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Je continue mon modeste récit policier, en vous rappelant cette information bouleversifiante, Florence Cassez est libre, ce dont je me réjouis comme tout le monde grâce à nos stupermilifiants médias qui nous en ont rendu compte minute par minute. Qu'ils en soient remerciés pour savoir faire la part d'une information importante et d'une information sans intérêt comme celle de l'engagement militaire de la France au...au... le nom m'échappe... de toute façon dans un recoin de l' Afrique en plus désertique si non dépourvu de richesses et d'un peuple qui avec les roms m'a toujours fait rêver, les touaregs. 

 

link En suivant ce lien vous pouvez lire ce modeste petit récit policier dans son intégralitteraturelité.


autruche11 (22)

 

Arrestation de l'homme qui crachait du feu

 

 

 

Comme d'habitude, ce ne sont pas les piaillements des hirondelles qui le réveillent, mais les pleurs de Sélima Narandra qui raconte sa fuite désespérée essayant d'arracher son sari en feu puis cette voix qui raconte l' histoire de la feuille Absence qui quitte son arbre, la voix d'Esther ou de Marie ou de Myriam ou tout simplement celle d'Hélène qui lui dit à présent : « Bonjour », à quoi il répond : « Momjour,... ».

Comme d'habitude elle s'est levée avant lui pour faire son jogging. Au retour elle a acheté des croissants et le journal. Elle sort de la douche.

- Quel temps fait-il ?

- Il à commencer à pleuvoir.

Borme se redresse.

- Qu'est-ce que tu prends, thé ou café ?

- Café.

Elle le sert.

Il boit son café.

Elle enlève son peignoir de bain, se coule près de lui, se tourne et sollicite son sexe avec ses fesses.

- Baise-moi.

- Encore ! fait-il tout désir.

- Oui.

Ils font l'amour.

Après, elle dit :

- Au fait, c'est un certain Gorf qui a tué Marie Toulouse...

- Ah.

- Oui, il y a tout un article en première page. Regarde. Il y a la photo de l'assassin.

Elle déploie le journal sous ses yeux.

- Il avait, paraît-il besoin d'argent pour acheter la drogue dont il était en manque...

- Ah.

- Il connaissait Marie. Il savait qu'elle rentrait seule après son travail d'hôtesse. Il l'a suivie et l'a tuée...

- Ce n'était pas un suicide, donc ?

- Non. Ce Gorf était tellement drogué qu'il ne se souvenait plus de rien quand il a été arrêté. En toute bonne foi, il a nié son crime. Il ne pouvait pas croire qu'il ait tué Marie Toulouse qui le laissait exercer son numéro de cracheur de feu à la terrasse du restaurant où elle travaillait et qu'il trouvait très sympathique...

 

La bandelette de papier a glissé sur le parquet. Pascal ne s'en est pas aperçu. Il dort à présent enfoui dans son manteau de fièvre. Gilberte ramasse la bandelette. Peut-être, Blaise y-a-t-il jeté quelques mots. En ce cas elle la conservera précieusement. Pour une fois, elle n' a aucun mal à lire ce que Blaise a écrit : «Le bec du perroquet qu'il essuie, quoiqu'il soit net.».

Elle sourit et la range avec les autres fragments. L'un d'eux glissent de la liasse où il était inséré. Elle tente de le rattraper et dans son mouvement brusque bouscule le bureau. Blaise se réveille. Elle lui demande pardon désolée de l'avoir tiré de son sommeil. Il lui dit que c'est très bien ainsi, parce que lui est venue une pensée dont il va immédiatement écrire le contenu. Elle l'aide à s'installer à son bureau et se penche sur son épaule.

Il y a :

« Il faut vivre autrement dans le monde selon ces diverses suppositions:

1 S'il est sûr qu'on y sera toujours.

2 S'il est incertain si on y sera toujours ou non.

3 S'il est sûr qu'on n'y sera pas toujours, mais qu'on soit assuré d'y être longtemps.

4 S'il est certain qu'on n'y sera pas toujours et incertain si on y sera longtemps.

5 S'il est sûr qu'on n' y sera pas longtemps, et incertain si on y sera une heure.

Cette dernière supposition est la nôtre. »

Il arrête d'écrire, lève la tête vers Gilberte qui lui sourit d'un sourire qu'il déchiffre comme un peu décontenancé. C'est peut-être pour cette raison qu' il effectue des corrections d'abord de détail puis barre la proposition une et la reformule ainsi «Si on pouvait y être toujours» enfin raye les propositions 2,3,4... tandis que Gilberte pour ne pas le déranger a quitté la pièce sur la pointe des pieds...

 

- Tu m'écoutes ?

- Oui.

- On ne dirait pas.

