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D'abord un tremblement de terre suivi d'un tsunami


 

tsunami 22

 

 

 

Puis une catastrophe nucléaire incommensurable :


"J'ai demandé à mes deux filles de 17 et 24 ans de ne pas avoir d'enfants"

"Toutes les victimes de Fukushima ne sont pas encore nées"

 


 

fukushima.jpg

 

 

En cliquant sur les images vous les verrez en plus grand.

 

 

Pour nous remettre de ce 11 mars catastrophique, véritable cygne noir, un nouveau fragment de mon modeste récit policier inachevé :

Le lien pour lire le récit dans toute sa continuité : link

 

Myriam s'est résolue d'un coup. Il n' y a pas de mauvais esprits. Ces dames blanches, ces esprits des arbres ne sont que contes pour enfants. Elle est sortie depuis longtemps de son enfance. Aucun mauvais démon ne guide ses pas. C'est elle qui décide, comme elle a décidé il y a des années de ne plus suivre sa communauté, de suivre les conseils de ce maître allé voir son père pour le convaincre que Myriam devait aller régulièrement à l'école, qu'elle était douée pour les études. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle a réussi le concours d'entrée à l'école d'infirmière, dont elle est sortie major de la promotion et après deux années d'activité en centre hospitalier elle a obtenu la première place au concours d' infirmière de bloc opératoire. Au bout de quelques mois d'exercice en bloc opératoire, après avoir vaincu les préjugés qui la classaient comme une bohémienne en qui on ne pouvait avoir confiance, ce qu'elle croyait être ses mauvais démons, qui n'étaient en fait que le refus de céder aux avances d'un grand patron qui estimait disposer d'un droit de cuissage sur ses collaboratrices, ce que certaines ne l'avaient pas dissuadé de croire, l' avaient poussé à quitter son service pour ce qu'elle considérait comme un atavisme lié à ses origines celui de l'errance, puis finalement à endosser le rôle que les autres attendaient qu'elle endossât, celui de la bohémienne, de la diseuse de bonne aventure qui l'avait au commencement comblé par le pouvoir qu'elle avait sur les gadjé en faisant simplement preuve de perspicacité. Il ne lui restait plus alors que renouer avec sa famille, sa communauté et toutes leurs croyances. Mais cela n'était plus possible puisqu'elle avait été maudite et qu'au fond elle était trop rebelle à des traditions qui consacraient la femme comme soumise à l'homme. D'où son isolement dont elle ne savait comment se défaire, jusqu'au moment où elle avait rencontré, ce gadjo, ce Chaval, ce dépeceur de cadavres, dont elle avait rejeté l'aide par un pli de tradition et aussi de méfiance acquise envers les hommes aux regards concupiscents desquels elle était sensible tout en les méprisant.

Elle se rend au centre hospitalier où elle a exercé son métier. Elle descend dans cet enfer glacial de la morgue. Elle sait que les ombres des morts qui y reposent peuvent encore errer dans les couloirs, mais ils sont devenus inoffensifs parce qu'ils sont en partance pour cet ailleurs où ils pourront vivre de leur pleine mort.

Voilà, Chaval est là, devant elle. Il lui dit :

- Si je ne me tenais pas, j' en tomberais...

- Pas de trop haut j'espère...

- Non, nous sommes déjà suffisamment bas dans ce laboratoire...

- Tu es occupé ? Je vous dérange...

- Vous savez les morts sont d'une patience infinie. Ils savent attendre...

Puisqu'elle a décidé, qu'elle est résolue, elle n'hésite plus, elle lui demande :

- Je pourrais assister à une de vos, de tes autopsies ?

Une bouffée d'inquiétude le submerge et voile son regard. Elle s'en rend compte. Elle poursuit :

- Je dois assister à une de tes autopsies, sinon tu ne me croiras pas...

Il la coupe :

- Je ne te croirais pas ? Pourquoi ?

- Si je t' assure que je n'ai plus peur de tes mains, que je n'ai plus peur que tu me dépèces...

Soudain il y a :

Sa femme qui dit :

« Chaval, tu me fais peur! Je ne peux plus supporter cette idée que tu puisses disséquer tous ces corps ! Je n'en peux plus que tes mains se posent sur mon corps ! Vraiment je n'en peux plus! Tu me comprends! Dis! Tu me comprends!».

Lui qui ne comprend pas, qui regarde dans une glace d'une armoire ce dépeceur qui le regarde aussi hébété que lui et qui ne comprend pas.

Il faut qu'il boive, sinon ce tremblement qui le saisit , il ne va plus pouvoir le maîtriser.

Elle a senti qu' il ne va pas bien, qu'elle a réveillé en lui ce chagrin qui lui fait dévaler sa vie sans la contrôler ou à peine. Cette fois-ci, elle doit réagir. Elle doit l'aider. Elle doit s'aider.

