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J'ai, toujours eu un faible pour les films d'animation dès avant l'arrivée des pixels et de la 3D et notamment du maître de la pâte à modeler Garri Bardin. Voici d'ailleurs deux de ses oeuvres marquantes "Break" link  et surtout une version désopilante du petit chaperon rouge avec un loup d'abord édenté qui termine pitoyablement ses mauvaises actions de loup "The grey wolf and red riding hood, Seryi Volk and Krasnaya Shapochka", le premier lien correspond à la partie 1, le deuxième à la partie 2 et le troisième à la totalité du film mais sous-titré en anglais : link  link  link


Nick Park avec Wallace et Gromit en est le digne successeur. en ce qui concerne la pâte à modeler et Hayao Miyazaki avec Princesse MononokeLe Voyage de Chihiro , le chateau ambulant, en ce qui concerne le dessin.


Et voici une petite merveille poétique de film d'animation de John Kahrs : Paperman

link

 

Si vous avez été enchantés par "Break", "Seryi Volk" et l'histoire d'amour de "Paperman", soit par ces 9,53 minutes + 26,50 + 5,12 = 33,15 minutes de bonheur vous pourrez peut-être supporter un épisode supplémentaire de mon modeste petit récit policier inachevé que vous pouvez toujours lire et relire dans toute son étendue en suivant ce lien : link

 

A « L'intolérance », après le départ de Sarah Rouihi et de Bouchard, Hèmery et Esther se sont rapprochés. Ils échangent de temps à autres, quand la musique s'interrompt quelques mots apparemment anodins. Puis Hèmery après avoir hésité se décide à demander à Esther si elle veut rentrer. Il hésite à franchir le pas et à lui proposer de venir chez lui. Non pas qu'il ait peur qu'elle refuse et même lui semble-t-il au contraire, mais parce qu'il repense à sa conversation avec Bouchard quand il lui a appris qu'il avait couché avec elle et qu'il risque de donner à sa vie un peu errante jusqu'alors, une autre direction...

 

- De toutes façons, je te connais, demain, il y en aura une autre...

- Non! C'est une fois dans une vie qu'on rencontre une femme qui vous complète comme ça!

- Alors là, chapeau! J'en reviens pas, Hèmery!

- Moi non plus Bouchard! Faut que je trouve un moyen...

- Un moyen ?

- Oui un moyen pour la revoir...

- Même si c'est elle la meurtrière ?

- Tu es fou Bouchard, cela ne peut pas être elle...

- Parce que tu as couché avec elle ? Tu crois qu'elle a couché avec toi pour ta belle gueule ?

- Pas exactement mais après il y a eu …

- Il y a eu ?

- Oui, il y a eu je ne peux pas te dire, il y a eu une rencontre, La rencontre...

- La rencontre de deux amants de passade oui...

- Plus Bouchard ! Plus ! Beaucoup plus !

- Alors explique-moi où elle est passée ?

- Elle est allée avec son mari...

- Tu vois …Tu rêves Hèmery... Cela me fait plaisir... Tu es comme moi, un grand sentimental...

- J'en suis sûr Bouchard... C'est fini entre eux.. Elle... elle ne le sait pas encore mais elle a commencé à le sentir... Mon problème c'est comment la revoir, comment je pourrais continuer à vivre sans elle...

- Ça, je te fais confiance Hèmery... dans une semaine tu l'auras oublié pour une autre...

- Pas possible, c'est mon autre moitié, celle que je cherchais... Et tu sais si j'en ai eu des femmes ! Mais jusqu'ici aucune n'était ma moitié manquante...elle oui...

 

Esther a senti qu'il y avait chez Hèmery une hésitation, un débat. Elle se lève et lui dit :

- Vous m'attendez lieutenant. Je vais aux toilettes avant de partir.

Il la regarde s'éloigner sensible à l'ondulation de ses hanches lorsqu'elle se faufile entre les tables.

