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Jeudi soir je suis passé comme par enchantement de Sicile en Bohème, de l'amitié, de l'amour à la jalousie, sa violence, ses déssastres, son amertume, de l'été et son bonheur à l'hiver et ses glaces, puis comme par enchantement de Bohème en Sicile, de l'hiver et ses glaces au printemps et son bonheur, de la désolation, l'amertume à la joie, à l'amitié, à l'amour retrouvés. Tout cela grâce à Shakespeare et son conte d'hiver et à la cie Arketal avec ses comédiens et leurs marionnettes...

Je voulais qualifier avec des mots admiratifs le spectacle mais je les trouve usés par rapport à lui, je me suis rabattu sur un dessin pour dire l'émerveillement de constater que les marionnettes manipulées par leur comédien, soudain, donaient à ce conte d'hiver, un peu abracadabrantesque, ce qui est en fait le cas de tout conte, une vérité, une intensité de vie, une poésie...

 

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Ecoutez Hermione, femme du roi de Sicile léontes accusée injustement d'adultère  par lui :

 

" HERMIONE.-Tout ce que j'ai à dire tendant nécessairement à nier les faits dont je suis accusée, et n'ayant d'autre témoignage à produire en ma faveur que celui qui sort de ma bouche, il ne me servira guère de répondre non coupable ; ma vertu n'étant réputée que fausseté, l'affirmation que j'en ferais serait reçue de même. Mais si les puissances du ciel voient les actions humaines (comme elles le font), je ne doute pas alors que l'innocence ne fasse rougir ces fausses accusations et que la tyrannie ne tremble devant la patience.-(Au roi.) Vous, seigneur, vous savez mieux que personne (vous qui voulez feindre de l'ignorer) que toute ma vie passée a été aussi réservée, aussi chaste, aussi fidèle que je suis malheureuse maintenant, et je le suis plus que l'histoire n'en donne d'exemple, quand même on inventerait et qu'on jouerait cette tragédie pour attirer des spectateurs. Car, considérez-moi,-compagne de la couche d'un roi, possédant la moitié d'un trône, fille d'un grand monarque, mère d'un prince de la plus grande espérance, amenée ici pour parler et discourir pour sauver ma vie et mon honneur devant tous ceux à qui il plaît de venir me voir et m'entendre. Quant à la vie, je la tiens pour être une douleur que je voudrais abréger ; mais l'honneur, il doit se transmettre de moi à mes enfants, et, c'est lui seul que je veux défendre. J'en appelle à votre propre conscience, seigneur, pour dire combien j'étais dans vos bonnes grâces avant que Polixène vînt à votre cour, et combien je le méritais. Et depuis qu'il y est venu, par quel commerce illicite me suis-je écartée de mon devoir pour mériter de paraître ici ? S jamais j'ai franchi d'un seul pas les bornes de l'honneur, si j'ai penché de ce côté en action ou en volonté, que les coeurs de tous ceux qui m'entendent s'endurcissent, et que mon plus proche parent s'écrie : Opprobre sur son tombeau ! 

 

HERMIONE.-Je ne dois rien avouer de plus que ce qui peut m'être personnel dans ce qu'on m'impute à crime. Quant à Polixène (qui est le complice qu'on me donne), je confesse que je l'ai aimé en tout honneur, autant qu'il le désirait lui-même, de l'espèce d'affection qui pouvait convenir à une dame comme moi, de cette affection et non point d'une autre, que vous m'aviez commandée vous-même.
Et si je ne l'eusse pas fait, je croirais m'être rendue coupable à la fois de désobéissance et d'ingratitude envers vous et envers votre ami, dont l'amitié avait, du moment où elle avait pu s'exprimer par la parole, dès l'enfance, déclaré qu'elle vous était dévouée. Quant à la conspiration, je ne sais point quel goût elle a, bien qu'on me la présente comme un plat dont je dois goûter ; tout ce que j'en sais, c'est que Camillo était un honnête homme ; quant au motif qui lui a fait quitter votre cour, si les dieux n'en savent pas plus que moi, ils l'ignorent.

 

HERMIONE.-Seigneur, vous parlez un langage que je n'entends point ; ma vie dépend de vos rêves, et je vous l'abandonne.

 

HERMIONE.-Seigneur, épargnez vos menaces. Ce fantôme dont vous voulez m'épouvanter, je le cherche. La vie ne peut m'être d'aucun avantage : la couronne et la joie de ma vie, votre affection, je la regarde comme perdue : car je sens qu'elle est partie, quoique je ne sache pas comment elle a pu me quitter.Ma seconde consolation était mon fils, le premier fruit de mon sein : je suis bannie de sa présence, comme si j'étais attaquée d'un mal contagieux. Ma troisième consolation, née sous une malheureuse étoile, elle a été arrachée de mon sein dont le lait innocent coulait dans sa bouche innocente, pour être traînée à la mort.
Moi-même, j'ai été affichée sous le nom de prostituée sur tous les poteaux : par une haine indécente, on m'a refusé jusqu'au privilége des couches, qui appartient aux femmes de toute classe. Enfin, je me suis vue traînée dans ce lieu en plein air, avant d'avoir recouvré les forces nécessaires. A présent, seigneur, dites-moi de quels biens je jouis dans la vie, pour craindre de mourir ? Ainsi, poursuivez ; mais écoutez encore ces mots : ne vous méprenez pas à mes paroles.-Non ; pour la vie, je n'en fais pas plus de cas que d'un fétu.-Mais pour mon honneur (que je voudrais justifier), si je suis condamnée sur des soupçons, sans le secours d'autres preuves que celles qu'éveille votre jalousie, je vous déclare que c'est de la rigueur, et non de la justice. Seigneur, je m'en rapporte à l'oracle : qu'Apollon soit mon juge. "

 

En suivant ce lien vous pouvez lire ou télécharger le conte d'hiver : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre4850.html#page_0 

 

Les mots après de tels mots sont inutiles

 

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