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Il y a :


Médée qui tue de ses mains les deux enfants qu'elle a eu de Jason qui l'a répudiée pour épouser Créuse.

Elle est la femme abandonnée par son mari qui réduit ses enfants à un objet de vengeance pour châtier, châtrer le père en le privant de l'objet de sa fierté, de sa virilité.

 Tu m'abandonnes, pour me venger je tue ce que nous avons créé ensemble. Puisque tu ne veux plus de moi, de notre famille, je fais disparaître cette famille dans laquelle nous vivions


Il y a :


La mère qui fait face à la perte de son mari qui la quitte ou qui meurt ( accident, suicide, maladie) qui se sent subitement seule, abandonnée. La perte de son mari provoque un sentiment d’anéantissement. Tout est fini.

Elle tue ses enfants et se tue, non par vengeance comme Médée, mais puisqu'elle ne se sent plus capable de faire face  seule aux obligations qu'elle partageait avec son compagnon, puisqu'elle désire en finir, se suicider, elle ne veut pas abandonner ses enfants et préfère les tuer avant pour qu'ils ne souffrent pas. C'est comme une sorte de  meurtre par amour.

C'est le terrible aboutissement d'une souffrance insurmontable du fait de la dépression dans laquelle cette mère est plongée.

Qui est venue l'aider? Qui est venu la soulager de cette souffrance, porter avec elle sa solitude ?

A notre décharge nous ne savions pas qu'elle était tombée dans ce gouffre de la dépression, elle nous l'a caché... Par honte de ce qu'elle pense être une "faiblesse"?

N'est-ce pas ce que nous disons au dépressif. Sois courageux, sous entendu tu te laisses aller, tu es faible...

C'est le drame de la famille nucléaire, du vase clos de la famille formée du père, de la mère et des enfants où sa rupture met en danger les enfants, tandis que dans  les sociétés traditionnelles à famille élargie, les oncles, les tantes prennent en charge la mère,  les enfants qui se retouvent avec leurs cousins et cousines.


Il y a :


La mère schizophrène qui, dans son délire, tue un ou tous ses enfants parce qu'elle le/les croient possédés. 


Dans tous les cas, nous sommes en présence d'un réel inimaginable et  suffocant : la mère qui tue ses enfants avec qui elle avait tissé pendant sa grossesse ces liens qui lui permettait d'être la seule à pouvoir communiquer avec eux dans les premières semaines après l'accouchement...


 

mere.jpg

 

 

Pour supporter ce réel étouffant peut-être aurez-vous besoin d'un nouvel épisode de mon modeste récit policier inachevé. En suivant ce lien, vous pouvez lire les épisodes précédents : link

 

 

 

Au rivage du chatoiement de la vie

 

 

Lorsqu'il rencontre Adèle la vie de Gorbes s'illumine. Il ne comprend pas comment elle peut aimer un homme comme lui, atteint de surdité et qui boite. Il le lui dit. Elle ne le rassure pas en se contentant de sourire et de hausser ses sourcils.

Pour elle, à sa demande, parce qu'elle est chirurgienne et qu'elle lui affirme qu'il est possible de le débarrassede sa surdité et de sa claudication, il subit plusieurs opérations qui effectivement lui rendent d'abord son ouïe puis une démarche naturelle.

Il n'en revient pas. Il ne cesse dans son bonheur, de se demander quel prix il aura à payer. Au moins pense-t-il que ce soit lui directement qui paye ce prix. Peut-être est-ce ce qui provoque la catastrophe, c'est ce qu'il ne cesse de ressasser au cours des années suivantes.

La première alerte, il l'a dans leur cuisine quand Adèle qui apprécie beaucoup de préparer de bons plats pour tous les deux renverse le risotto qu'elle s'apprêtait à poser sur la table. Il ne saura que plus tard qu'elle n'opère plus depuis plusieurs mois.

Elle s'excuse. Il lui dit que cela peut arriver à tout le monde, qu'ils n'ont qu'à commander des sushis ou une pizza. Elle se réfugie dans ses bras.

Puis il constate que cette maladresse devient chronique, qu'il lui arrive de plus en plus de se heurter aux meubles, voir de chuter.

Il s'inquiète jour après jour. Il n'ose lui poser de questions.

Un soir il se décide :

- Quelque chose ne va pas ?

Comme d'habitude elle ne répond pas se contentant de hausser ses sourcils.

Il réitère sa question. Elle décide de lui répondre avec un débit de paroles dont il a constaté que depuis quelques semaines il s'est ralenti.

- Je suis atteinte de la maladie de Charcot.

Il est foudroyé. C'est ça le prix pour quelques années de bonheur, songe-t-il dans un serrement de cœur.

Elle s'angoisse de son mutisme.

- Ce n'est pas si grave, avance-t-elle. L'évolution de la maladie est lente...

Il retrouve un bégaiement dont il avait réussi à se défaire depuis longtemps. Tant bien que mal il lui demande des précisions, qu'elle lui fournit.

Progressivement la dégénérescence des neurones moteurs de son cortex cérébral provoquera la paralysie de ses membres y compris de ses muscles respiratoires.

Il ne peut retenir ses larmes. Il n'ose lui demander pour combien de temps elle a à vivre.

- Regarde-moi Gorbes.

Il la regarde. Il a le pressentiment de ce qu'elle va solliciter de lui et qu'il sait au-dessus de ses forces.

De cette parole devenue chaotique, elle lui dit :

- Tu peux me quitter Gorbes. Je ne veux pas t'infliger ce qui va m'arriver...

C'est ce «tu peux me quitter» qui lui permet de retrouver le courage pour lui affirmer qu'il n' en est pas question, qu'il restera à ses côté et d'avoir la certitude defaire ce qu'il savait au-dessus de ses forces l'instant d'avant, qu'il sait qu'elle va lui demander et qui n'est plus au-dessus de ses forces maintenant.

Voilà, il a fallu trois années pour qu'Adèle ne soit plus que ce corps fluant et pour qu'il soile seul à pouvoir la comprendre quand elle s'exprime.

Ce jour qu'il appréhendait est arrivé. Il a préparé la piqûre. Il la lui administre.

Ils savent qu'ils ont le temps d'aller à Villefranche. Il faudra au moins une heure pour que la piqûre fasse son effet et elle désire partir dans sebras, se dissoudre dans la mer.

Il rangla voiture sur le parking. Il place Adèle dans son fauteuil. Il lui essuie le menton pour retirer la bave qui a coulé. Il fait très beau. Le soleil se lève. Il inonde la surface de l'eau de rouge, de jaune, d'orange, de rose. Il pousse le fauteuil le long du quai. Il ne remarque pas Chaval assis à la terrasse du café. De temps à autre, il s'arrête pour relever la tête d'Adèle, retirer ses cheveux de son visage pour qu'elle puisse mieux voir.

Voila ils sont arrivés. Gorbes retirson peignoir puis celui d' Adèle. Il la porte contre sa poitrine jusqu'au rivage. Il entre doucement dans l'eau et la pose délicatement sur la surface. Il fait lentement tournoyer son corps en pivotant. Des cercles les entourent qui vont s'éloignant. Il observe son visage pour retenir le dernier souffle de sa vie qui s'en va.

Voila, c'est fini.

 

Tag(s) : #Femme

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