Elle montre du doigt à Borme un paragraphe de l'article du journal qu'elle lui lit : « Les inspecteurs Bouchard et Hèmery, à la suite d'une minutieuse et longue enquête ont pu reconstituer les faits avec une précision telle qu'elle a emporté la conviction de Gorf qu'il était bien le meurtrier. A la suite de quoi, il a accepté de passer à des aveux complets qui ont corroboré le travail des deux inspecteurs ».

- Au fond, ils l'ont persuadé qu'il était coupable !

- Oui. Ils avaient dû accumuler toutes les preuves nécessaires.

- Les inspecteurs Bouchard et Hèmery ?

- Oui. Tu as l'air dubitatif ?

Il hausse les épaules.

Il regarde Hélène nue devant lui qui saisit une robe dans l'armoire, la plaque sur elle et se regarde dans la glace. Insatisfaite, elle en change . Sans se tourner vers lui elle l'interroge :

- Qu'est-ce que tu en penses ?

- J'aime ton corps.

Elle laisse glisser la robe sur le sol, se tourne vers lui et se laisse contempler.

Borme se lève, va vers elle, la prend dans ses bras, nu lui aussi, et comme elle est son miroir et qu'il est son image il se fond dans la suavité de son corps, elle se fond dans la force du sien.

 

Cela fait plusieurs semaines que la pression a commencé à monter en lui. Il a éprouvé un plaisir certain à y résister tout en sachant pertinemment qu'il lui céderait. C'est fait. Il s'est mis en action. Il a commencé par chercher sa victime. Il en a repéré deux, toutes deux d'une trentaine d'années. L'une est la conseillère financière de l'agence bancaire où il a ses comptes. Il la trouve cependant un peu trop «financière». Il n'a pas trouvé d'autres mots pour la qualifier et qualifier ce qu'il ressent face à elle, d'être devant une femme formatée selon les critères de sérieux qu'un conseiller financier doit inspirer aux clients de la banque. Mais son sourire comme d'excuse pour ses propos comptables et son regard vulnérable de myope, en contraste avec son image générale l'ont séduit. Quoiqu'il décide il ne la lâchera pas, elle fera parti de ses victimes.

L'autre est une jeune femme athlétique qu'il voit courir depuis plusieurs matins sur la promenade. Elle est noire, grande, pleine de décontraction. Il l'a croisée à deux reprises et la seconde fois leurs regards se sont rencontrés. Il a senti en elle une bestialité, dans le sens d'une naturalité qui l'a convaincu qu'elle ferait une victime idéale. C'est comme s'il sentait déjà sous ses doigts sa vitalité pantelante. Par conséquent c'est d'elle qu'il va s'occuper en premier.

D'autant que son sentiment de puissance a encore grandi à l'annonce de l'arrestation de cet imbécile qui s'est approprié ses deux victimes. Pourquoi ce pauvre type a-t-il endossé ses deux meurtres ? Il en a conçu comme une rancune et en même temps il a compris qu'il pouvait maintenant agir en toute impunité, parce que de sa troisième victime il n'était nulle part question. Au fond tuer n'était pas aussi difficile qu'on pouvait l'imaginer. Il ne comprenait plus son bouleversement à la mort de Marie Toulouse, peut-être était-ce parce qu'il n'avait voulu en aucune manière l'assassiner, du moins consciemment. Avec le travesti il avait compris que c'est ce qu'il recherchait, couronner sa jouissance par la jouissance supérieure d'ôter la vie de ses propres mains. Il regrettait toujours cette mort, étonné qu'il avait été par la féminité de ce travesti, mais celui-ci habitué aux jeux sado-masochistes l'avait en quelque sorte encouragé par son engagement à aller plus loin. Peut-être pensait-il pouvoir garder le contrôle sur lui mais il n'avait pas prévu ce vertige qui s'était emparé de lui, qui l'avait conduit à aller trop loin, puis à ne pas le regretter mais à en jouir pleinement, tandis que ce malheureux agonisait et qu'il avait compris que c'était inexorable parce qu'une limite avait été franchie. Il lui en gardait une certaine reconnaissance.

 

- A présent que tu as avoué que tu es le meurtrier de Marie Toulouse, est-ce que je peux te demander si tu connaissais Amanda Estébez, demande Bouchard ?

- Oui. On parlait parfois la nuit tandis qu'elle attendait un client, répond Gorf.

- C'est tout. Vous n'aviez pas d'autres relations ?

- Oui. Il nous arrivait de fumer un joint chez elle et de boire un verre... même de faire l'amour...

- Tu l'aimais bien...

- C'était une chic fille...

C'est au tour d'Hèmery de poser les questions plus techniques :

- Tu étais où dans la nuit du 6 février ?

- Ouf, je m'en souviens plus.

- Je vais te rafraîchir la mémoire comme pour Marie...

- Hé là, ce n'est pas moi qui ait tué Amanda ! Jamais j'aurais pu faire ça !

