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Allons allons, ne le niez pas ! Il n' y a pas de honte ! Vraiment ! Je vous assure ! Il n' y a pas de honte ! Ne le niez pas ! Vous aussi, vous avez rêvé de vivre dans une roulotte, vous avez rêvé de cette vie vagabonde à travers les champs, les campagnes, les villages, sous le ciel étoilé, la nuit !

Non !

Je vous plains ! Tant pis pour vous ! Pour moi, je ne l'oublie pas ! J'espère pour vous que vous ne l'oubliez pas ! Que vous avez rêvé d'être gitan, manouche, tzigane, romanichel, rom, sinti, bohémien !

La vie n'est pas un rêve !

Tant pis pour vous ! La vie est un rêve ! J'espère pour vous que vous pourrez un jour rêver que vous êtes un gitan, manouche, tzigane, sinti, bohémien, romanichel, rom et que vous courez après le vent vers l'au-delà de l'horizon...

 

 reve_roulotte.jpg

A mesure que Myriam parle, une sensation de bien-être envahit Borme, comme s'il reposait dans les bras d'une jeune géante, sa nourrice, qui, après un cauchemar, l'aurait pris dans ses bras pour lui dire un conte.

Elle tient son poignet, parcourt d'un ongle long, rouge-violet les lignes de sa main en un pointillé de petits baisers. Elle vient de lui apprendre qu'il est marié. Qu'il a deux enfants, que l'un d'eux a eu une maladie. Elle corrige, un accident? Elle hésite, le regarde de ses yeux qui songent. Elle sourit de toutes ses dents qui étincellent, de ses boucles d'oreille qui cliquettent, avec ses longs cheveux bleus qui coulent sur ses épaules nues et effleurent sa main.

Il décide de l'aider.

- Un accident.

- C'est ça, un accident de voiture...

- Oui.

Ils sont attablés à la terrasse d'un café. Myriam a proposé ses services en vain à tous les consommateurs. Son insistance chaleureuse l'a convaincu.

- Tu ne le regretteras pas. Je ne te dirai que de bonnes nouvelles.

Il a souri.

- Pourquoi tu souris ? Tu ne me crois pas ?

Il a haussé les épaules.

- Tu n'es pas un homme heureux ? Ou qui s'arrange pour l'être ?

- Si on veut...

- Ta ligne de vie est longue.

- Pas trop quand même.

Elle a un sourire qui vole vers Borme.

- Non, rassure-toi, soixante dix-quatre-vingt ans.

- C'est long.

- Tu vérifieras.

Elle secoue sa tête. Ses cheveux glissent comme une pluie sur son visage.

- En tous cas, soixante-dix-quatre-vingt ans.

Son ongle suit le chemin de sa ligne de vie, se baissant pour ramasser les petits cailloux qui annoncent les événements qui jalonneront son existence.

- Tu viens de perdre quelqu'un...

- Ah.

- Aide-moi.

- Oui.

- Un parent ?

- Non.

- Un ami ?

- Oui.

- Tu as de la peine ?

- Un peu.

- Moins que pour ton fils ?

- Je n'ai pas perdu mon fils.

- Quand même moins que pour ton fils.

- Si tu veux.

- Oui, dit-elle avec toujours l'accompagnement des petits baisers de son ongle le long de la ligne de vie de Borme, qui repose dans le lait des seins de sa géante nourrice, bercé par le conte qu'elle lui murmure à l'oreille.

- Ta femme ?

- Oui ?

- Je vois un problème...

- Grave ?

- Attends...

Les cheveux de Myriam sont une coulée de sable bleu noir. Elle est devenue cette géante qui murmure un conte avec ses péripéties qui font peur.

Ses boucles d' oreille continue leur cliquetis de clochette.

- Non...pas grave... comme une maladie...

- Elle va l'avoir ou elle l'a eue ?

- Elle l'a eue.

- Oui.

- Ce n'était pas grave …

- Non, pas trop...

- Tu vois !

