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paradis gouvernemental enfer électoral    

Puisque la droite revient malgré la dispute entre ses deux grands animaux politiques, la hyène et le loup,( je vous laisse le soin de déterminer qui est la hyène et qui le loup de Copé ou Fillon), voir les trois élections partielles de ce dimanche 9 décembre 2012 avec le quasi triomphe de Patrick Devedjian montrant une fois de plus comme démontré dans mon modeste petit traité politique link, qu'il y a une droite et une gauche en France malgré les arguties de ceux qui aux extrêmes de l'échiquier politique s'ingénient à faire croire qu'il ne peut y avoir qu'une extrême droite et une extrême gauche, mais pas une gauche modérée ni une droite modérée, appelée parfois droite sans complexe ou gauche résolue, et que nous sommes rassurés, je vous livre aujourd'hui le cinquième opus de mon récit.

Résumé de l'épisode précédent: les inspecteurs Bouchard et Hèmery en charge de l'enquête sur la mort de Marie Toulouse ont en vain tenté d'interroger celui que nous avons appelé Borme et qui en fait s'appellerait Karsky à les en croire.

 

 

Dans son garage, Borme se décide à actionner le démarreur de sa voiture. Le moteur hoquette et se met à tourner. Quand il a atteint le bon régime, Borme quitte les lieux.

Les rues viennent d'être arrosées. Elles dégagent une odeur de goudron mouillé.

Borme se dirige vers la baie où se déverse la ville. La mer sera-t-elle, aujourd'hui, cette bâche qui ondule dans la chaleur d'un soleil ronflant à toute vapeur, comme souvent l'été ? Un linge froissé ? La tôle ondulée de la veille ?

Elle n'est qu'une montagne avachie qui le regarde passer de manière bovine.

La radio qu'il a allumée, lui annonce les dernières nouvelles du monde, toujours les mêmes :

«Il fait beau en France; un avion se brise en trois morceaux à l'atterrissage, il y aurait 159 morts; Sartre est à l'agonie; le raid de l'aviation américaine sur Hiroshima peut être considéré comme un succès; un étudiant de Petersbourg avoue le double meurtre de mesdames Aliona et Lizaveta Ivanovna; Winston Churchill est mort; le Titanic vient d'appareiller pour sa première traversée de l'Atlantique; un Tchèque s'est réveillé hier matin, dans son lit, transformé en un monstrueux insecte; une jeune femme a été retrouvée morte à son domicile, suicide ou crime l'enquête menée par les inspecteurs Bouchard et Hèmery le déterminera; le nombre d'accidentés de la route a baissé cette année; le procès de la Baliverna commence; le plan définitif des Pensées de Pascal aurait été retrouvé; Madagascar a disparu; Hakim le teinturier masqué avait un harem de cent quatorze femmes aveugles; une nouvelle jeune femme, en Inde, a été brûlée vive par son mari et sa belle-mère.»

Borme se demande si elle a succombé à ses brûlures. Comment le savoir. Autour de lui rien n'a changé. Tout est comme avant. Le ciel est muré dans un aplatissement imbécile, la mer dans un avachissement hébété.

La radio continue sa litanie : «l'apparition d'un nombre toujours plus grand de rats se confirmerait dans une ville d'Algérie selon Albert Camus; l'assassin de Roger Ackroyd n'est pas le docteur Sheppard mais sa sœur Caroline, d'après l'enquête de Pierre Bayard; le Grand Inquisiteur d'Espagne a décidé de faire brûler tous les membres de la petite communauté marrane de Ségovie, «Dieu jugera de la véracité de leur conversion au catholicisme», a-t-il déclaré à la foule; le pronostic sur la survie de Sélima Narandra reste incertain; en Chine Confucius est remis à l'honneur; l'enfer n'existe pas a déclaré l'évêque fou Donatien; Fidel Castro est mort; Un homme égorge sa femme, ses deux enfants et s'immole par le feu; les doutes s'amplifient en ce qui concerne l'assassinat de Fiodor Pavlovich Karamazov, d'après le récit de Dostoïevski; l'assemblée nationale a rejeté une loi sur l'autorisation volontaire de grossesse; un papyrus contenant le discours d'Aristophane sur le mythe des androgynes a été retrouvé à Alexandrie; la bourse de Wall Street est en hausse de 1,2 pour cent.»

L'amertume du café qu'il a oublié de sucrer persiste dans la bouche de Borme tandis qu'il arrive au lycée.

