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L'application du principe du maximin ( maximum du minimum), c'est à dire du plus haut minimum garanti à la personne au bas de l' échelle sociale.

Dessins ci-dessous :

Les inégalités obscènes dans les démocraties sont une bombe à fragmentation pour leur société
Les inégalités obscènes dans les démocraties sont une bombe à fragmentation pour leur société

Dans sa théorie de la justice comme équité, John Rawls défend l’idée selon laquelle une société doit être juste avant d’être égalitaire.

 

Il écrit p. 59 de sa « Théorie de la justice » :

« La question est de savoir si le fait d’imposer des désavantages à un petit nombre peut être compensé par une plus grande somme d’avantages dont jouiraient les autres »

 

Deux principes de justice sont présentés par Rawls pour atteindre une société juste

« Premier principe : chaque personne doit avoir un droit égal au système total le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec un même système pour tous.

« Second principe : les inégalités économiques et sociales doivent être telles qu'elles soient : (a) au plus grand bénéfice des plus désavantagés et (b) attachées à des fonctions et des positions ouvertes à tous, conformément au principe de la juste égalité des chances. [...] ».

Théorie de la justice, Ed. Seuil, Coll. Points, p.341

Ce second principe indique que les inégalités ne sont justes que si elles permettent d’améliorer le sort des moins bien lotis.

 

Supposons une population composée de trois individus et où chaque membre est placé sous « voile d’ignorance » c’est-à-dire que ces trois personnes  ne connaissent par leur place dans leur société, leur position de classe ou leur statut social, non plus qu’ ils connaissent leur  « fortune dans la distribution des ressources naturelles et des capacités, leur intelligence, leur force et autres choses similaires. » Rawls

Les principes de justice seront choisis derrière ce voile d'ignorance. Chacune de ces trois personnes se voit proposer le même choix entre trois sociétés (A, B et C) dans lesquelles il y a à chaque fois trois positions sociales (1, 2 et 3) qui apporte un gain différent. Comme les individus sont sous voile d’ignorance, ils ne savent pas quelle position sociale ils occuperont dans la société choisie. Supposons la configuration suivante :

Société/position

1

2

3

Total

A

6

6

8

20

B

2

11

22

35

C

7

7

16

30

Regardons maintenant comment une personne placée sous voile d’ignorance et utilisant le critère du maximin (maximum du minimum) qui consiste à « maximiser le gain minimal » dans un contexte d’incertitude pour choisir la société garantissant le gain minimal le plus élevé, c’est à dire la société où la situation des moins bien lotis est la meilleure.

1)Si l’on compare la société A à la société B, on voit que la première est bien plus  égalitaire que la seconde, mais que la société B est beaucoup mieux dotée. Le gain minimum dans la société A est 6, tandis que dans la société B il est de 2, par conséquent c’est la société A qui maximise le gain minimum et qui sera choisie.

2) Regardons ce qui se passe avec la société C qui est  plus inégalitaire si on la compare avec la société A. On voit aussi qu’elle est légèrement moins bien dotée que la société B.

On comprend pourquoi nos trois personnes sous voile d’ignorance choisiront cette société qui leur assure le gain minimum le plus élevé (7 en l’occurrence contre 6).

Pour Rawls : les inégalités dans la société C sont « justes » car elles bénéficient aux moins bien lotis.

Le but d’un gouvernement dans une démocratie n’est pas l’ égalité mais l’ équité qui permet aux moins bien lotis d’avoir le gain minimum le plus élevé qui leur assure de satisfaire leurs besoins premiers et si les salaires minimuns ne suffisent pas il devra verser en, plus des allocations familiales et autres, un supplément de revenu échelonné (ce qu’on appelle un impôt négatif sur le revenu).

« Dans The revolt of the elites, paru en 1995, Christopher Lasch remarquait que les élites des grandes villes ont plus d’affinités avec leurs homologues des autres métropoles du monde qu’avec le reste des citoyens de leur nation.

La méritocratie qu’ils défendent conduit à des résultats pires que ceux de l’aristocratie.