Les petits baisers de son ongle rouge-violet galopent de triomphe dans le creux de la main de Borme.

- Il y a autre chose, dit Myriam.

Ses cheveux volent comme une ombre.

- Une autre femme...

- Qui ?

- Non. Elle est partie.

- Comment partie ?

- On dirait qu'elle est morte...

- Tu m'avais promis...seulement les bonnes nouvelles...

- C'est difficile avec toi. Tu noircis tout... tu tournes tout au triste...

- Tu m'as dit le contraire tout à l'heure.

- Attends... J'en étais sûre... Elle n'est pas morte...

- Il faudrait savoir...

- Ne te moque pas. Tu l'as laissée.. Elle, c'était pour le plaisir. Tu aimes beaucoup les femmes.

- Oui.

- On pourrait aller ailleurs...

- Non, c'est bien ici.

- Parce que tes mains me plaisent...

- Tes mains aussi me plaisent.

- Alors, viens !

- Non, pas aujourd'hui.

- Dommage.

- Tu dis ça à tous les hommes.

- Pas à tous.

- Tu vois.

- Tu me plais.

- Toi aussi.

- Viens.

- Non. N'insiste plus.

- Ne te fâche pas.

- Je ne me fâche pas... C'est tout ?

- Non. Tu vas faire une rencontre...

- Qui ?

- Un homme..

- Que je connais ?

- Non. Tu verras...

- Comment saurai-je si c'est lui ?

- Tu ne me crois pas ?

- Oui, un peu, quand même.

- Merci. Ne t'en fais pas. Tout ira bien pour toi. Tu vivras longtemps. Tu as beau faire ou mal faire....

Elle est devenue un soleil d'optimisme.

Elle est une géante bohémienne qui chantonne une bonne aventure à coups de petits baisers d'ongle rouge-violet, de cheveux bleus qui fluent dans l'air, et de sourires ensorceleurs.

- Ne t'en vas pas.

- Pourquoi ? Tu ne veux pas venir avec moi.

- Reste encore un peu.

- Cela ne sert à rien. Je n'arrive pas à savoir ce que tu penses.

- Reste.

- Pourquoi ?

- Comme ça.

- Je n'ai pas le temps.

- Tu veux plus d'argent ?

- Oui. Mais ce n'est pas que pour cela. On ne sait pas ce que tu penses ni ce que tu veux...

- Je sais que je veux que tu restes encore un peu.

- Cela ne sert à rien. Je ne peux rien pour toi.

- Oui, pour moi, en ce moment, tu peux beaucoup.

- Cela je sais, mais j'ai peur que tu me tordes le cœur...

- Non. Ce n'est pas cela que je veux.

- Oui, mais moi, maintenant j'ai peur de toi. Je commences à t'aimer...

- On n'aime pas tout d'un coup !

- Vous non, parce que vous pensez d'abord à vous, à votre plaisir, pas nous.

- Tu crois qu'on est différent ?

- Certaine. Je t'aime déjà trop !

- Comment ?

- Trop ! Si je reste un moment de plus, je ne pourrai plus partir ! Je t'aime déjà trop ! Tu as le charme qui séduit les femmes...

- C'est quoi ce charme ?

- Tu le connais puisque tu t'en sers tout le temps... Tu ne peux pas t'en empêcher...

- Il est terrible, parce que nous les femmes on ne peut t'en vouloir que tu t'en serves... C'est ce que l'on veut...justement.... que tu t'en serves...

Dans un grand tourbillon d'étoffes multicolores, elle se sauve.

Borme compte les gouttes de buée qui roulent comme des larmes sur la surface transparente de la carafe d'eau devant lui.

Il reste dans l'enchantement de la présence de Myriam en allée, composée de son parfum de lavande mêlé aux senteurs épicées émanées de la palpitation de son corps déjà amoureux, du cliquetis de clochette de ses boucles d'oreille, de la lumière de ses yeux  qui courrait  avec le vent  vers la pente du monde.

 

 

 

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