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Le 8 mars était la journée internationale de la femme

 

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Le 9, puis le 10, puis le 11, puis demain le 12 ne seront plus la journée de la femme.

 

 

Pour protester voici un nouveau fragment de mon modeste récit policier inachevé. rappel du fragment précédent :  Marcia Nogueira a poignardé Sarah Rouihi.

 

A partir du moment où Hèmery l'a reconnue et l'a saluée, il lui a demandé à qui elle adressait ce signe de bienvenue. Aussitôt avec cette disponibilité, cette promptitude à lui obéir, qu'il apprécie tant, comme si elle était un soldat aux ordres, elle lui a répondu. Il s'est tourné vers le policier. Il a pu l'observer et confirmer cette sympathie qui l'avait gagnée quand il suivait et épiait Claire pour la tuer. Au fond, se disait-il à présent c'est grâce à lui que sa vie avait pris une toute autre tournure, qu'il avait pu se débarrasser de cette obsession de tuer dans laquelle il s'était laissé entraîner, qu'il était devenu un autre homme ou plutôt qu'il s'était dépouillé de cette tunique de Nessus qui le laissait un certain temps sans brûlure avant de l' acculer à tuer de nouveau. Il lui était reconnaissant de cette vie avec Claire qui l'avait sorti de son infini rien de roi sans divertissement, de P.D.G. d'une entreprise qui ne le détournait plus de ce vide qui se creusait en lui lorsqu'il sortait de son sommeil peuplé de cauchemars au matin. C'est lui qui lui avait permis de rencontrer comme son âme sœur, une femme qui lui apportait cette douceur, cette certitude des lendemains, ce plaisir sexuel qu'il se procurait jusqu'ici par son argent et qui n'était qu'une mécanique à éjaculer et à retomber dans la détresse de n'être que cela, un pantin avachi au bord de la mort. C'est grâce à lui qu'il appréciait cette satisfaction d'être regardé avec envie parce qu'il avait à son bras une jeune femme, bien plus jeune que lui, avec qui il partageait ce contentement de goûter à des mets raffinés, de savourer des vins chatoyants et délectables qui étaient le prélude à une jouissance sexuelle sans rivage.

Leur soirée avait été un enchantement. Il lui avait paru que cela avait été le cas du policier, de ses amis et de la femme qui l'accompagnait dont la sensualité était un peu trop rayonnante à son goût. Il préférait une certaine réserve et sophistication qu'il trouvait en Claire et aussi dans l'autre femme avec eux. Ils avaient prolongé cet enchantement en finissant leur soirée dans un club réputé pour sa fréquentation tout aussi bien par des hétérosexuels, des homosexuels, des travestis, des couples échangistes ou non. C'est cette diversité, cette élasticité du genre humain qu'il agréait, qui lui donnait la certitude que rien n'était joué d'avance, que les êtres humains étaient libres de choisir leur vie comme lui l'était, même si cette idée d'un destin, d'une prédestination ne l'avait jamais quitté. Avec Claire, elle était enfouie maintenant si profond dans son esprit qu'elle semblait ne plus exister. Cela tenait aussi à cette capacité qu'elle avait de considérer que tout ce qui lui arrivait était imprévisible. «  Nous sommes imprévisibles. Nous ne pouvons jamais entièrement savoir comment les autres, ceux que nous aimons vont se comporter... Ni même nous...», affirmait-elle. Elle ajoutait que c'est pour cette raison qu'elle essayait, avant de le rencontrer, d'avoir la vie la mieux rangée et routinière possible, l'imprévisible pouvant à tout moment surgir dans sa vie et tout bouleverser : « Comme toi » concluait-elle. C'est pour cela qu'elle se refusait à toute initiative avec lui mais qu'aussitôt qu'il avait choisi elle s'empressait de se conformer à son choix. Il pouvait tout lui demander. « Tu peux tout me demander » lui murmurait-elle à l'oreille. « Tout ? » demandait-il. « Oui, tout »répondait-elle. Il s'amusait « Tout, mais quoi ? ». Elle rougissait parce qu'il avait mis suffisamment de sous-entendus pour qu'elle pense à des exigences d'ordre sexuel et qu'elle avait dans ce domaine, une certaine retenue qui se transformait d'un coup en une impudeur complète qui l'emportait. «  tout... », elle se penchait vers son ventre et disait « Ça » avant de prendre dans sa bouche son sexe. Ils étaient certes dans la pénombre d'un club où l'on était habitué à certaines caresses mais il lui était reconnaissant de son audace.