Quand elle revient, elle lui donne ses dessous qu'elle a retirés parce qu'elle désire ce soir être une femme qui soit à sa disposition corps et chair et qu' il le sache sans ambiguïté. Il prend les dessous et les porte à son visage pour en humer ce parfum Chypré avec ses senteurs de santal et de vanille qui l'enivre. Elle le regarde les lèvres entrouvertes sa respiration un peu haletante. Il hésite encore. Elle lui murmure :

- Vous savez lieutenant, je ne regarde pas au-delà de cette nuit... Et je peux me mettre nue si vous le désirez …

Il continue de respirer son parfum. Elle se lève à nouveau, prend son par-dessus et retourne aux toilettes. Quand elle revient, elle a défait ses cheveux pour qu'ils recouvrent en grande partie son visage. Elle a serré la ceinture de son par-dessus de telle sorte que sa poitrine nue soit en grande partie découverte. En s'asseyant elle prend soin de cacher encore plus son visage comme par pudeur.

Il lui dit :

- Allons chez moi.

Elle acquiesce. Ils sortent de « L'intolérance ».

Dans la voiture, elle se pelotonne sur le siège. Il conduit vite avec fluidité. A un moment elle dit :

- Je ferai tout ce que vous voudrez lieutenant.

Il reste muet mais lui lance un regard qu'elle sent attisé.

Quand ils arrivent dans le parking de la résidence de la moyenne corniche où il a son appartement. Hèmery lui dit :

- En descendant de la voiture, enlevez votre par-dessus.

Il gare sa voiture, ouvre sa portière et va ouvrir la sienne. Elle sort et lui donne son par-dessus. Elle est toute nue sous son regard. C'est la seule chose qui importe à Esther, être corps et chair à lui . Elle a gardé le plus possible ses cheveux devant son visage. Il ne peut presque pas le voir, seules ses lèvres qu'elles laissent entrouvertes et qui brillent parce qu'elle passe de temps à autre sa langue sur elles lui sont visibles. Il la regarde comme s'il ne l'avait jamais vue. La lumière des lampadaires qui s'allume lorsqu'ils détectent une présence accroît la blancheur de sa peau. Ils marchent vers l'entrée de la résidence. Il l'a faite passer devant lui pour pouvoir admirer la nudité de ce corps qu'il sait tout entier à lui. Ses talons crissent sur le gravier de l'allée. Si quelqu'un survenait il découvrirait une femme toute entière dans son rêve de volupté, marchant avec assurance vers le don total de son corps, de sa chair. Il serait étonné de cette chance qui lui est offerte par cette femme, par ce corps nu, par cette chair. Il ne pourrait pas lui résister...

 

 

Dans la vallée de l'ombre de la mort


Il se réveille bouillant d'épouvante. Le sang mugit dans ses oreilles. Quelle heure est-il ? Il vérifie. Oui il est bien en pleine nuit. Du cauchemar qui a provoqué cette épouvante, il ne peut se souvenir. Il ne peut se rendormir. Le mieux est qu'il se lève. Il va se préparer un café. L'épouvante est toujours là qui pèse sur ses esprits et oppresse son cœur. Que lui arrive-t-il? Il s'observe dans une glace. C'est bien lui. Il n'est pas un autre. Comment échapper à ce monstre qui s'est jeté sur lui à la faveur de son sommeil ? Peut-il lui échapper ? Rien de moins sûr. Le mieux est qu'il s'habille et qu'il sorte. Puis il songe qu' il est préférable qu'il prenne sa voiture et qu'il se rende dans le vallon de Serrevieille où il a acheté ce mas un peu délabré.

C'est au retour d'une randonnée qu'il a découvert cette petite bastide en pierres sèches . Sur un panneau était inscrit « A vendre » en lettres rouges délavées avec les références pour prendre contact en cas d' un éventuel achat. Il avait tout de suite pensé en l'inspectant qu'il ferait bien l'affaire pour y emprisonner ses victimes, puis après les avoir observées s'étouffer lentement, les enterrer une fois mortes. Le prix lui avait convenu et il avait conclu l'affaire. Il n'avait pas besoin d'un crédit mais cela avait été un grand plaisir pour lui de solliciter son agence avec cette conseillère financière qu'il avait choisie comme prochaine proie. Tandis qu'elle lui énumérait les avantages de tel ou tel prêt de sa voix assurée accompagnée de ce léger sourire comme d'excuse, il l'avait imaginée ,attachée sur le lit avec lui pesant sur ses seins de tout son poids, ses mains l'une sur sa gorge dénudée, l'autre sur sa bouche, son regard doux de myope se voilant de plus en plus. Il s'était rendu compte qu'il était séduit par cette femme et un bref moment il s'était demandé s'il ne devait pas l'épargner. Pour ce faire il se l'était représentée dans sa fosse recouverte de terre, ses chairs se défaisant pour dessiner de plus en plus son squelette uniquement recouvert de quelques lambeaux de peau, qu'il avait sous les yeux, si satinée et chaude ce qu'il venait de sentir en lui serrant la main avant de partir.

