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Dernière nouvelle:

Comme espéré par notre gouvernement et malgré sa demande d'un accord avant la fin de l'année sur la flexibilité et la sécurisation de l'emploi, syndicats et patronat n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un compromis acceptable pour tous et reprendront leurs discussions le 10 janvier au matin. 


Ouf, je respire la France reste la France et n'est pas devernue soudain l' Allemagne ou un vulgaire pays nordique...En ces temps de doute sur notre identité, voir mon article précédent  Retour des inspecteurs Bouchard et Hèmery, cette dernière nouvelle est rassurgratifuyante.

Quant à ceux qui avaient espéré un accord, ils ont compris, du moins je l'espère, qu'il ne suffit pas de vouloir, ni d'ailleurs de prier les saints, encore moins d'aller à Lourdes ou à La Mecque, pour espérer de notre patronat et de nos syndicats qu'ils quittent le confort de la lutte des classes qui les arrangent au détriment des salariés dont ils sont soi-disant les "bienmaltifaiteurs", pour les uns en leur concédant du travail, pour les autres en défendant leur droits...

 

Pour nous remettre de cette nouvelle gratirassurfuyante, je reprends mon modeste petit récit policier. 

Résumé de l'épisode précédent : nous en avons appris un peu plus sur la personnalité de Marie Toulouse grâce à ses élèves et pourquoi, de capitaine nos inspecteurs Bouchard et Hèmery ont été rétrogradés au grade de lieutenant. 

 

 

- Tu ne dis rien ?

Esther reste muette.

- Tu ne dis rien ?

Elle est comme ensevelie sous du sable.

- Dis quelque chose..

Esther continue d'être muette.

Borme insiste :

- Ne fais pas l'enfant...

Le sable silence les sépare de plus en plus.

- Esther, s'il te plaît, parle-moi...

Le cœur de Borme bat la chamade.

Il choisit en le sachant la mauvaise solution : il la saisit et la secoue. Elle se débat.

Une grande bourrasque de plumes ou de neige les ensevelit dans la sphère de verre où ils sont à présent enfermés.

Un couteau plonge quelque part dans le corps d' Esther. Une déchirure s'élargit. La sphère roule, rebondit, s'immobilise. Les derniers flocons ou les dernières plumes se posent sur le sol.

Esther est assise. Elle se tient l'abdomen. Le couteau gît non loin. Borme se baisse, le ramasse, l'essuie.

Ils sont sortis de leur tourmente.

Ils sont échoués sur le rivage inconnu d'une île inconnue.

Ils ne savent plus qui ils sont.

Borme aide Esther à se relever. Elle gémit. Il détache la main de son flanc, écarte son chemisier. Une griffure rouge marque sa peau. La blessure est superficielle. Il a eu le temps de dévier la trajectoire du couteau. Il guide Esther jusqu'à leur chambre. Il l'allonge sur le lit. Il désinfecte sa plaie. Elle geint au contact du coton imbibé d'alcool. Il la panse. Il lui donne un calmant. Elle s'apaise. Elle veut parler. Il ne le désire plus.

- Chut, ne dis rien, dit-il en lui posant un doigt sur les lèvres.

Une ombre envahit son visage.

- Si tu veux t'...

- Chut, ne dis rien.

Borme tente d'éloigner l'ombre d'un revers de la main.

- Je ne voudrais...

- Ne dis rien... Dors...

L'ombre persiste. Elle est posée sur son regard.

- Excuse-moi...

- Chut, repose-toi...

Il effleure ses cils.

- Je suis folle...

- Chut, ne t'inquiète pas. Je reste avec toi. Dors à présent.

- Tu ne m'en veux pas...dit d'une voix douce avec une palpitation de tout son être.

Il la regarde de cette rive inconnue où le bruit des flots empêche qu'elle puisse entendre ce que pourtant il lui crie. Elle est toute de palpitation aux aguets. Il dérive de plus en plus loin d'elle. Est-ce qu'il fait ces grands gestes que l'on a coutume de faire lorsqu'on veut communiquer à distance ? Il ne s'en rend pas compte.

 

Voilà, elle s'est endormie.

Il va à la cuisine. Il prend une bière. Il n'a pas sommeil. Il s'installe au salon devant la table où se trouve un puzzle en partie assemblé. C'est la reproduction d' une œuvre d'Ulisse del Valle qui représente l'intérieur de la bibliothèque de la tour de Babel à Babylone, qui possédait, affirme Plotin de Carthage au VIème siècle de notre ère, la multitude des livres qui rassemblaient le savoir non seulement de l'époque mais de toutes les époques, aujourd'hui perdu à cause de l'impéritie humaine. Borme réussit à achever le troisième étage où étaient rangés les livres de toutes les plantes de l'univers connu et inconnu, puis le quatrième qui concernait la minéralogie. Il entame le cinquième qui traite des émotions. Il reconstitue la figure d'un lecteur qui n'est autre qu'Ulisse del Valle qui s'est peint avec un visage émacié, barbu, des cheveux blancs en sorte de Mathusalem déjà vieux.