- C'est déjà ce que tu as dis pour Marie.

Gorf accuse le coup. Son regard devient lointain comme s'il cherchait à retrouver où il pouvait bien avoir été cette nuit du 6.

- Alors tu ne te souviens pas ?

- Non.

- Tu as bien fait ton numéro dans la zone piétonne jusque vers minuit et demi.

- Oui,oui... comme d'habitude sans doute...

- Rassure-toi des passants t'ont vu. Et après tu es allé où ?

- Je ne sais pas... je ne m'en souviens pas... Je...je suis rentré chez moi ?

- Tu crois ?

- Oui. Pourquoi ?

- Des clients t'ont vu au pub « L'île flottante ».

- Peut-être. Cela m'arrive d'y aller...

- En général, c'est pour te défoncer à l'alcool et aux médocs que tu as pu te procurer...

- Oui, mais pas toujours.

- Ce soir-là, oui. Tu ne t'en souviens pas ?

- Si j'étais défoncé il n'y a pas de chances...

- Tu étais défoncé !

- Si vous le dites...

- Il n'y a pas que moi, la serveuse de « L'île flottante » aussi.

- Charlène ?

- Oui Charlène.

- Alors ça doit être vrai, elle me connaît bien...

- Et après ?

- Après quoi ? J'étais défoncé... J'ai dû rentrer...

- Oui tu es rentré, mais tu ne te souviens pas avec qui ?

- Je suis rentré avec quelqu'un ?

- Oui.

- Qui ?

- Amanda.

- Possible. Il y a des soirs où elle avait besoin de ne pas rester seule...

- Et ce soir-là, c'en était un.

- Ah. Je ne sais pas... Je ne sais plus... J'ai un trou...

- Et tu ne te souviens pas de ce qui s'est passé ?

- Quoi ?

- Tu l' as tuée...

- Je l'ai tuée ?

Hèmery se tait et laisse l'idée faire son chemin dans l'esprit de Gorf.

Bouchard s'est rapproché de celui par derrière et a posé sa main sur son épaule comme pour l'encourager. A présent c'est lui qui va mener l'interrogatoire. Il lui dit :

- Tu te souviens...

- Oui... vaguement...

- De quoi ?

- Je, je ne sais pas...

- Mais oui, souviens-toi... Vous faites l'amour...

- Oui...peut-être...sans doute...

- Vous faites l'amour... souviens-toi... Tu lui serres doucement le cou et en même temps tu as mis ta mais sur sa bouche...

- Oui... ma main sur sa bouche....

- Elle suffoque … Tu serres un peu plus fort... Souviens-toi...Tu serres un peu plus fort...

- Oui, je serre plus fort...

- Et ?

- Je serre plus fort...encore

- Et tu appuies plus fort sur sa bouche...

- Oui, j'appuie plus fort sur sa bouche...

- Jusqu'à...

- Jusqu'à ce qu'elle perde connaissance...

- Alors qu'est-ce que tu fais à présent qu'elle a perdu connaissance?

- Je dois essayer de la ranimer...

- Oui. C'est cela...Et comment tu fais ?

- Je la secoue …

- Oui. Bien et...

- Je la gifle...

- Oui, c'est bien... Tu la gifles... mais...

- Mais... elle se réveille pas....

- Oui, bien, elle ne se réveille pas, mais pourquoi...parce que... elle... elle...

- Elle est morte... J'ai dû trop serrer...

- Ah, tu vois tu te souviens. Tu as trop serré et elle est morte.

- Oui, j'ai trop serré et …

- Elle est morte !

- Oui, elle est morte...

- Tu l'as tuée...

- Oui... elle est morte... Je l'ai tuée...

- Et qu'est-ce que tu fais ensuite ?

- Je ne sais pas. Je suis trop défoncé....

- Tu penses que tu dois te débarrasser du cadavre...

- Oui... me débarrasser du cadavre...

- Il te reste encore de l'alcool à brûler, ton instrument de travail de cracheur de feu...

- Oui..

- Et tu penses à quoi ?

- A m'en servir pour brûler le corps ?

Gorf quête un assentiment de cet officier de police si compatissant, qui veut bien le lui donner :

- C'est cela tu vas te débarrasser du corps d'Amanda en le brûlant grâce à cet alcool...

- Oui... C'est ce que j'ai du faire...

- Rassure-toi. C'est ce que tu as fait. Les analyses de l'alcool correspondent en tout point avec l'autre bouteille que l'on a retrouvée chez toi.

Gorf a pris sa tête dans ses mains et la serre comme s'il voulait empêcher qu'elle éclate.

Bouchard remet sa main sur son épaule comme pour lui faire savoir qu'il est avec lui, qu'il comprend sa détresse et qu'il ne l'abandonnera pas.

 

 

 

 

Tag(s) : #Nice city

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