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Dans un précédent article j' avais rendu hommage à Clément Rosset l' inventeur du complexe de Boubouroche avec sa variante le complexe de Boubouroche/Swann, je désire revenir sur les cactéristiques de ce complexe présenté dans "Le réel et son double" par Clément Rosset

 

http://fablehaikus.over-blog.com/2018/06/hommage-a-clement-rosset.html

Le complexe de Boubouroche swann : Le réel ne peut pas être le réel
Le complexe de Boubouroche swann : Le réel ne peut pas être le réel
Le complexe de Boubouroche swann : Le réel ne peut pas être le réel
Le complexe de Boubouroche swann : Le réel ne peut pas être le réel

Boubouroche prévenu par un voisin soi-disant bien intentionné, mais sans doute éconduit auparavant par Adèle la maîtresse de Boubouroche et qui cherche à se venger, découvre l’amant de celle-ci dans le placard où il tente de cacher son méfait.

Comme le précise Clément Rosset dans l’ avant-propos du « réel et son double »

«le spectacle de son infortune n’est voilé par aucune ombre» mais notre héros cocu refuse cette réalité.

« tout en jouissant d’une vison correcte des évènements, tout en ayant surpris son rival dans sa cachette, (il) n’en continue pas moins à croire à l’innocence de sa maîtresse. Cet « aveuglement » mérite qu’on s’y arrête un peu ».

1) Il y a un jeune homme dans le placard

2) donc Adèle est innocente,

3) donc je ne suis pas cocu.

Par quel tour de passe ce syllogisme s’impose-t-il à Boubouroche ? Comment le fait irrémédiable de la présence de l’ amant en caleçon dans le placard peut-il aboutir à ce résultat paradoxal ?

La réponse de Clément Rosset est que Boubouroche fait de cet évènement unique deux évènements qui ne coïncident pas « de telle sorte que la chose qu’il perçoit est mise ailleurs et hors d’état de se confondre avec elle-même. Tout se passe comme si l’évènement était magiquement scindé en deux, ou plutôt comme si deux aspects du même évènement en venait à prendre chacun une existence autonome. »... « le fait qu’Adèle ait dissimulé un amant, et le fait qu’il soit cocu, deviennent miraculeusement indépendants l’un de l’autre. »

« Descartes, poursuit Clément Rosset, dirait que l’illusion de Boubouroche consiste à prendre une « distinction formelle » pour une « distinction réelle » : Boubouroche est incapable de saisir la liaison essentielle qui unit, dans le Cogito, le « je pense » au « je suis » ; liaison modèle dont une des innombrables applications apprendrait à Boubouroche qu’il est impossible de distinguer réellement entre « ma femme me trompe » et « je suis cocu ».

On comprend pourquoi, Boubouroche ainsi peut retourner à sa vie antérieure qui le satisfait pleinement. Nul besoin de se risquer :

1) dans un duel avec l’ amant de sa maîtresse, puisqu’il perd son statut d’ amant d’ Adèle, 2) nul besoin de quitter cette maîtresse qui se montre fidèle et prouve sa bonne foi en refusant de nier des faits pourtant avérés, maîtresse dont on sent bien qu’elle le satisfait pleinement sexuellement et dans ce cas pour le moment de chercher une nouvelle maîtresse, ce qu’il fera en n’en pas douter quelques mois plus tard pour deux raisons :

a) notre atavisme de chasseur paléolithique

b) l’usure du temps qui réduira par l’usage la séduction de cette maîtresse.

Mais fait remarquer Charles Ramond, dans son étude «  Clément Rosset – La cohérence du réalisme » l’évènement Boubouroche cocu n’est pas si certain : « Un homme peut se trouver dans le placard de votre chambre pour bien d’autres raisons que parce qu’il est l’amant de votre femme. »

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00669181/document

Voici quelques éventualités :

1) Cet homme s’est caché dans le placard de cet appartement qu’il désirait cambrioler, surpris par l’arrivée de Boubouroche

2) ou il attendait le bon moment pour violer Adèle. La police pourra révéler plus tard qu’il s’agissait d’un dangereux satyre.

3) Il s’ agit d’ un détective payé par Boubouroche soupçonneux sur la fidélité de sa maîtresse beaucoup plus jeune que lui, ce qu’il ne peut lui avouer sous peine d’ une diatribe qui l’obligerait pour se faire pardonner à un cadeau sous forme de rivière de diamants ( On connaît la fascination des femmes pour de telles babioles) d’ où sa comédie de l’ amant cocu vite abandonnée.

