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Comme les Bonobos, nous sommes des animaux sociaux. Mais contrairement à nous adeptes du "Mes-amis-d'abord-les-étrangers-après" ou au choix" Mes-amis-d'abord-les-immigrés-après"  ou au choix les noirs ou au choix les roms ou au choix les homosexuels ou au choix les femmes..., les bonobos sont adeptes du " les étrangers-d'abord-mes-amis après"

 

"Sharing is one of the hallmarks of human behavior: give me a cookie and I’m more likely to give you one later. But our bonobo cousins have an odd variation on the practice. They share with strangers before friends. The finding is in the journal PLoS ONE. [Jingzhi Tan and Brian Hare, Bonobos Share with Strangers]

 

Researchers tested bonobo sharing in experiments involving fourteen of the apes. All were born in the wild. In the primary experiment, bonobos were placed in a cage with food, and they could choose to admit either a known member of their group, a stranger, or both. In 51 trials, most bonobos shared the feast, but they let the stranger in first.

 

Why choose an outsider over a friend? In another experiment, the scientists found bonobos only shared when doing so led to a social interaction. Giving up some food to strangers lets these apes expand their social network. This behavior may have evolved to promote social tolerance, in contrast with chimps' sometimes deadly aggression against strangers. Which means that even when food is offered, there's still no such thing as a free lunch.

 

Sophie Bushwick

 

En gros partager est une des caractéristique des êtres humains, mais les bonobos partagent d'abord avec les étrangers ensuite avec leurs amis. pourquoi ? Pour étendre leur réseau social. Et quel meilleur moyen que de donner de la nourriture...quand on ne dispose pas encore de Facebook ou twitter.


Après cette information sur les bonobos je vous livre un nouvel épisode de mon modeste petit récit policier. dans l'épisode précédent nous avons vu les inspecteurs Bouchard et Hèmery aux prises avec l'énigme de la mort de Marie Toulouse. Celui-ci est dans la suite de l'entretien entre Mireille Toulouse et celui que nous avons appelé Borme.  Contre le complexe d'OedipeVie sans mode d'emploi

 

Après son entrevue avec Mireille, Borme toujours poussé par le même sentiment indéfinissable que nous n'avons pu qualifier puisque lui même n' arrivait pas à le qualifier, à quoi nous pouvons ajouter maintenant comme un arrière-goût amer né de cette volonté irrépressible de vérifier quelle pouvait être sa responsabilité dans le suicide de Marie qu'il essayait par tous les moyens de rejeter, - se rend chez les Toulouse.

Ils habitent un immense ensemble de cubes, de barres, de cylindres jetés pêle-mêle par quelque architecte facétieux du haut des collines qui les surplombent. Ils logent dans le bâtiment L6 entre les tours H3 et C5 selon une algèbre bizarre et dérisoire qui vise à donner une apparence d'ordre à ce chaos. Après plusieurs allées et venues erratiques entre les immeubles, Borme atteint son but. L'ascenseur, malgré la profusion de messages, graffiti, obscénités qui le surcharge, le hisse au quatorzième étage. Il sonne. Il est observé par l'œilleton. Il attend la fin de l'inspection. Madame Toulouse ouvre. Il lui rappelle son identité.

- Oui. Bonjour, donnez-vous la peine d'entrer monsieur Karky, fait-elle.

Il avance dans le couloir, se retrouve dans un salon plus qu'encombré. Tous les murs sont occupés, ici, d'un tableau qui évoque un paysage de montagne en hiver, d'une horloge à balancier, d'un masque chinois, là, d'une tapisserie qui illustre le jugement de Pâris, d'un clown vraiment triste, d'un christ de belle taille et de beaucoup d'autres objets aussi disparates que possibles. La moindre petite table, la moindre vitrine, le moindre meuble supporte son bibelot, danseuse africaine, hawaïenne, balinaise, hindoue, ou éléphants en faux ivoire, crocodiles en fausse peau de crocodile, singe aveugle, sourd, muet en faux bois d'ébène. A quoi il faut ajouter, trônant sur son perchoir, un perroquet curieux et fureteur, qui a, semble-t-il, avalé sa langue, trois tortues formant escadron blindé qui foncent inexorablement vers un chat aux prises avec une pelote de laine.

Madame Toulouse adresse à chacun et chacune des recommandations de savoir-vivre et invite Borme à s'asseoir sur un divan recouvert d'une housse protectrice.

Le perroquet ou le chat semble demander des précisions sur ce nouveau venu dans une sorte de miaulement sardonique.

- Chut, dit madame Toulouse.

- Chut, répète le perroquet ou le chat.