Il l'aimait. Et son amour comblait tout ce qui en lui était rien.

 

 

- On n' y arrivera pas Bouchard.

- C'est une question de patience.

- Je ne crois plus à la thèse de Chaval.

- Ce n'est pas une thèse Hèmery, affirme Chaval, c'est une certitude. Nous avons affaire à quelqu'un qui a franchi la séparation entre l'idée et l'action. Tous nous avons des instincts de meurtre, comme un vertige, celui du « et si » mais nous ne passons pas à l'acte. Lui est passé à l'acte. Pour quelles raisons ? Je crois que la raison on pourra la trouver peut-être avec la sœur de Marie. Il faut reprendre toute l'enquête à zéro.

- Mais si tu as raison, pourquoi, n' a-t-il pas recommencé ? Tu nous as assuré qu'il ne pouvait plus s'empêcher de tuer, maintenant qu'il a goûté au plaisir de tuer...

- Première raison, il a amélioré sa technique. Il n'abandonne plus les corps, partant du principe que sans corps il ne peut y avoir de crimes. Dès le deuxième meurtre celui d'Amanda Estébez, il a voulu se débarrasser du corps. Il a agi dans la précipitation, il n'a pas eu de chance. Au troisième, il savait où cacher le corps...

- Oui mais il n' y a pas eu de nouvelles disparitions de jeune femme ! Donc pas de nouveau meurtre. Cela contredit ta thèse d'un besoin irrépressible qui le gagnerait au fur et à mesure qu'il attend avant de commettre un nouveau crime.

- C'est le problème. Je viens encore de vérifier. C'est vrai, depuis la disparition de Juliette Tancrédi, il n'y en a pas eu de nouvelle.

- Alors ?

- Nous devons prendre patience.

- Et s'il avait décidé de ne plus commettre de crime. S'il avait décidé de se « désintoxiquer » entre guillemets comme les alcooliques par exemple.
- Cela serait étonnant. On ne se débarrasse pas d'une addiction comme cela par une simple décision. Il y faut de l'aide. Jusqu'à preuve du contraire il n'y a pas une association des meurtriers anonymes...

- Il commettra peut-être une bévue...

- Ce n'est pas étrange qu'il ne veuille pas se glorifier de son acte, demande Hèmery, faire connaître qu'il est un assassin, ou du moins qu'il y a un assassin qui défie la police. Cela ne va-t-il par défi le pousser à nous provoquer ?

- Pour cela il aurait fallu que nous le provoquions.

- Pourquoi ne ferait-on pas une communication à la presse pour le pousser à nous braver ?

- Cela peut marcher, tu crois, fait Bouchard sceptique.

- Pourquoi pas.

- Oui mais comment ?

- Nous n'avons qu' à déclarer que nous avons résolu les trois affaires.

- Cela n'a pas tellement marché avec Gorf ,rappelle Chaval.

- Ou bien disjoindre les trois cas, pour montrer que nous ne croyons plus en un meurtrier unique. Déclarer que nous avons un suicide, Marie Toulouse, un meurtre sadique, Amanda Estébez, une disparition inexpliquée comme il y en a pas mal chaque année... dit Bouchard.

- Il recommencera... J'en suis sûr...

- Pour le moment nous sommes au point mort...

- Il nous faut un peu de chance, sinon...

- Sinon... Un assassin de plus continuera ses meurtres en toute impunité...dans notre société.

- Le Cairn ne va pas apprécier...avance Hèmery.

- Au fait vous ne le trouvez pas un peu changé Le Cairn ?

- C'est-à-dire ?

- Je ne sais pas moi... Changé...

- Maintenant que tu le dis... Oui je le trouve mieux... comme apaisé...

Comme s'il était plus certain...avance Chaval.

- Oui mais de quoi ? Demande Bouchard.

- En tous les cas, il y tient à l'arrestation du meurtrier. Je ne l'ai jamais vu aussi impatient sur une affaire.

- Pourtant il sait bien qu'il n' y a pas de bonne police dans la précipitation.

- Au fait Bouchard, tu as revu La juge ?

- Non...non... pas encore...

- Qu'est-ce que tu attends ?