Comme il roule vers le haut pays il continue d'être épouvanté. Il comprend brusquement que cette épouvante provient de la prise de conscience de ce qui lui arrive, de ce qu'il est devenu. Il a franchi sans le désirer une limite d'où il ne pourra plus revenir. Sa vie en équilibre a basculé. Si Dieu existe il l'a abandonné. Il repense à sa terreur, adolescent, quand son père lui a révélé que Dieu choisissait de toute éternité les âmes qui seraient sauvées et celles qui seraient condamnées, qu'il y avait cette prédestination effroyable dans le dogme de leur religion calviniste et qu'au contraire des catholiques, les œuvres, la bonne volonté ne pouvaient rien y faire. Il avait eu beau se convertir au catholicisme, cette terreur avait dû surnager au plus profond de son âme et aujourd'hui elle remontait vers la surface, parce qu'il découvrait la preuve de sa prédestination au mal par les trois meurtres qu'il venait de commettre à quelques semaines d'intervalle. Qu'est-ce qui lui était arrivé ? Ses liens d'amitié avec Marie Toulouse avaient évolué au point qu'ils avaient couché ensemble. Il connaissait ses expériences de bondage puisque c'est au cours de l'une d'elle qu'ils s'étaient rencontrés. En fouillant sa mémoire il n'avait aucun souvenir d'avoir voulu la tuer. Au contraire il se souvenait de ses précautions lorsqu'il plaçait sa main autour de son cou. C'est elle qui l'encourageait :

- Tu peux serrer plus fort.

- Tu crois ?

- Oui. Tu peux serrer plus fort.

Quand il relâchait la pression, elle reprenait son souffle et lui demandait :

- Cela t'a plu ?

- Oui.

- Tu veux continuer.

- Non. Oui.

Elle riait.

- Tu t'inquiètes pour rien. Ce n'est pas la première fois que je pratique l'étouffement. Déjà toute jeune avec ma sœur, on se serrait mutuellement le cou avec des torchons ou des collants. La première qui demandait grâce avait un gage... Bon. On peut y aller.

- Oui.

- N'hésite pas à bien serrer et regarde bien mes yeux, quand tu vois qu'ils commencent à se révulser tu relâches la pression mais en douceur, pas trop vite.

- Oui.

Tout d'un coup, elle avait poussé un râle qui lui avait paru de plaisir et ses yeux s'étaient complètement révulsés.

Dans la panique, il n'avait su quoi faire. Il s'était enfui hagard.

Pendant des jours et des jours, il avait pesé le pour et le contre pour savoir s 'il devait aller à la police ou non. Finalement il n'y était pas allé. Puis l'idée s'était emparé de lui comme à son insu. Il avait désiré recommencer pour vérifier que ce qui s'était passé ne lui était pas complètement imputable, que Marie avait peut-être succombé à une faiblesse cardiaque dont elle ignorait l'existence. Il s'était adressé à cette prostituée qui avait accepté de recourir à cette pratique de l'étouffement. Il ne s'était pas aperçu tout de suite que c'était un travesti, tellement elle lui avait paru féminine et en même temps il comprenait que c'était ce qui l'avait plu, cet aspect décalé, excessif dans l'attitude, l'habillement et le maquillage par rapport aux autres prostituées.