Les membres de cette nouvelle noblesse sont persuadés qu’ils doivent leur position privilégiée à leur talent et non aussi au travail des autres, qui doivent être bien heureux d’ être enrégimentés pour leur bien par leurs décisions. les aristocrates eux n’oubliaient pas qu’ils devaient leur position aux droits seigneuriaux payés par leurs paysans, ce pourquoi ils se montraient très pointilleux à la veille de la Révolution pour qu’ils leur soient versés rubis sur l’ongle. Ils ne pouvaient ignorer leur sort misérable.

Dans un article de 1997, Marc Chevrier a condensé la pensée de Christopher Lasch :

« La nouvelle élite, habile au maniement des symboles, mathématiques, informatiques et langagiers, est persuadée qu'elle ne doit rien à personne, devant ses succès à son haut degré d'instruction. Cette élite méritocratique, mobile, bardée de diplômes, citoyenne du monde, friande d'exotisme et de cosmopolitisme, a peu de sympathie pour la classe moyenne, trop inculte et mal dégrossie pour elle. Plutôt que de se sentir un devoir de solidarité envers la communauté et la nation, elle recherche la compagnie de ses pairs, se réfugie dans des banlieues aseptisées et compte ses sous. […] Si les gens fortunés aux États-Unis continuent de concentrer la richesse sans être plus généreux, licenciant sans vergogne des milliers d'employés et réclamant l'allégement de l'impôt, le spectre d'une révolution à la 1789 se profilera vite à l'horizon.» 

 

Pour le moment ce sont Donald Trump, Salvini qui sont arrivés au pouvoir et les gilets jaunes sur les carrefours.

 

Le mouvement de libération des femmes a permis à plusieurs d’entre elles de se hisser au sommet de la société, de faire partie de ces élites mais pas à la majorité.

Beaucoup sont forcées d’ accepter des emplois peu rémunérés et souvent précaires.

Dans les couples, hommes et femmes travaillent à l’extérieur des grandes agglomérations du fait de l’impossibilité de trouver un logement au loyer abordable dans les centres des villes, mais le revenu du ménage n’est pas suffisant : deux emplois mais deux voitures puisque

a) les transports collectifs péri-urbains ont été négligés moins prestigieux que les TGV reliant les grands villes

b) leurs emplois se trouvent loin de leur domicile dans les centres villes à Paris notamment, d’où leur sensibilité au prix des carburants et aux taxes qui grèvent leur budget…) . Malgré leurs deux salaires la vie est plus dure pour chacun.

Le problème de la dureté de la vie s’ aggrave avec les mères célibataires qui ont en charge un ou deux ou trois enfants. D’où le fait, que ces femmes soient nombreuses sur les ronds points des gilet jaunes.

Pendant les trente glorieuses la croissance forte du PIB a laissé croire aux français/ses au bas de la « cordée », de l’échelle fût-ce dans l’illusion ( à cause de l’inflation où la course prix salaires jouait en leur défaveur), qu’ils étaient aussi des gagnants avec cependant le coup de semonce de mai 68 qui s’ est traduit par des hausses du salaire minimum de 35 %. De ce fait les gouvernements profitaient de la paix sociale .

Mais avec la crise, le ralentissement de la croissance voire sa stagnation, ce qui avait constitué l’essentiel du faire nation, faire communauté, l’augmentation du pouvoir d’ achat grâce à la croissance, s’est défait au fur et à mesure que se creusait l’ écart entre les premiers de cordée et tous les autres membres de la cordée pour qui, il y avait peu de gains de pouvoir d’ achat, il n’était plus possible de compter sur ce qui tenait lieu de lien entre les membres de la société.

Le retour à la croissance est apparu comme une nécessité financé par le déficit budgétaire et par l’ exploitation des ressources sans retenue.

Cette politique a profité au 1% le plus favorisé qui a accédé à la possession de 50% de la richesse nationale puisque les plus riches s’enrichissent beaucoup plus vite que la classe moyenne tandis que les plus pauvres ne survivent non par leur salaires insuffisants mais par toutes sorte d’ allocations ponctionnées sur cette classe moyenne qui voit ses revenus diminuer et non sur les 0,1 % les plus riches, ce qui explique que la suppression de l’impôt sur les fortunes décidé par Macron ne passe pas et doit être l’objet d’ une évaluation pour savoir si cette suppression a eu un impact positif sur l’ économie française.