Les tortues, elles, continuent leur course implacable, comme si de rien n'était.

- Je ne vous dérange pas, demande Borme.

- Non, pensez-vous !

Madame Toulouse reprend sa cigarette qui se consumait sur le ventre d'un bouddha cendrier. Elle saisit un crayon et un journal, et lit à Borme la définition d'un mot.

- Ancien peuple se nourrissant de lotus...

- Je pencherais pour Lotophage, avance Borme.

Madame Toulouse vérifie sur sa grille.

- Oui, c'est cela, bravo et merci!

Le chat ou le perroquet émet un commentaire tout ce qu'il y a de dépréciatif.

- Tais-toi Albert, ordonne madame Toulouse, sans que Borme puisse déterminer qui est Albert..

Elle soumet à celui-ci une seconde définition.

- Prise de sang en onze lettres ?

Borme avoue son embarras. Elle en paraît chagrinée. Elle réfléchit quelques secondes.

Le chat ou le perroquet ricane.

- Oui, c'est cela... coagulation !

Elle inscrit le mot.

- Vous permettez, une dernière petite définition. Moreau y battit l'archiduc Jean d'Autriche le trois décembre mille huit cent...

- Hohenlinden ! Propose Borme.

- oui, parfait !

Madame Toulouse lui lance un regard ravi par-dessus ses lunettes.

- Encore une petite ?

- Oui.

- En huit lettres, marque le pas ?

Borme réfléchit.

Le chat ou bien le perroquet manifeste son impatience par un miaulement sarcastique.

- Vous séchez ?

- Je crois bien.

- Attendez, je vérifie... oui c'est cela... filetage !

Elle repose sa grille, satisfaite.

- Excusez-moi, les mots croisés sont mon passe-temps favori. Rien ne me fait rêver autant qu'une définition...

Avec une ardeur juvénile, elle en cite toute une série qu'elle accompagne de l'animal, de l'île, du pays, du fleuve, du personnage, de l'objet, de l'action, rien moins qu'évident qui y correspond. Sa préférée du moment est «figure engendrée par le seul déplacement d'un point.». Elle en est tellement ravie qu'elle en oublie de fournir la réponse adéquate, ce qui affecte Borme d'autant qu'un soupçon a posé son ombre sur lui, à savoir que le perroquet de madame Toulouse n'est pas muet mais ventriloque, qu'il prend un malin plaisir de psittaciforme à se jouer de lui, en lui faisant croire que c'est le chat qui met son grain de sel dans leur conversation.

- figure engendrée par le déplacement d'un point, répète madame Toulouse rêveuse.

- Mrraagniifiic !

- Albert, je t'en prie !

- Mrrouiic !

Borme en est certain à présent, Albert est ce farceur de psittacidé qui s'est mis en tête de lui faire prendre un perroquet pour un chat. Quant à madame Toulouse, elle est cette petite femme, vive, cultivée qui le surprend par son apparente absence de chagrin comme si Marie ne s'était pas suicidée ou n'était qu'une étrangère. Il ne sait donc comment amener le sujet qui le préoccupe et qui a motivé son entrevue avec elle.

C'est madame Toulouse, sortie de sa rêverie qui lui demande soudain, s'il a bien connu sa fille. La réponse négative de Borme la déçoit. Elle ne comprend pas cette mort. Elle avait espéré qu'il pourrait lui livrer un indice, un début d'explication. Comment aurait-elle pu comprendre une fille aussi secrète, aussi jalouse de son indépendance, qui, au premier jour de sa majorité, avait bouclé ses valises et avait quitté la maison, non pas pour aller n'importe où, mais dans un petit studio loué et aménagé à l'insu de tous, de son père ce qui allait de soi, mais aussi d'elle, sa mère et surtout de sa sœur. Elle se souvient parfaitement de son air de triomphe et du dernier et terrible affrontement avec son mari. Hélas, celui-ci, comme de coutume, avait été violent. Il l'avait frappée tandis que Marie le défiait murée dans un silence méprisant. L'intervention de leurs voisins avait évité le pire.

- J'en frissonne rétrospectivement... fait madame Toulouse.

- Tivveeeeuuument

- Albert, je t'en prie !

- Mrrouic !

- Il est incorrigible !

- Mrrouic !

Certes Louis avait des torts, mais Marie n'était pas non plus exempte de reproches !

- Elle ne ratait jamais une occasion de le provoquer....

- Mrriaaou !