Dans la cour Borme croise Gorbes. Engoncé dans sa barbe, Gorbes esquisse un salut et s'éloigne en boitant. Avant de boiter, il bégayait. Il a cessé de bégayer, à ce que l'on dit, peu de temps avant de boiter. En bonne logique, on ne doit en conclure à aucun lien de cause à effet, mais un doute persiste. Le bruit court qu'avant de bégayer il était sourd. Est-ce vrai ? Sur la personne de Gorbes tout un échafaudage de conjectures a été monté. S'il est avéré qu'il a été sourd, à quel moment ne l'a-t-il plus été ? Personne ne le sait. Par conséquent, la thèse d'un Gorbes condamné à échanger une infirmité pour une autre, quoique fort séduisante ne repose que sur l'imagination, cette ouvrière inlassable qui «fait la beauté, la justice et le bonheur qui est le tout du monde.», selon Pascal auquel repense Borme qui a préparé un cours sur quelques uns des fragments de son Apologie de la religion chrétienne.

Il se le figure dans cette nuit du six juin mille six cent cinquante huit, en train de classer une partie de ses pensées en liasses, en vue de la rédaction de la dite apologie. C'est dans une de celles-ci à laquelle il donne le titre de «Vanité» qu'il incorpore la pensée sur l'imagination, où il la qualifie, au début, de «partie dominante dans l'homme, maîtresse d'erreur et de fausseté, et d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours» et, plus avant, il ajoute «Elle fait la beauté, la justice et le bonheur qui est le tout du monde.». Puis pour ne plus courir après un sommeil qui lui est trop souvent insaisissable, Pascal concentre sa réflexion sur la cycloïde dont il vient de découvrir la solution. Il conçoit une série de problèmes pour le concours doté d'un prix qu'il désire organiser. Une fois qu'il a trouvé les énoncés, il se choisit un pseudonyme. Il hésite entre Louis de Montalte, Salomon de Tultie , Amos Dettonville, Ulis de Talomonte, Amon de Soluttie, Moïse Detondtvolle et bien d'autres alias...

Il pense qu'il pourrait inventer une machine à calculer des anagrammes sur le modèle de sa machine arithmétique.

Immédiatement, il commence à élaborer ce qu'elle pourrait être. Il dessine quelque figures géométriques et quelques rouages. Satisfait de ses esquisses, il décide qu'il les proposera demain à maître Samson. Puis il revient au choix de son pseudonyme, et puisqu'il est question de mathématiques et non de polémique ou encore d'apologie, il opte pour Amos Dettonville.

Avant de tomber dans l'espace infini du sommeil, il a le temps d'invoquer ce «FEU» qui l'a dévoré cette nuit du vingt trois novembre mille six cent cinquante quatre et qui l'emplit de la certitude de ne plus être seul dans ce monde énigmatique infini.

 

Une autre conjecture affirme que Gorbes s'appelait Neustein. A cette époque, c'est-à-dire avant la guerre, c'est son ami qui se nommait Gorbes. Sous l'occupation, ils avaient été arrêtés par la gestapo. Lorsque l'officier allemand avait demandé qui était Neustein, Gorbes avait répondu que c'était lui. Il avait été déporté. Neustein avait été relâché. Gorbes serait mort dans un camp de concentration, mais Neustein n'avait pu avoir aucune certitude sur son décès.

Nous pouvons deviner la suite : Si dieu avait permis cette injustice, il n'existait pas ou bien ce n'était qu'un dieu trompeur. Il n'y avait plus qu'à rejeter toute alliance avec ce YHWH. Ce qu'il avait fait et pour annuler son œuvre injuste, à nier la mort de Gorbes en prenant son identité et en continuant à le faire vivre, ainsi rétablir le cours de l'histoire d'autant que toute la famille Neustein, y compris les branches allemande et tchèque avait été exterminée par les nazis.

Mais la lutte par lui engagée contre ce dieu trompeur aurait été payée chaque fois d'une infirmité nouvelle...

 

Plus tard, dans le hall, Gorbes pose à Borme cette question :

- Est-ce que tu sais ?

- Non.

C'est ainsi que Borme apprend pour la deuxième fois de la journée la mort de Marie Toulouse.

Il y a quelques mois, elle avait travaillé au lycée. Il lui est difficile, d'abord, de mettre un visage sur ce nom.

Gorbes précise :

- Elle avait souvent des écouteurs de baladeur sur les oreilles...

- …

- Tu ne vois pas ?

- Non... oui... peut-être...

- grande, mince, juvénile, fragile... un peu perdue...

- …

 

 

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