Ulisse consulte le codex des émotions fugitives d'après le titre en latin «De fugitivis commotionibus» qu'il a soigneusement transcrits sur sa peinture. En fait, il ne lit plus. Il a tourné son regard vers le peintre du tableau, c'est-à-dire lui, inquiet, et se scrute de même que Borme ou tout autre personne regardant cette œuvre. Son index reste pointé sur la page deux mille six cent quarante qui aborde les émotions les plus fugitives dans l'embranchement des émotions les plus fugitives dans la classe des émotions les plus fugitives dans l'ordre des émotions les plus fugitives dans la famille des émotions les plus fugitives dans le genre des émotions les plus fugitives, dans l'espèce des émotions les plus fugitives dans la variété des émotions les plus fugitives, ad libitum. A n'en pas douter, son inquiétude découle de cet infini dont il vient de prendre conscience, et qu'il n'arrive pas à concevoir.

Ulisse del Valle est un peintre florentin mort en mille cinq cent quarante neuf à l'âge de trente trois ans. La rumeur a couru qu'il avait découvert le secret de l'immortalité. Ce tableau, fameux qui représente la bibliothèque de Babel , où il s'est peint sous les traits du vieillard qu'officiellement il n'a jamais été, en fournirait selon certains érudits la preuve.

S'il y a une certitude le concernant selon d'autres savants c'est qu'Ulisse del Valle, premièrement, a bien découvert le secret de l'immortalité, deuxièmement qu'il a renoncé à s'en servir. Les raisons furent dès son époque et encore aujourd'hui objet de conjectures.

Pour les uns dont Balthazar el Moro, c'est par amour pour la duchesse dei Fiori, alors âgée de treize ans, qu'il aurait précipité son trépas en vue de la rejoindre le plus vite possible alors que d'autres penchent pour l'infant don Isidro.

Certains talmudistes et notamment Isaac Maïmon avancent qu'il s'est bien donné un semblant de mort en utilisant les chiffres 7,1,4,3,5, dans un ordre connu de lui seul, pour former le nombre d'or lui ouvrant les portes de l'au-delà, qui lui aurait permis d'aller au paradis pour revoir la duchesse ou l'infant. Ne les ayant pas trouvés au paradis, il se serait rendu en enfer, où il avait constaté malgré les flammes, à son grand soulagement, qu'ils n'y étaient pas non plus. Sa visite au Purgatoire l'aurait plongé dans une affliction profonde parce qu'il y avait aperçu la duchesse et l'infant en train de faire l'amour de manière bestiale, c'est-à-dire l'infant dessus et la duchesse dos tourné, dessous. Telle étant la punition infligée par YHVH pour leurs péchés, selon aussi, Ezechiel ben schimon et Nissim ben Aboulafia et ce pour des siècles et des siècles.

Revenu du purgatoire, bien que connaissant le code du secret de l'immortalité, formé par les chiffres 7,1,9,6,0 et les lettres y,w,h selon d'autres érudits férus de kabbale, ne pouvant supporter l'infidélité de l'un ou l'autre de ses amants, il aurait décidé de se suicider, certitude pour lui de ne plus jamais les revoir, puisque le suicide condamnait à l'enfer. Il évitait ainsi le purgatoire et si tenté qu'il ait eu une âme pure de tout péché, et qu'il se fût retrouvé au paradis , il évitait le malheur de les retrouver à jamais après leur fornication purificatrice du purgatoire.

Pour d'autres, il aurait vendu son secret au comte de Cagliostro pour trois mille ducats et se payer toutes les prostituées du Corso Grande, leur faire l'amour en les sodomisant pour les traiter de démons lubriques. Exactement : «Caro demonio lubrico», ce qui ne permettait toujours pas de conclure s'il était en proie alors à un amour inverti ou pédophile.

D'autres murmurent qu'ayant voulu se servir une nouvelle fois de sa formule , il aurait mal écrit un chiffre et une lettre et n'aurait pu regagner le séjour des vivants que sous forme d'un fantôme hantant les châteaux d'Amalfi, de Kork, et de Dunwich, ce que rejettent ceux qui sont certains qu'il est le fameux égorgeur inconnu et multiple qui exerce périodiquement sa sinistre besogne de Prague à Londres en passant par Paris et Varsovie.

D'autres légendes courent à l'infini sur le malheureux, que monsieur Avrahamsky avait promis de dévoiler à Borme et que sa mort ou plutôt son départ précipité pour l'au-delà en compagnie de son frère aîné, ne lui ont pas permis de communiquer.

Et si Del valle n'était autre que monsieur Avrahamsky ? Si nous n'étions jamais ce que nous sommes ? Mais seulement ces inconnus à nous mêmes, incapables d'éviter le pire déjà vécu dans une autre vie ?

Borme sort de sa rêverie. Il se dirige vers le balcon, ouvre la fenêtre. La nuit penche vers l'est. Il repère la Grande Ourse et Alkaïd puis il situe Aldébaran dans la galaxie du Taureau et plonge dans Cassiopée à la recherche de Tsih.