Un soir, comme, une fois de plus, monsieur Toulouse était rentré ivre et qu'il s'en était pris à elle, parce qu'elle ne lui apportait pas assez vite à manger, Marie avait pris sa défense et avait traité son père de «sale ivrogne». Il l'avait giflée. Marie s'était précipitée vers la fenêtre, l'avait grande ouverte et avait enjambé la rambarde. Elle menaçait de se précipiter dans le vide. Fou de rage, il avait couru vers elle, l'avait saisie par les cheveux, l'avait tirée à lui en la frappant, pendant qu'elle hurlait qu'elle voulait en finir. Elle s'était écroulée sur le sol en sanglotant.

- Marie avait seize ans à l'époque, vous savez...

Elle l'avait suppliée de demander pardon à son père pour le calmer. Dans le regard de sa fille avait galopé une lueur d'incompréhension, un feu froid de douleur qui l'avait bouleversée. C'est ce jour-là qu'elle avait perdu sa fille, que leur complicité face à monsieur Toulouse s'était évanouie.

- Oui, ce jour là...

- Rrrourlà !

- Qu'est-ce que vous dites ?

- Rien.

- Oh ,excusez-moi... Albert, vas-tu cesser !

Le bruit cadencé de l'escadron blindé des tortues qui fonce vers le chat qui sommeille à présent est rythmé par l'horloge à balancier.

- Je l'ai revue trois jours avant son...sa... calme, sûre, dure... oui c'est cela... dure... fermée... ma petite fille...

Madame Toulouse pleure.

- Elle m'a dit que tout allait bien... Elle avait changé... Elle avait eu du mal à reconnaître sa fille dans cette femme aux cheveux tirés en chignon, au maquillage soigné, au tailleur strict. Tout compte fait, elle préférait cette Marie à celle des années passées, tantôt si heureuse, tantôt si malheureuse...

Elle se mouche discrètement.

- Je pense qu'elle avait rencontré quelqu'un qui lui apportait un peu de ce qu'elle avait toujours, attendu, espéré... oui, c'est cela...

- Cècelllââhh !

- Albert !

- Vrouii !

- Puis, une fois de plus, elle avait dû être déçue...

 

- Que j'étais bête !

- Qu'espérais-tu ?

- Je ne sais pas... pas ça... Excuse-moi, c'est de ma faute....

- Tu ne m'en veux pas ?

- Non, c'est de ma faute...

Marie ne pleure pas. Elle réussit à dessiner un léger sourire grimace.

 

Maintenant, le chat fait ses griffes sur leurs cœurs, les tortues se sont blotties dans leur bunker à l'abri de ces nuages qui s'accumulent, Albert va et vient sur son perchoir d'un air affairé pour montrer qu'il a d'autres préoccupations que de s'intéresser au chagrin orage qui menace d'éclater.

- Oui, tout compte fait, je préférais cette nouvelle Marie...

Madame Toulouse observe Borme par-dessus ses lunettes.

- C'est pourquoi son suicide ne me paraît pas vraisemblable...poursuit-elle.

Le chat interloqué suspend son labeur.

- Elle était si sûre, si nette...

Les tortues aventurent leur tête hors de leur carapace, intriguées.

- Et puis, partir ainsi... sans laisser d'explication...

Albert en reste coi.

- Vous ne trouvez pas cela étrange ?

- Je ne sais pas... Il y a toujours dans le suicide un inexplicable...

- Si j'osais...

Elle prend un air énigmatique qui rend le chat perplexe.

- Oui... si j'osais... c'est cela... j'affirmerais qu'on l'a tuée !

- On ?

- Ooonn !

- Albert !

Plumage ébouriffé, Albert opine du chef et se dandine d'approbation.

- Un familier...ou un étranger qui aurait déguisé son crime en suicide...

Les tortues s'ébranlent à la recherche des indices du crime évoqué par madame Toulouse.

 

- Que j'étais bête !

- Qu'espérais-tu ?

- Je ne sais pas...

- Tu ne m'en veux pas ?

 

- Vous n' y croyez pas ?

 

- Je n'en peux plus...

- Je n'en peux plus...

- Je n'en peux plus...

 

- Oui, c'est cela... Je lis trop de romans policiers... Excusez-moi...

- ssszzzzemoââ !

- Albert !

- Allberrr !

- Méchant garnement !

Albert ne dit rien, des larmes roulent sur les joues de madame Toulouse. Le chat vient se frotter contre ses jambes, les tortues manœuvrent pour se diriger vers elle. Borme se lève.

- Vous partez ?

- Oui.

- Je suis désolée...

Elle reconduit Borme jusqu'à l'ascenseur.

- Vraiment ? Vous n'y croyez pas... au crime ? De nos jours, vous savez... tout peut arriver... Surtout à une jeune femme...

 

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