I- C'est toi qui l'a dit il n'y a pas de bonne police dans la précipitation ni de bonne conquête...

 

 

Après son geste, Marcia s'enfuit. Elle se précipite vers le quai des États-unis. Elle traverse la chaussée nord puis sud en courant sans rien voir. Elle est affolée. Elle sait qu'elle a commis l'irréparable. Elle a tué Sarah. Elle a tué la femme qu'elle aimait. Elle n'a plus de raison de vivre. Il faut qu'elle se tue. Elle a lâché le couteau qui lui a servi contre Sarah. Comment se tuer ? Le mieux est de se jeter à l'eau. La mer est démontée. Les vagues jaillissent au-dessus du parapet de la promenade. Elle sera déchiquetée contre les rochers.

Elle ne voit pas arriver la voiture. Le conducteur qui l' aperçoit au dernier moment freine brutalement, le véhicule continue sur sa lancée en ralentissant mais cela n'est pas suffisant. Il heurte le corps de Marcia qui est projetée sur le capot du 4X4. Le conducteur descend. Marcia est étourdie. Il semble qu'elle n'ait rien. L'homme grand, mince l'aide à se relever et l'entraîne vers la voiture. Il lui dit qu'il va l'emmener aux urgences. Elle ne répond pas. Il la questionne :

- Vous avez l'air bouleversée ?

Elle s'est mise à pleurer. 

- je viens de tuer mon amie, fait-elle entre deux sanglots.

- Vous voulez aller voir la police ?

- Oui, c'est le mieux.

En route, alors qu'elle reste prostrée, il lui demande :

- Pourquoi ce geste ?

- Je l'aimais...

- Oui, j'ai compris... Mais pourquoi la tuer si vous l'aimiez ?

- Nous nous étions séparées.

- Définitivement ?

- Oui, par ma faute...

Il y a un silence. Elle est toujours prostrée, tout d'un coup il lui dit :

- Si vous voulez, je peux rouler un peu, le temps que vous vous retrouviez vos esprits et après je vous conduirais à la police...

Elle accepte. Après le port, il prend la direction de la voie rapide sur laquelle il s'engage. Elle s'est recroquevillée sur le siège et pleure.

Il met de la musique. Le combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi. Il lui demande si elle veut une autre musique. Elle répond non.

Ils sont sortis de la ville.

- Je continue à rouler ?

- Oui.

Ils ont franchi les gorges de la Mescla. Elle demande :

- Où allons-nous ?

- Vous voulez rentrer ?

- Non. On peut continuer.

Elle ne pleure plus mais semble complètement abattue.

Voilà Tancrède vient de transpercer de son épée Clorinde. Il reconnaît dans ce soldat ennemi qu'il vient de blesser mortellement la femme qu'il aime et qui expire.

Le 4X4 monte vers le vallon de Sellevieille. Épuisée, cela fait plusieurs jours qu' elle ne dort pas à épier Sarah et ses allées et venues, Marcia s'est endormie.

Quand il arrête la voiture, elle se réveille.

- Où sommes-nous ?

- Dans le vallon de Sellevieille. Venez, nous allons nous restaurer. Après nous redescendrons à Nice et je vous conduirais à la police.

Elle le suit. Dans le mas, il fait froid. Il allume un feu dans la cheminée.

- Vous voulez une couverture en attendant que la pièce se réchauffe ?

- Oui.

Il lui apporte une couverture.

- Vous voulez du thé ou du café ?

- Du café.

Il prépare un café.

- Vous avez faim ?

- Non.

Le feu a réchauffé la pièce. Marcia se débarrasse de la couverture.

Ils boivent leur café.

Quand ils ont fini. Il lui dit :

- Nous redescendons ?

- Pas tout de suite.

Puis elle sanglote.

- Je suis une meurtrière. J'ai tout raté. Je rate tout. Je ne vaux rien...Je suis bonne à jeter aux ordures...

Il essaie de la calmer. Depuis quelques minutes, il sent qu'il perd pied. Qu'est-ce qui lui a pris. Pourquoi l'avoir conduite ici ? Il s'aperçoit que ses mains tremblent. Ils doivent repartir. Il ne doit pas rester ici. Il va vers la petite pharmacie. Oui, le flacon est bien là. Il est fou. Il ne doit pas. Il faut qu'il pense à Claire. Sinon, il va quoi. Il va recommencer. Ce n'est pas possible. Il était guéri. Il était débarrassé de çà. Çà quoi. De Çà, de cette horrible envie de lui serrer le cou, de voir ses yeux se révulser, puis de relâcher son étreinte pour la voir retrouver ses esprits, puis de resserrer son cou pour lui couper la circulation sanguine et la voir de nouveau défaillir.