- Si les morts sont d'une infinie patience avec nous, nous pourrions peut-être aller chez toi, ou si les vivants n'ont pas la patience des morts, je peux peut-être aller chez toi et t' attendre, mais sache que puisque je ne suis pas morte, je vais t'y attendre avec impatience...

Voilà, son tremblement s'atténue. Le nuage noir qui pesait sur lui s' amenuise.

Il n'y a plus que : « Chaval, ne t'inquiète pas. Ce n'était qu'un mauvais cauchemar. Je vais bien. Je t'aime. Je vais me rendormir.»

- C'est vrai, tu veux assister à une autopsie. Tu crois que tu pourras le supporter ?

- Oui, plutôt deux fois qu'une...

- Plutôt deux fois qu'une ? je me contenterais d' une seule...

- J'ai un peu l'habitude. J'ai été infirmière de bloc dans ce C.H.U.

- C'était donc toi la bohémienne ?

- Oui, pourquoi, tu avais entendu parler de moi ?

- Oui.

- En bien, j'espère...

- Oui. Tout le monde n'en revenait pas. Tu penses une rom, infirmière de bloc opératoire...

- Préjugé quand tu nous tiens...

- Tu leur a un peu donné crédit...

- Par mon départ ?

- Je crois... aussi imprévisible que soudain...

- Je ne supportais plus le harcèlement de monsieur Renfert.

- Mais le bruit courrait que tu étais sa maîtresse...

- Non seulement c'est un porc mais en plus il s'est vanté de ce qu'il n'a pas eu ! Si je te l'amène, tu m'aideras à la lui enlever …

- En règle générale, je n'enlève rien... Je m'efforce de garder l'entièreté d'un corps, mais si tu insistes...

- Oui, j' insiste. Je vais le chercher...

- Commençons d'abord par l'autopsie que je dois pratiquer.

- Bon, j'attendrais.

- Allons-y.

Dans le laboratoire, Chaval tend une blouse , des gants et un calot à Myriam qui les met. Sur une table il y a un corps. C'est celui d'une femme d'une trentaine d'années. Elle a des ecchymoses au visage.

- Femme battue annonce Chaval.

Il commence l'autopsie. Sur une sorte de desserte il y a bien rangés tous les instruments chirurgicaux que Myriam connaît et qu'il va lui demander au fur et à mesure qu'il poursuit son autopsie.

Elle observe la précision de ses gestes, l'économie des incisions qu'il pratique comme s'il ne s'agissait pas d'une morte mais d'une jeune femme qu'il opérait pour quelque syndrome que ce soit. Chaque prélèvement d'organe s'accompagne des mêmes précautions et du murmure posé de Chaval dans le micro de l'enregistreur où il note chaque opération réalisée.

Pas moins de deux heures seront nécessaires pour qu'il précise son pré-diagnostic «  Morte à la suite de multiples coups assénés avec violence par pieds et poings ».

Quand il a fini, il recouvre le corps et le replace dans le casier réfrigéré.

Il ne nous reste plus qu'à lui redonner l'aspect le plus paisible quand j'aurais tous les résultats.

Myriam a noté le nous de Chaval. Elle l'interprète comme elle le désire. Ils vont dorénavant faire un bout de route ensemble...

Quant à Chaval, il est étonné. Il n'a pas envie d' aller chercher la bouteille de Bordeaux rouge dans son emplacement habituel pour s'en servir un verre.

Ils quittent la morgue.

Une fois chez Chaval, dans une villa cossue avec tennis et piscine des hauteurs de la ville, il montre à Myriam l'étage qui sera le sien où elle pourra vivre «comme bon lui semblera». Elle est tentée de lui dire «Heureusement», se mord les lèvres et se contente d'une banalité.

Il la laisse en lui montrant où se trouve la salle de bains en lui disant :

- Si tu veux peut-être prendre un bain. A tout de suite.

Myriam prend son bain et décide de ne pas se rhabiller parce que ses vêtements sont douteux du fait de sa garde à vue. Elle aurait dû passer au cagibi qui lui a servi jusque là de logis pour y trouver de quoi s'habiller de propre. Elle descend en peignoir de bain, ses cheveux entourés d'une serviette.

Chaval lui fait savoir qu'il est dans la cuisine. Elle y entre tandis qu' il ouvre les portes d'un réfrigérateur de type américain et en sort différents plats.

- Henriette nous a gâté, nous avons le choix, lasagnes à la milanaise, coq au vin, ou risotto au noir de seiche, fait-il.

Il se retourne, la voit. Il semble un peu surpris.

- Je suis impardonnable, s' exclame-t-il. Tu peux trouver tout ce dont tu as besoin dans ta chambre dans le placard. Rassure-toi les vêtements qui s'y trouvent n'ont jamais été portés. Ils t'attendaient. Si tu veux d'eux...