 

- Si tu veux t'en aller... murmure Esther.

- Chut, ne dis rien.

- Je ne voudrais pas être un obstacle pour toi... murmure Esther.

 

- Ne parle pas... je t'en prie...

- Excuse-moi pour le couteau... murmure Esther.

- Chut, dors à présent.

Il effleure ses lèvres du bout des doigts.

- Je regrette ce qui s'est passé... murmure Esther.

- Chut... ce n'est rien....

 

Borme se détourne du ciel silence. Il retourne dans leur chambre. Esther dort. L'ombre du chat tristesse a quitté son visage, mais il ronronne dans la pièce.

Il entend Marc qui s'est réveillé et l'appelle. Il le rejoint dans sa chambre.

- C'est toi ?

- Oui.

- Il n'est pas là ?

- Ton chien ?

- Oui.

- Non, bien sûr puisque tu es sorti de ton rêve où il se cache...

- Reste un peu.

- Oui.

Il lui caresse la cicatrice de la main qui lui a protégé le visage quand le chien a bondi sur lui. Marc se rendort. Le chat tristesse qui a suivi Borme, s'étire et s'éloigne la queue haute.

 

Puisqu'il croyait à l'immortalité des corps, Ulisse del Valle à fortiori croyait en celle des âmes. Son suicide pour ne plus jamais revoir sa ou son bien-aimé n'avait rien que de très logique. Sabbataï ibn Cabaï, l'un des principaux tenants de cette thèse, ajoute néanmoins qu'il se pourrait qu'Ulisse ait échoué dans son projet , car Lilith sur ordre de Samaël aurait introduit en lui un dibuk, un esprit malin qui aurait travesti son suicide par empoisonnement en une mort par la peste qui ravageait Ravenne où il vivait à cette époque. Ulisse se serait donc retrouvé au purgatoire...

Sabbataï ibn Cabaï se sert de cet épisode pour démontrer que si nous ne sommes pas dans la main de dieu, ce sont Satan et tous les démons qui nous prennent en charge pour se jouer de nous. Tel est leur plaisir. Ils n'ont que faire de la liberté que dieu a bien voulu nous concéder, d' où la nécessité impérieuse de connaître les desseins de dieu, et, cette connaissance obtenue, la nécessité de trouver les moyens d'échapper aux démons en obtenant le soutien des anges Uriel, Gabriel, Nuriel et tous les autres.

 

Borme quitte l'appartement. Il veut remplacer l'errance de ses pensées par une déambulation, qui pense-t-il, l'y aidera.

Si Sabbataï ibn Cabaï a raison, monsieur Avrahamsky n'a pas été la réincarnation d'Ulisse del Valle. Il n'était que le descendant de ce Menahem Avramhamski dont Pascal peut avoir, à la lecture de son œuvre, conçu l'idée que le Nouveau Testament est le chiffre qui permet de décrypter l'Ancien Testament et ainsi de parvenir au dieu caché.

 

«Le Vieux Testament est un chiffre.», écrit Pascal, au-dessous du fragment précédent où il a précisé : «De deux personnes qui disent de sots contes, l'un qui voit double sens entendu dans la Kabbale, l'autre qui n'a que ce sens, si quelqu'un n'étant pas du secret entend discourir les deux en cette sorte, il en fera même jugement. Mais si ensuite dans le reste du discours, l'un dit des choses angéliques et l'autre toujours des choses plates et communes, il jugera que l'un parlait avec mystère et non pas l'autre, l'un ayant assez montré qu'il est incapable de telles sottises et capable d'être mystérieux, l'autre qu'il est incapable de mystère et capable de sottise.».

Oui, «le chiffre a deux sens», il en est convaincu.

Et «Combien doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre et nous apprennent à connaître le sens caché...», se souvient-il d'avoir déjà noté.

Cette certitude apaise le tohu-bohu de ses pensées. Sera-ce suffisant pour lui apporter le sommeil à quoi son corps douloureux aspire ?

L'entrée de Gilberte dans son bureau est la bienvenue.

 

Borme est accoudé à la balustrade qui court le long du jardin suspendu qui domine la vieille ville. Contrairement à ce qu'il espérait la sarabande de ses pensées a continué pendant son errance et continue. Il ne cesse de tenter de calmer Esther.

 

- Si tu veux partir... murmure Esther.

- Chut, ne dis rien.

- Je ne veux pas être un obstacle pour toi... murmure Esther.

- Tu n'es pas un obstacle.

- Excuse-moi... murmure Esther.

- Ne t'excuse pas.

- Je ne suis qu'une... murmure Esther.

- Arrête, je t'en prie.

- Si tu ne tiens plus à vivre avec... murmure Esther.

- Tu ne dois pas dire ça.

- Parce que c'est la vérité... murmure Esther.

- Parce que c'est faux.

- Je n'arrive plus à te croire... murmure Esther d'une voix douce, presque enfantine.

 

 


 

eglise blanche233

 

 

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