« Regardez-moi ». « Ne vous inquiétez pas ». « Voilà je relâche ». « Vous voyez, cela n'est pas si terrible ». « Ne vous inquiétez pas, je ne désire pas que vous mourriez ». « Regardez-moi, pour savoir quand je dois relâcher mon étreinte ». « voilà, vous voyez, je relâche mon étreinte ».

Elle étouffe. Elle est nue. Après l'avoir endormie, il l' a déshabillée. Il l' a allongée sur le lit. Il a attendu fébrilement qu'elle retrouve ses esprits. Il est montée sur elle et pèse de tout son poids sur ses seins. Elle n'a pas essayé de crier, mais il l' en aurait empêchée puisqu'il lui serre la gorge et a posé ses mains sur sa bouche. « Ne vous inquiétez pas, je ne veux pas vous tuer ». « Si vous ne criez pas, je relâche mon étreinte ». « Vous me le promettez ? Clignez des yeux ». «  Voila, c'est ça, j'ai relâché mon étreinte ». «Ne vous inquiétez pas ! Je ne veux pas que vous mourriez ». « Je vais vous libérer ».  « promettez-moi de ne pas crier. Cillez des yeux ». « Bien. Vous voyez, je vous relâche. Je vous libère ».

Il desserre son étreinte, s'allonge le long de son corps. Elle halète. Elle ne bouge pas. Elle lui dit :

- Vous pouvez faire de moi ce que vous voulez... Je ne vaux rien... Si vous me laissez partir. Je vous jure je ne dirais rien. De toutes façons, j'ai tué mon amie. Ma vie est foutue...

- D'accord. Nous allons nous rhabiller et nous allons redescendre à Nice. 

Il lui rend ses vêtements. Tandis qu'elle se rhabille il remarque les traces de coupure récentes sur ses cuisses. Il lui demande :

- Qui est-ce qui vous a fait çà ?

- C'est moi...

Elle regarde droit dans ses yeux sombres.

- Je ne vaux rien... Je suis une moins que rien...

- Ne dites pas çà. Votre vie n'est pas foutue. En France, les crimes passionnels sont jugés avec indulgence.

- Si vous pouviez savoir combien cela m'est égal. Sarah est morte... Tout est fini pour moi... Vous pouvez faire ce que vous voulez de moi... De toutes façons je voulais me tuer...

- Ne dites pas çà... Nous allons repartir. Allons-y.

Il ferme la maison. Ils se dirigent vers le 4X4. Il lui ouvre la portière. Elle s'installe sur le siège. Il referme la portière. Il contourne la voiture et s'assoit au volant. Il l'observe. Il lui demande :

- Cela va mieux ?

- Oui.

- Vous voulez toujours que je vous conduise à la police ?

- Cela m'est égal, mais c'est le mieux pour moi...

Il démarre.

- Je mets de la musique ?

- Oui.

Il choisit le lamento d' Arianna de Monteverdi. Ariane abandonnée sur cette plage de l'île de Naxos par Thésée qu' elle a aidé à tuer le Minotaure entame sa longue plainte par ce «Lasciatemi morire» qui est ce à quoi elle aspire, pour être délivrée de ses souffrances de femme amoureuse délaissée. Il lui demande :

- Cela vous plaît ?

- Oui, c'est beau.

L' orage qui menaçait à éclaté. D'un seul coup le jour s'est assombri.

Plus tard, au moment où Ariane chante « Dove, dove è la fede, che tanto mi giuravi? » il réitère sa question :

- C'est d'accord ?Je vous amène à la police ? Vous n'avez pas changé d'avis ?

- Non, c'est le mieux pour moi.

Il est soulagé. Il a évité le pire. Il a tenu bon. Il ne l'a pas tuée. Il rentre sur Nice. Il pense à Claire. Il l'aime.

La voiture continue d' avancer à travers la pluie qui s'est mise à tomber en larges lès.

 

Le récit dans sa continuité : link

 


 

Tag(s) : #Femme, #Nice city

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