le coma, il n'avait pratiquement pas quitté son chevet. Dès que celui-ci avait repris conscience, il s'était juré de tout faire pour que la cavale de Charles Trossimo soit interrompue le plus vite possible. Il s'était aussi employé à étayer son dossier d'accusation. La découverte par le capitaine Hèmery que Mireille Toulouse avait le permis moto et que de ce fait elle aurait pu participer à son évasion, lui avait paru plus que vraisemblable. C'est pourquoi il avait décidé de la convoquer.

- Vous étiez la maîtresse de Charles Trossimo ?

- Je ne le suis plus !

- Mais vous l'avez été, n'est-ce pas?

- Oui.

- De quand date votre rupture?

- De quelques semaines avant son arrestation.

- Vous n'aviez plus aucune relation avec lui?

- Aucune!

- Il n'avait pas cherché à vous contacter depuis sa prison?

- Non.

- Vous en êtes certaine?

- Certaine!

Mireille Toulouse regarde le juge d'instruction droit dans les yeux avec une assurance qui ébranle un peu sa certitude de tenir une piste pour avancer dans son enquête. Il n'en poursuit pas moins :

- Vous avez bien le permis moto?

- Oui.

- Charles Trossimo vous a bien offert une grosse moto, de marque Honda...

- Oui. Mais à notre rupture, il me l'a reprise...

- Il vous l'a reprise?

- Ou plutôt je la lui ai rendue... Je ne voulais plus rien garder de lui... Plus rien lui devoir.

- Pour quelles raisons?

- Devenir sa maîtresse a été une des erreurs le plus graves que j'ai pu commettre!

- Pourquoi?

- Au fond, il me méprisait comme il méprise toutes les femmes... Je n'étais pour lui qu'une proie de plus à son tableau de chasse!

- Vous vous êtes quittés donc en très mauvais rapports?

- Même pas, du moins en ce qui le concerne. Il avait tourné ma page. Cela faisait déjà un bon moment qu'il me trompait ouvertement...

- Si je ne m'abuse vous avez un ressentiment certain contre lui.

- Oui. Mais je n'ai pas les moyens de le montrer! C'est une brute qui n'hésiterait pas si je faisais connaître que c'est moi qui l'ait quitté à se venger...

- Alors il ne peut être question que vous l'ayez aidé dans son évasion!

- En effet!  Vous voyez le "grand" entre guillemets Charles Trossimo faire confiance à une femme pour s'évader! Si je peux me permettre M. le juge, il me manque ce que vous savez pour en avoir la possibilité...

Serbais arbore une mine convaincue. Il a compris que Mireille Toulouse craint les représailles de Trossimo même si elle n'en a pas à proprement parlé peur. Il faut qu'il l'accule à collaborer avec la justice et qu'il la rassure suffisamment pour qu'elle lui révèle ce qu'elle sait ou en tous cas assez d'éléments pour étayer les charges contre le truand.

- Une dernière question? Que faisiez-vous le matin où Charles Trossimo s'est évadé?

- Je ne sais plus, M. le juge....C'était quel jour ?

Serbais lui donne les précisions nécessaires. Mireille Toulouse fait mine de réfléchir puis répond :

- Je ne sais plus exactement M. le juge... Mais souvent en matinée je vais courir sur les collines...

- Vous courez approximativement de quelle heure à quelle heure?

- Cela dépend... Disons vers les huit/neuf heure...

- Vous auriez donc un alibi!

- Je ne sais pas, je crois...

Mireille regrette de ne pas avoir demander à Esther si elle pouvait l'impliquer pour renforcer ses propos. Elle ne se sent pas le droit de la mentionner.

Le juge d'instruction perçoit l'hésitation de Mireille. Il insiste:

- Quelqu'un pourrait confirmer que vous courriez bien ce matin là?

- Non... Je ne vois pas...

- Il n'est donc pas impossible que ce matin-là vous ayez participé à l'évasion de Charles Trossimo.

- Je vous dis que certainement je faisais mon jogging...

- Oui mais il n'y a personne pour le confirmer!

Mireille hésite. elle repense à cette rencontre imprévue avec Esther, à l'amitié affirme Esther, à l'amour renchérit-elle pour sa part qui s'est noué entre elles, au plaisir qu'elles ont depuis à se retrouver, à partager leurs sentiments, à savourer leur présence mutuelle.

 

- Pourquoi vous êtes-vous arrêtée?

- Je... Cela m'a paru évident...

 

- Vous ne croyez pas que nos corps soient entièrement nous, que ce corps pantelant là c'est nous.

- j' ai vérifié, nous ne sommes pas nos corps. Je ne suis pas mon corps. Je le vois assis près de vous, je vois votre corps assis près de ce corps qui n'est pas moi. Si vous prenez votre allume-cigare et vous le posez sur ce corps, il aura de la douleur, je sentirai cette douleur mais elle ne m'atteindra pas comme elle atteint le corps. Essayez !

- Vous me faites peur !

- Vous ne voulez pas essayer ?

- Non, cela m'angoisse trop.

 

- Je peux essayer sur moi ou plutôt sur mon corps...

- Non, je vous en prie.

- Bon, je n'essaierai pas. Je ne veux surtout pas vous angoisser. Je vous aime...

- Je ne comprends pas...

- Oui, je vous aime... j'aime votre corps mais surtout je vous aime vous !

- Comme ça, tout d'un coup ? Sans me connaître ?

- C'est votre corps que je ne connais pas, je peux seulement le deviner à travers vos vêtements... Vous je vous connais.