4) Cet homme est stipendié par le voisin de pallier « bien intentionné » pour discréditer Adèle, la faire répudier par Boubouroche et prendre sa place qu’il envie depuis le début des 8 années de la durée de cette liaison

5) ou stipendié par Adèle soucieuse de faire une fin avec ce Boubouroche qui ne lui parle toujours pas de mariage en lui faisant toucher du doigt par cette présence a) l’éventualité qu’il soit cocu, b) le placer dans une position d’infériorité de soupçonneux jaloux qui a tout à se faire pardonner par la fameuse rivière de diamants.

 

On le voit il ne manque pas de raisons à Boubouroche comme à nous devant un réel inconfortable de le rendre plus confortable à la poursuite du bonheur que nous sommes, par mille chemins nous rendant à la rencontre de la Certa1 à Samarcande.

 

Clément Rosset nous présente une variante de ce complexe que nous nommerons pour le moment, complexe de Boubouroche Il la trouve dans un amour de Swann de Proust :

Un jour Swann se souvient qu’on lui avait présentée Odette dont il est devenu l’ amant et dont il est amoureux, comme une femme entretenue. Il pense aux cinq mille francs qu’il lui a donné le mois dernier et s’ils ne doivent pas être suivis ce mois-ci d’une somme plus importante et du cadeau d’une rivière de diamants qu’elle désire pour qu’elle n’ait pas l’ impression qu’il commence à moins l’ aimer.

« Alors tout d’ un coup il se demanda si cela, ce n’était pas précisément l’ «entretenir »...

« il ne put approfondir cette idée, car un accès de paresse d’esprit qui était chez lui congénitale, intermittente et providentielle, vint à ce moment éteindre toute lumière dans son intelligence, aussi brusquement que, plus tard, quand on eut installé partout l’éclairage électrique, on put couper l’électricité dans une maison. Sa pensée tâtonna un instant dans l’obscurité, il retira ses lunettes, en essuya les verres, se passa les mains sur les yeux, et ne revit la lumière que quand il se retrouva en présence d’une idée toute différente, à savoir qu’il faudrait tâcher d’envoyer le mois prochain six ou sept mille francs à Odette au lieu de cinq, à cause de la surprise et de la joie que cela lui causerait. »

Dans le même temps où Swann rejette cette réalité qu’ Odette est une femme entretenue dans le même temps où ne lui vient même pas à l’esprit qu’ avant lui elle a pu être entretenue par d’ autres amants, sa décision d’augmenter sa prochaine mensualité et de lui offrir la rivière de diamants qu’ elle désire conforte cette réalité qu’il rejette. Donc comme Boubouroche, Swann « fait d’ un seul fait deux faits divergents, 1) Odette est une femme entretenue, ce qu’il rejette tout en le consacrant par ses mensualités et cadeaux 2) Odette est la femme qu’il aime et qui l’aime.

Cette variante est due à la contribution de Swann à la réalité du fait qu’il rejette ce que l’ on ne peut dire de Boubouroche sauf à adopter l’hypothèse 3 plus haut d’un Boubouroche soupçonneux stipendiant un détective qui se laisse surprendre ce qui ne peut que l’ entraîner à jouer la comédie du jaloux soupçonneux pour se dédouaner aux yeux d’ Adèle.

Nous aurions donc un complexe que nous pourrions nommer de Boubouroche-Swann, encore plus étonnant que le seul complexe de Boubouroche.

 

Au total nous sommes dans de beaux draps :

A) Notre père veut nous tuer

B) Nous vivons dans un univers de mensonges

C) Notre seule solution pour nous en sortir est de jeter sur ces faits un voile d’ignorance pour arriver tant bien que mal au bout des mille chemins qui mènent à la certaine.

Sans compter les trois impératifs catégoriques que notre conscience nous impose que je vous rappelle :

1) N'épouse pas la fille de ton frère encore moins la tienne

2) Ne fais pas à autrui ce que tu désires qu'il ne te fasse pas 

3) Respecte la Terre que tes enfants t'ont confiée


 

1  La mort. Voir le très beau roman de Goliarda Sapienza « L’ art de la joie »

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