On ne peut plus s’étonner du fait que le couvercle de la marmite sociale ait fini pas sauter.

Or toute une intelligentsia, une élite n’a pas voulu entendre la plainte de cette classe moyenne se sentant de plus en plus déchue,cette « misère » (je reprends le terme de l’enquête lancée par Bourdieu et ses élèves publiée en 1993 sous le titre de « La misère du monde » où la parole est donnée à ces hommes et ces femmes qui ont tant de mal à vivre, qui expriment leur malheur avec une parole vraie, crue)

- qui est censurée parce qu’elle s’exprime sous une un forme brute jugée comme raciste, xénophobe.

Donc un écart béant avec les responsable politiques et médiatiques est déjà creusé dés les années 80

Avant de leur faire de la « moraline » il n’est plus que temps de se mettre à les entendre, à dialoguer avec eux, à leur donner le sentiment qu’ils seront écoutés sans mépris, ni condescendance que leurs demandes seront perçues comme justifiées et satisfaites.

Il n’est que temps de comprendre pour nos élites politiques, économiques, intellectuelles que le pouvoir qu’ils ont acquis les a enfermé dans un univers séparé de la réalité commune qui est celle de la majorité des français, que le monde commun dans lequel ils prétendent vivre qu’ils prétendent préserver n’est que le leur construit à partir de chiffres, d’ abstractions, de statistiques sans conscience qui prouvent que le pouvoir d’ achat par exemple a augmenté contrairement au ressenti, seul réel, de la majorité des français de la périphérie…

- de comprendre qu’elles doivent retrouver le sens de l’ équité et que s’il est nécessaire d’ imposer des limites à la croissance, à la consommation des ressources non renouvelables, des limites doivent être imposées à la croissance des salaires des patrons pour revenir à un monde plus juste seul acceptable par la majorité des citoyens et seul en mesure d’ assurer une croissance de la richesse :

voir mon article :

http://autruchementdit.com/2014/12/une-nouvelle-bouleversifinicative-les-inegalites-obscenes-dans-les-societes-des-pays-de-l-ocde-sont-un-frein-a-la-croissance.html

 

Comme dans le droit romain en cas d'une mésentente sur le partage d'un bien, dans notre cas la richesse produite par un pays, il faut un juge pour trancher, un gouvernement qui décidera non pas en fonction d’un principe supérieur à l’ équité, l’égalité des droits, (quelle égalité y-a-t-il entre Carlos Ghosn et un ouvrier de ses usines ) mais en fonction de l'équité,  selon l'égalité proportionnelle, selon lequel, il faut faire varier la répartition de la richesse en fonction de la richesse, permettant de donner plus au plus faible et moins au plus fort . (Jacques Dufresne, Le procès du droit, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1987). Respecter le droit de propriété, certes mais équitablement en imposant aux héritiers par exemple de céder une partie notable de leur héritage, en augmentant par exemple les droits de succession.

Le mouvement des gilets jaunes a révélé le gouffre qui s’ est creusé entre les élites françaises aux commandes de l’ état et une bonne partie de la population française qui survit tant bien que mal hors des métropoles embourgeoisées et des banlieues immédiates.

Il n’est que temps de combler ce fossé. L’incendie social venue de la province est semble-t-il circonscrit par les mesures économiques et sociales prises par Emmanuel Macron, circonscris mais pas éteint parce que la province, le petit peuple connaît dorénavant sa force et qu’il s’en est fallu d’une police et d’une gendarmerie républicaines qui n’ont pas failli à leur devoir pour que l’ Élysée ne soit pas pris...

 

Les inégalités obscènes dans les démocraties sont une bombe à fragmentation pour leur société
Tag(s) : #Démocratie, #Etat-providence, #Fracture sociétale, #Justice, #Fiscalité

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