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Bien entendu je souhaite dire avec un retard intentionnel mon soutien aux femmes.

 

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Pour nous remettre de cette journée de la femme, voici un nouveau fragment de mon modeste récit policier 


 

Dès qu'elle est libérée Myriam désire retrouver Chaval.

Il aurait été là à sa sortie de garde à vue, elle se serait précipitée dans ses bras sans réfléchir, sûre de trouver cette protection dont elle ressentait le besoin vital. Elle ne se serait pas posée la question de savoir si elle y aliénait sa liberté ou pas, si c'était sa destinée ou pas, si c'étaient les bons esprits ou pas qui l'y poussaient.

Oui mais il n' était pas là.

Son destin tracé à l'avance en est responsable. Elle ne peut être heureuse. Les femmes blanches, les fées des arbres en ont décidé ainsi. Pour elle les rituels propitiatoires n'ont pas fonctionné. Elle est vouée au malheur. C'est son destin. Elle n'y peut rien. Elle aura beau faire. Il est trop tard. Elle est la proie des mauvais démons. Ce sont eux qui l'ont poussée à rejeter les avances de Chaval.

Oui mais ils ne l' ont pas découragé de récidiver, de lui venir en aide une nouvelle fois quand elle avait été leur proie toute entière et qu'elle avait agressé ce gadjo de malheur qui n'avait pas compris qu'il était seulement le truchement de sa colère contre elle-même.

De toutes façons il n'y a plus d'espoir. C'est écrit. Le bonheur pour elle n' existe pas. En plus avec un étranger, un gadjo. Que peut espérer une tzigane d'un gadjo ? En tout cas pas de l'amour. La seule chose qui les intéresse c'est le sexe. Il n'est que temps qu'elle retrouve les siens. Elle a voulu jouer la fille qui n'a besoin de personne, pas même de sa famille et elle se retrouve là, seule, abandonnée au milieu de cette foule d'étrangers qui la regarde comme une sorcière, une femme maléfique.

C'est écrit, c'est comme ça. Elle n'est pas responsable . Les femmes blanches se dressent contre elle, pour lui tisser un destin de malheur, de solitude.

Alors pourquoi cette colère contre elle-même ? Si ce n'est parce qu'elle s'est sentie responsable de son échec à s'unir avec Chaval. Ces esprits des arbres n'ont rien à y voir. Elle ne va pas se mettre à croire à toute cette fantasmagorie de ses ancêtres. Elle a eu tout simplement peur de s'engager avec cet homme. Elle a tout juste eu peur de ne plus être une nomade du cœur. Peur de perdre sa liberté. Sa liberté pourquoi faire ? Pour mendier ? Pour se prostituer ? Il est toujours temps. Elle n'a qu' à se rendre chez lui. Elle est sûre qu'il l' accueillera sans aucuns reproches.

Voilà, elle prend sa décision. Elle va aller le voir. Elle ne va pas s'excuser. De toutes façons peu lui importe. Sinon pourquoi serait-il intervenu à nouveau pour lui éviter le pire ? Sinon pourquoi a-t-il demandé à ses amis de ne pas donner son nom. Tout simplement parce qu'il ne désire pas ses remerciements, qu'il ne désire pas qu'elle lui soit redevable de quoi que ce soit ! Parce que ce qu'il désire c'est qu'elle se donne à lui comme cela dans un élan. Qu'elle se donne à lui gratuitement. Pas même qu'elle se donne, qu'elle le prenne lui. Elle n'aura même pas besoin de lui dire qu'elle l'aime ! La seule chose qui lui importe c'est de partager une peu sa vie avec elle ! Elle en est sûre. Son destin écrit est là. Dans le fait de partager la dernière partie de la vie de cet homme avec elle. Plus seule. Plus abandonnée. Là. Au milieu de ces étrangers qui la regarde comme une sorcière malfaisante. De cet homme qui dissèque les corps des morts pour savoir pourquoi ils sont morts, pourquoi on les a tués. Qui découpe les corps, qui découpe les corps. Mais qui ne découpera pas le sien !

Elle frissonne. Elle se mord les lèvres. Elle ne pourra pas. Elle ne pourra pas laisser ses mains parcourir son corps. Non, elle ne pourra pas.

Inutile de se le cacher, elle ne le pourra pas. Il le sait. C'est pour cela qu'il n'a pas voulu qu'elle sache que c'était grâce à lui qu'elle était libérée. Il a pactisé avec les démons mauvais. Il a accepté cet horreur de charcuter les corps sans défense des morts. Il a franchi la ligne qui le sépare des hommes. Il n'y a pas de retours possible. C'est sa destinée. Lui aussi des fées maléfiques l'ont condamné à la solitude. Comme elle.

Autrement dit ils sont tous les deux de la même race des damnés. De quel droit elle pourrait le rejeter ce coupeur de corps. Il les découpe, seulement une fois mort. C'est un scientifique. Est-ce qu'il les charcute et jette leurs morceaux aux chiens. Bien entendu, non. Elle aussi a fait des études scientifiques. En tant qu'infirmière de bloc opératoire, est-ce qu'elle ne sait pas que l'on découpe les corps des vivants. C'est ce qu'elle n'a pas supporté. C'est pourquoi depuis elle erre seule. Elle régresse vers ce statut que les autres lui accolent de gitane, d'étrangère maléfique. Elle n'est pas condamnée à n'être que ce que les gadgi désirent qu'elle soit. Justement elle a trouvé ce Chaval, ce découpeur de corps pour être elle-même, une gitane qui partage la vie d'un gadjo... qu'elle aime... Sans savoir pourquoi. Pour contredire tout ce que son père lui a craché qu'elle était...

 

 

Le lien pour lire le récit dans sa continuité : link

 

 

 

 

Tag(s) : #Femme, #Nice city

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