- Bon, je vais voir si je trouve quelque chose à ma taille...

- Oui. Au fait tu ne m'as pas dit ce que tu veux manger.

- Je te laisse décider, fait-elle.

En haut, elle ouvre le placard. Elle est surprise du nombre des vêtements qui s'y trouvent. Tous de marque. Chaval doit être riche, songe-t-elle. Elle choisit une robe noire dos nu ; parmi un grand nombre de chaussures, des escarpins, noirs à talons hauts et à bride Dans les tiroirs, elle trouve des bas et des dessous. Elle opte pour des bas résille , un porte jarretelles et élimine soutien-gorge et slip. Parmi tout un nécessaire de maquillage, elle ne retient que du fard à paupière marron.

Elle redescend. Au cliquetis de ses talons il se retourne. Il voudrait lui dire son admiration il n'est capable que d'un banal constat :

- Tu as trouvé ce qui te convenait, je vois.

- Il aurait fallu être difficile...

- Quand on espère un jour ne plus être seul, le mieux est de mettre tous les atouts de son côté, tu ne crois pas.

Elle a un battement des paupières d'approbation. Il remarque ses iris verts et marrons mis en valeur par le fard qu'elle a sélectionné. Il est sous le charme de sa féminité dont il comprend qu'elle l'a mise en avant pour lui.

- Nous pouvons passer à table, lui dit-il.

Elle lui prend la main. Il la guide jusqu'à la salle à manger et l'installe à sa chaise.

- J'ai choisi les lasagnes, cela te va ?

- Oui.

- Comme vin, un chianti de 2005. Il est à l'apogée de sa maturation, dit-il en saisissant la carafe de décantation pour remplir leurs verres.

- Je suppose que cela indique qu'il faut le boire ?

- Oui.

Dans leurs verres, le Chianti rutile de tout son rouge brillant presque grenat.

- Tu sens les arômes de violette ?

Myriam porte son verre à sa bouche et hume le vin.

- Oui

Ils boivent une gorgée de Chianti.

- Il a un goût velouté,... il est délicieux fait Myriam.

Tandis qu'elle avale une deuxième gorgée de vin, elle remarque que Chaval a reposé son verre sur la table et qu'il a commencé à servir les lasagnes, en lui annonçant :

- Tu vas voir Henriette est un vrai cordon bleu...

Comme elle marque une certaine surprise, il ajoute :

- Henriette est ma gouvernante... c'est elle qui s'occupe de tout...dans la maison...

Ils mangent. Myriam a allongé ses jambes afin qu'il les serre dans les siennes ce qu'il fait.

Mais au fur et à mesure que le repas avance, Chaval ressent comme une angoisse s'installer en Myriam. Cette fois, il ne s'affole pas. Il a trop de preuves qu'elle a envie d être avec lui. Il doit dans la mesure du possible la rassurer et donc connaître la cause de cette angoisse.

C'est un peu plus tard, au dessert de profiteroles aux trois chocolats qu' il lui demande :

- Tu n'es pas bien ? Tu peux tout me dire... Si tu veux rentrer je peux te raccompagner...

- Non ! Ce n'est pas ça... Je veux rester avec toi... Mais j'ai peur...

- De moi ?

- Non ! De moi !

Sa chevelure voltige au-dessus de ses épaules.

- Moi, je n'ai pas peur de toi ! Tu as vu, je t'attendais... Tout était prêt pour toi... Je peux te prendre dans la paume de mes mains pour te réchauffer... Tu verras je ne les refermerais pas... Tu seras toujours libre de t'envoler...

- Maintenant j'en suis sûre... De toutes façons, je n'ai pas envie de m'envoler... Je désire venir dans la paume de tes mains...

- Alors tout va bien... Rassure-toi... Viens.

Chaval se lève, il prend Myriam par les mains et lui fait enserrer ses épaules derrière son cou. Il sent son corps qui vibre à l'unisson du sien. Elle pose sa tête sur son épaule et lui murmure à l'oreille «  Je n'ai encore jamais fait l'amour ». Il est tout écoute. Elle poursuit «  Je ne suis pas vierge, mais je ne sais pas ce que c'est que faire l'amour... ». Elle ne peut pour l'instant aller plus loin. Chaval a compris. Lui aussi murmure à son oreille : «  Ne t' inquiète pas... il n'y a rien de plus beau quand un homme et une femme font l'amour parce qu'ils se sont reconnus... ». Comme elle a perçu qu'il a deviné, cela l'encourage à dire ce qu'elle n'a jamais dit, qu'elle sait qu'elle doit absolument dire pourvu qu'elle le dise à la personne capable de l'entendre et de partager sa douleur, sa peine, pour lui permettre de laver cette souillure délébile.

 

 

Tag(s) : #Nucléaire, #Fukushima, #Nice city

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