- Ce n'est pas possible...

- Oui c'est possible, je sais bien qui vous êtes.

- Vous le supposez.

- Comme vous voulez. Je vois bien que vous avez peur que je dise la vérité.

- Non... pas vraiment peur... Je trouve cela incroyable... Moi je ne vous connais pas du tout. Vous êtes opaque pour moi.

- Vous, pas pour moi. Par exemple vous êtes une femme qui n'hésite pas à arrêter sa voiture pour demander à une autre femme si elle peut l'aider. Vous êtes entièrement vous dans ce geste. C'est-à-dire quelqu'un de tourner vers les autres, qui a le goût des autres, qui n'a pas peur de s'offrir, qui n' a pas peur de répondre à des questions d'ordre personnel,...qui a peur de voir le corps de quelqu'un souffrir comme si la souffrance d'un corps avait quelque importance... Vous êtes une vraie entre guillemet bonne femme. Tenez... Vérifiez...

Elle saisit l'allume-cigare et veut le plaquer sur sa cuisse. 

- Non! Ne faites pas ça!

- Vous voyez... je crois que vous préféreriez que cette allume-cigare brûle votre corps plutôt que le mien... Au fond parce que vous savez que votre corps n'est pas vous et que cette brûlure n'atteindra que votre corps et pas vous.

- Peut-être... Mais je vous en prie... renoncez à vous brûler et reposez cet allume-cigare dans son emplacement.

- C'est bien parce que je vous aime que j'obéis.

- Vous m'aimez ?

- Je n'ai pas d'autres mots à ma disposition pour dire combien je suis bien en votre présence, pas en présence de votre corps mais de votre esprit...

- Pourquoi ne serait-ce pas de la sympathie, seulement...

- Mais c'est aussi de la sympathie, mais le mot est insuffisant pour dire que vous ne m'êtes pas seulement indifférente, que vous me plaisez, pas votre corps... oui aussi votre corps, mais votre esprit surtout, vous.

- Mais aimer quand même … je ne m' y fais pas...

 

Esther range la voiture le long d'un trottoir. Elle se penche sur elle.

- Prenez-moi dans vos bras.

- Descendons, ce sera plus facile. 

Elles sortent du véhicule.

- Vous voulez toujours que je vous prenne dans mes bras ?

- Oui.

Elle prend Esther dans ses bras. Elles restent ainsi enlacées un long moment. Esther a réglé sa respiration sur la sienne. Elles sont  très loin de la ville, du moment présent, leurs  corps blottis dans le nid de leurs bras.

De retour dans la voiture elle lui demande:

- Tu as senti?

- Oui. Je sais que tu as aussi raison. Nous ne sommes pas que nos corps...

- Que ?

- Oui que … fait Esther en souriant.

 

- Je veux te faire un cadeau ?

- Cela dépend duquel ?

- Je me brûle et je pose ma brûlure sur ta peau.

- Non.. Tu me brûles, je te brûles et on mélange nos brûlures comme les indiens mélangeaient leur sang.

 

 Non, elle ne peut pas et ne doit pas impliquer Esther.

 

- Pourquoi vous êtes-vous arrêtée?

- Cela m'a paru évident...

 

Au moins sans lui en parler... Non elle ne doit pas même lui en parler. elle est trop certaine de sa réponse.

 

- Pourquoi vous êtes-vous arrêtée?

- Cela m'a paru évident...

 

Les propos de Serbais la tirent de ses pensées :

- Je peux donc conclure que vous n'avez pas vraiment d'alibi...

- Comme souvent ceux qui ne pensent pas à mal et ne s'en prémunissent pas!

- Vous n'avez aucun autre renseignement qui serait susceptible de nous mettre sur la voix de ce dangereux individu?

- Non, je le regrette et en même temps, franchement M. le juge c'est plutôt mieux pour moi, vous ne croyez pas ?

- Vraiment non. Cet homme est incontrôlable! La vie humaine n'a pas le moindre prix pour lui! Plus vite nous l'arrêterons, plus vite nous l'empêcherons de nuire...    

- Oui.

- Réfléchissez. Si vous avez le moindre indice contre lui, tôt ou tard, il vous éliminera. Il a largué les amarres. Il joue le tout pour le tout. Il sait qu'il n'a plus le luxe de ne pas faire table rase derrière lui. En attendant je vous demanderai de ne pas quitter la ville, je suis susceptible de vous interroger de nouveau.

En sortant du palais de justice, Mireille ne peut s'empêcher de soigneusement vérifier que personne n'est posté à la guetter. Le juge a raison. Même si Charles l'a épargnée, elle ne donne pas cher de sa vie dès qu'il aura réfléchi qu'elle peut représenter un infime risque pour lui. Il n'hésitera pas.

Elle a besoin de la voix d'Esther, de sa présence, de son réconfort. Elle ne peut s'empêcher de lui téléphoner. Elle le regrette aussitôt parce qu'elle se sent si mal, qu' à n'en pas douter Esther l'aurait perçu et elle n'aurait pas pu lui cacher la cause de son désarroi. Il faut qu'elle se ressaisisse, pense-t-elle. Heureusement, Esther est sur messagerie. Elle lui laisse un court message pour lui dire que tout va bien et qu'elle avait seulement envie de lui faire un petit un petit appel sans plus.

Elle n' a pas vu l'homme qui la suit depuis sa sortie du palais.

 

Pour lire le récit dans sa continuité, suivez ce lien : link    

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Nice city

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