Il avait espéré qu'il se maîtriserait, qu'il n'irait pas jusqu'au meurtre, mais il n'avait pas pu résister à la certitude d'Amanda qu'elle contrôlait la situation et à cette jouissance qui l'avait inondé et poussé au point de non-retour. Un sentiment de puissance s'était emparé de lui. Autant il avait été désemparé après la mort de Marie Toulouse autant après celle d'Amanda Estébez il avait été plein d'une certitude qu'il était un être au-dessus du commun parce qu'il avait réussi à faire ce que peu de monde était capable de réaliser, mettre fin à la vie d'un autre.

La mort de la jeune barmaid avait été de bout en bout un plaisir qui avait occupé ses jours et ses nuits et qui avait confirmé qu'il était un être à part.

C'est pourquoi, très vite il avait souhaité retrouvé ce plaisir parce que sa vie était devenue d'une grande banalité sans cette perspective d'interrompre la vie et pour ce faire de soigneusement choisir ses victimes et de préparer dans le moindre détail l'exécution de son acte. C'est ce qu'il avait fait en sélectionnant cette fois-ci non pas une seule victime mais deux. Au fur et à mesure de ses préparatifs, un doute s'était insinué en lui. Il n'avait pas su bien le discerner et encore moins en connaître la cause.

Il avait décidé de voir clair en lui. Il avait donc interrompu ses préparatifs. Il avait voulu expérimenter qu'il n'était pas le jouet d'une addiction dans laquelle par mégarde il avait sombré. Il avait voulu s'administrer la preuve qu'il était maître de ses pulsions et qu'il pouvait à tout moment ne plus envisager de tuer ces deux jeunes femmes. Au début, cela lui avait paru facile et il s'était senti soulagé. Il n'était pas un meurtrier en série incapable de ne plus tuer. Au contraire, il s'en donnait la preuve jour après jour. Pour le vérifier, il avait même repris sa surveillance de la jeune conseillère et de la jeune joggeuse. C'était un plaisir de les voir continuer à vivre comme si ne pesait pas sur elle sa menace.

Pourquoi s'était-il réveillé épouvanté cette nuit ? Venait-il de comprendre, qu'il aurait beau y faire, il tuerait ces deux femmes. Il était allé trop loin, il avait franchi cette limite effroyable d'interrompre la vie. Il ne pouvait que retarder son passage à l'acte. Sans cette perspective sa vie n'avait plus le moindre goût. Il s'était rangé dans le camp des prédestinés à la damnation. Ou plutôt ce Dieu inique l'avait dès le début condamné.

Quand il parvient au mas, le jour s'est levé. Le ciel est couvert. La vallon de Sellevieille déjà encaissé apparaît encore plus sombre. Il revêt ses habits de randonneur, met ses chaussures et se met à marcher dans la brume. De temps à autre il entend le cri d'une buse ou d'un corbeau. Il chemine pendant plusieurs heures dans ce qui lui paraît être comme la vallée des ombres de la mort du psaume 23 mais contrairement à l'espérance qui court tout au long du psaume, Dieu n'est pas avec lui. Il l'a abandonné. Il est seul. Puisqu'il est seul, qu'il est abandonné puisqu'il est prédestiné au mal, à la damnation, il n'y a pas lieu pour lui d'abandonner son projet de tuer ces deux jeunes femmes. Sa fatigue lui fait rebrousser chemin. Quand il arrive au mas, il mange les quelques provisions rangées dans un placard, prend un sac de couchage et décide de s'allonger sous le ciel étoilé dégagé de ses nuages par le vent qui a soufflé une partie du jour. Ce qu'il avait espéré, ce faisant ne se produit pas. Chaque fois qu'il se met à somnoler, son épouvante revient. Il sait à présent d'où elle vient. Il n'arrêtera pas de tuer.

Chaque fois qu'il pense qu'il pourra y arriver, qu'il pourra se maîtriser, qu'il trouvera un moyen d'échapper à ses pulsions de mort, son épouvante ne devient plus qu'un simulacre dont il ne s'effraie plus.

Cela lui permet de s'endormir mais d'un sommeil insuffisamment apaisé, rapidement dévoré par son épouvante de connaître qu'il est prédestiné à tuer, qu'il a vendu son âme au diable pour avoir cette puissance de prendre la vie des autres, qu'il est condamné, que seule sa mort peut mettre fin à cette abomination et en même temps définitivement le condamner.



Tag(s) : #Animation, #Nice city, #Poésie

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