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16 h 30, rue de France juste avant la sortie du parc auto du palais Masséna

16 h 30 rue de France en direction de la place Masséna

Je viens de quitter la promenade des anglais

Rendue inhospitalière par le temps gris et pluvieux

Sous la menace d’ une mer blafarde et houleuse

Qui se ruait à l’ assaut des galets pour les dévorer tous

En crachant son haleine mouillée d’ embruns

Cela fait un long moment que je marche

Muré dans le silence du monde

Au milieu de pensées de songes

Disparates

Comme à mon habitude

Tout de même pas malheureux

Parce que la nébuleuse du cancer

Qui s’ était installée au-dessus de ma tête s’en est allée

Pour le moment

Une éternité

M’octroyant un répit que je mets à profit au mieux

En avançant sur la pente de ma vie

Parce que cette nébuleuse du cancer qui s’ était installée au-dessus de ma tête

S’en est allée

Me laissant au bord du monde

Exsangue

S’en est allée

Pour le moment

Une éternité

Cette nébuleuse du cancer

Pour le moment

Une éternité

M’abandonnant à regret

Quasi sans vie

Pour le moment

Une éternité

Au bord du monde

Muré dans son silence

Pour remonter la pente de la vie

Il est 16 h 30 je viens de quitter la promenade des anglais en proie

À la mauvaiseté d’une mer confuse

Pour retrouver le silence de ce monde qui nous emmure

Dans son silence

Obstiné

Qui refuse de répondre à nos questions

Que nous savons quelque part sans réponse

Je marche au milieu d’ un fatras de pensées de rêves

Que je pousse devant moi comme un troupeau de moutons

Rue de France

Il est 16 h 30 le long du mur du palais Masséna

Du mur du parc auto du palais Masséna

Devant moi un tas de chiffons

Entassés abandonnés le long de ce mur du parc auto du palais Masséna

Informes

Jetés là

Un tas

Informe

De chiffons

Jetés là sous la bruine

Humides

Trempés

Contre ce mur du parc auto juste avant sa sortie

Du palais Masséna

Un fatras de chiffons

De vêtements

Devenus inutiles

Dérisoires

Mouillés du fait de cette pluie fine et têtue

Qui ne veut pas renoncer depuis cette nuit

À étendre sa grisaille dans le moindre interstice

Un tas

Un fatras

De chiffons

Rue de France

Le long du mur du parc auto du palais Masséna

Jetés là

Abandonnés

Dans l’ indifférence des passants

Rue de France

Il est 16 h 30

J’avance vers la place Masséna en poussant devant moi le troupeau de mes pensées

Je suis maintenant à hauteur du tas

Du fatras

De ces vêtements devenus

Ces chiffons mouillés

Sans forme

Rue de France en direction de la place Masséna

Je suis à la hauteur du fatras

Il est un peu plus de 16 h30

De ces chiffons abandonnés

Presque plus des vêtements

 

Au milieu de ce tas informe de plis et replis de tissus

Il y a

Un visage penché presque à l’horizontale

Dans une position qui fait mal

Un visage penché

Dans une position qui fait mal

Un visage penché presque enfoui dans ces plis et replis de chiffons

En fait des vêtements

Un visage dans une position d’ abandon qui fait mal

Le visage émacié d’une jeune femme

Avec un fichu qui cache ses cheveux

Un visage émacié

Mat

les yeux de la jeune femme sont fermés

Elle dort

Abandonnée

Son visage disloqué du corps comme celui d’ une marionnette

Dans ses bras

Il y a

Un enfant

Qui dort

Enfoui dans ses bras

Un enfant qui dort

Dans ce fatras de chiffons

Plus des chiffons maintenant

Des vêtements

Qui enfouissent ces deux corps

Ne laissant voir que

Le visage de l’enfant

Et

Le visage émacié

mat

Quasi séparé du corps

Dans une position qui fait mal

De cette jeune femme

Ce visage

Dévoré par d’immenses cercles noirs

D’ épuisement

De délaissement

De solitude

Abandonné au bord du monde

Rue de France

En direction de la place Masséna

Cette jeune femme et son enfant

Un bébé qui dort

Un tas de chiffons

Contre le mur du parc auto du palais Masséna

Cette jeune femme et son bébé

Abandonnée

Cette jeune femme

Avec ces grands cercles noirs qui dévorent son visage

Ces cercles noirs

Du malheur

De l’ exil

De la solitude

De l’abandon

Des roms

Parce qu’elle doit être rom

Parce que les roms sont à la recherche

Non pas du paradis

Mais ont l’espoir d’une vie meilleure

Ailleurs que chez eux en Roumanie

En venant ici

Chercher une vie meilleure

Pour leurs enfants

Les roms

Des hommes

Cette femme

Rue de France

Qui dort son bébé dans les bras

Avec ses grands cercles noirs qui entourent ses paupière noires

Fermées

Ces grands cercles noirs

Du malheur

De la faim

Du froid

De la solitude

Des mauvais traitements

De l’ abandon

Ces cercles noirs

Ces cercles noirs de

Ces cercles

Noirs

De la solitude

De la faim

De la misère

De l’ abandon

Ces grands cercles

 

 

Derrière moi

Juste avant la sortie du parc auto du palais Masséna

Rue de France

En France

Ces grands cercles

Noirs

De

 

Il est 16 h 31

16 h 30, rue de France juste avant la sortie du parc auto du palais Masséna
Tag(s) : #Immigration, #Femme