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De nouveau je désire rendre un hommage même s'il n'en a pas besoin au théatre, mais surtout à la troupe du théatre de Nice ,à ses actrices/acteurs, ses metteurs en scène, je ne les cite pas tous de peur d'en oublier, même si j'aime particulièrement les mises en scène de Paulo Correia avec son recours à la vidéo, de Jacques Bellay et que Gaëlle Boghossian est toujours d'une intensité rare dans ses rôles, notamment dans le dernier en date pour moi Médée.

 

 

 

En assistant à la représentation dans la salle des répétitions au théatre de Nice du «Fétichiste» de Michel Tournier mis en scène et joué par Paul Chariéras en janvier février 2011

 

 

Elle pleure A côté d'elle il ne s'en aperçoit pas Elle pleure Il ne s'en aperçoit pas Elle pleure Touchée depuis le début par la fragilité de cet homme Elle pleure Bouleversée par ce qu'on lui fait endurer A cet être sur cette ligne de bordure devant elle Elle pleure maintenant Parce que les infirmières le traitent comme cela Assis à côté il ne s'en aperçoit pas Qu'elle pleure Parce qu'il est bouleversé aussi Parce que les infirmières le traitent comme cela Oui comme cela Comme cela comment Le théatre n'existe plus Que la vie Donc elle pleure Par ce que les infirmières lui imposent Pour elle une victime maintenant plus un acteur Plus un acteur Après elle lui dit après la représentation Elle lui dit il n'était pas méchant Pour elle tout de suite il n'a été qu' un être désemparé comme un enfant la nuit Le théatre n'existe plus Que la vie Ce qui existe c'est cela Quoi cela Cela Cette terrible manière de traiter les autres Les autres-vivants De les traiter comme Comme quoi Comme s'ils n'étaient pas des des êtres humains Human beings Seres humanos Comme des animaux machines à réparer Votre machine est détraquée Vous comprenez Vous comprenez  Vous ne pouvez pas comprendre Vous ne pouvez pas Vous êtes irresponsable Le théatre n'existe pas Que la vie Ce qui existe c'est ça C'est ça quoi Ça Cette scène dans ce théatre D'une violence inouie C'est quoi cette scène C'est ça A human being un ser humano un être humain un homme pas un pantin un être Qui vient de franchir la ligne Qui vient de revivre cet événement de sa vie Ce franchissement de ce portillon de métro à la poursuite d'une jeune femme Qu'il agresse Qu'il agresse On ne peut pas utiliser d'autres mots En d'autres temps cela aurait été sa faute à elle Pas à lui en somme Pourquoi portait-elles des jarretelles Elle pleure Par ce que les infirmières Pas les actrices Les infirmières lui font subir A son tour Une agression terrible Comme lui Sans lui vouloir de mal Comme lui En toute innocence Le théatre n'existe pas Que la vie Nous sommes une nouvelle fois au cinquième étage du théatre de Nice Dans la salle des répétitions Où ces infirmières les actrices de la pièce viennent de nous conduire Maintenant elles sont en train de faire subir à Paul Dans «le fétichiste» Cette terrible épreuve Cette violence inouie Le théatre n'existe pas Que la vie A Paul Pas un pantin A Paul Le fétichiste qui vient de retracer en leur présence d'une manière désopilante D'une manière désopilante sa mésaventure dans le métro A la poursuite de cette jeune femme Parce qu'il a entrevu qu'elle avait un porte-jarretelles De qui il a exigé et obtenu ce porte-jarretelle Qu'il ramène triomphalement à sa femme raconte-t-il qui ne comprend pas Qui pleure Ce récit l'a tellement exalté que les infirmières Croient qu'il n' y a que par ce moyen Quel moyen Ce moyen cette lance à incendie De le calmer D'éteindre cette exaltation Elle pleure A ses côtés il ne le voit pas Parce qu'il est bouleversé Par ce moyen Employé Le théatre n'existe pas Que la vie Devant eux non pas ce puits éclairé de « l'amateur» Mais un fossé Un couloir Un fossé Celui de la Kolyma D'Auschwitz De Rodez Un fossé un couloir Un couloir celui de l'infirmerie Du camp de travail de la kolyma Du camp d'extermination d' Auschwitz Du camp de la mort lente de l'asile de Rodez De l'asile de Rodez où Artaud meurt de faim avec tous les autres-vivants Ceux qui vont trop vite qui franchissent la ligne de bordure la border line la frontière Entre quoi et quoi Entre la vie et la vie Il a toujours eu peur du corps lui Paul le fétichiste C'est vrai Le corps Nu A une aura Un mystère Le corps nu Dans sa nudité Est si fragile Le corps nu de la femme qu'on aime Qui dort Que l'on découvre aux détours d'un rêve A la lumière N'ayons pas peur des clichés A la lumière de la lune Si abandonné si livré si démuni Si beau dans sa fragile nudité qui palpite Lui le fétichiste il en a peur En fait il ne le sait pas Mais il l'aime ce corps Il croit qu'il aime le vêtement Il croit que le corps n'est qu'un porte vêtement Un portemanteau Alors pourquoi les soutiens-gorge le fascinent les culottes les jarretelles Pourquoi il n'aime pas les vêtements des hommes qui le font s'évanouir raconte-t-il Parce qu'il aime les femmes Les femmes voilées Voilées d'une voilette Il aurait été heureux à la fin du XIX ° siècle A cette époque Impossible de voir ne serait-ce qu'un pouce de la peau d'une femme Il est arrivé trop tard Au XX ° siècle où le vêtement des femmes A toujours cette identique fonction de stimuler les rêves de corps féminin des hommes Et aussi de cacher suffisamment non plus totalement Cette terrible fragilité de ces corps lorsqu'ils sont entièrement nus Elle pleure Il ne le voit pas Elle le lui avouera après la fin La fin de quoi De la représentation du «Fétichiste» Cette fragilité bouleversante du corps dénudé Que l'infirmière révèle lorsqu'elle le débarbouille Ce n'est plus qu'un enfant désarmé Paul Tac tac tac tac Voilà cela commence Tac tac tac C'est le bruit des talons Le bruit des talons dans le couloir de l'infirmerie de la kolyma d'auschwitz de l'asile de rodez Tac tac tac Tout au long de la représentation il y aura ce tac tac tac Devant nous Mais aussi derrière nous Lorsque l'infirmière passe du côté cour nous dirons au coté jardin Pour entrer par un côté ou l'autre Tac tac tac Dés qu'il l'entend Paul le fétichiste l'homme qui aime les femmes en vêtements en sous-vêtements Ce tac tac tac Il s'amenuise se recroqueville s'apeure Lorsqu'il l'entend Elle L'infirmière Très professionnelle Très droite Très infirmière infirmante Tu n'es plus que cela Cela Quoi Cet enfant mon enfant Cela qui doit être traité Par l'infirmière infirmante Sereine Tac tac tac Le bruit des talons De tous les talons de toutes les prisons de tous les asiles de tous les camps Tac tac tac Où m'emmenez-vous Où m'emmenez-vous Tac tac tac Le bruit des talons Tac tac tac Le théatre n'existe pas Que la vie Où m'emmenez-vous Où m'emmenez-vous Tac tac tac Le bruit des talons de toutes les prisons de tous les asiles de tous les camps Tac tac tac La vie Une heure La vie toute une vie dans une heure Tac tac tac Le théatre c'est la poésie de l'espace donc du temps Donc de la vie Tac tac tac Le théatre de la vie dans une heure Tac tac tac Le théatre n'existe pas Que la vie Tac tac tac Tac tac tac Tac tac tac

 

 

 

 

 

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