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Avant le port de Marseille pouvait être bloqué par une immense sardine

Marseille city, son port, ses dockers, ses dealers, ses assassinats, sa pauvreté

Une étude publiée en décembre 2012 par l'OCDE sur la compétitivité du port de Marseille-Fos met en évidence son recul par rapport eux autres grands ports européens. En 40 ans ils est passé du deuxième au cinquième rang. Le plus grand volume, de trafic 109 millions de tonnes, date de 1974 et n'a jamais été dépassé depuis. En 2011, le trafic du port de Marseille-Fos n' est plus que de 88 millions.

"Cette croissance stagnante (-2% entre 1990 et 2011) contraste avec les taux de croissance d'Anvers (+83%) et des ports espagnols de Valence et Algésiras, dont les taux sont encore plus significatifs, s'élevant respectivement à 427% et 238% sur la même période, note l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique. Les taux de croissance restent plus modérés pour Le Havre (+27%) et Gênes (+16%) tout en restant supérieurs à ceux de Marseille-Fos." et pour cause puisque au lieu d'une croissance nous avons un recul. Or le port de Marseille-Fos est un important agent économique. Il fait travailler entre 40 000 et 45 000 personnes, deux fois plus qu’au Havre et trois fois plus qu’à Dunkerque.

Un rapport récent de la cour des comptes ( On ne mettra jamais assez en évidence le travail accompli par cette institution dont nos hommes politiques mettent un soin particulier à ne pas tenir comptes des recommandations qui exigent un minimum de courage dont on sait qu'il est la chose la moins bien partagée par cette espèce, Ouf ! Un peu de populisme soulage !) souligne les raisons de ce déclin malgré les avantages non négligeables du port qui sont :

1) Le fait que Marseille-Fos est bien situé sur la route reliant l' Asie à l' Europe via le canal de suez,

2) que le coût de passage n'y est pas parmi les plus élevés, en tous cas moins élevés que dans les ports espagnols à la croissance bien plus forte,

3) que son accès est aisé et que le coût du chenalage y bien moins élevé que dans d'autres ports concurrents,

4) qu' il est desservi par un réseau d'oléoducs européens qui lui confèrent un net avantage dans le secteur des hydrocarbures,

5) qu' il n'est pas coincé entre mer et montagne et dispose de ce fait de réserves foncières permettant son expansion.

Mais les raisons du déclin l'emportent sur ces avantages :

1) Les investissements y ont été longtemps limités notamment dans le domaine des conteneurs secteur le plus dynamique ces dernières années du trafic maritime,

2) Son intégration est insuffisante avec son arrière-pays qui de plus manque de dynamisme économique,

3) et surtout sa fiabilité y est compromise par des conflits sociaux incessants du fait de la toute puissance et du monopole du syndicat CGT.

Entre 2005 et 2010, Marseille-Fos a connu cinq mouvements de blocage. Soit un par an. L'an passé, le mouvement de grève, en partie lié à la réforme des retraites, a duré 33 jours. Il a coûté 4 milliards d'euros au port. A peine entamée, l'année 2011 a déjà son conflit: depuis trois semaines, les dockers organisent des grèves de trois à quatre jours pour défendre le départ à la retraite anticipée pour pénibilité. le "paysage social est dominé par un syndicat qui tire sa force de l'histoire et qui n'hésite pas à bloquer tout accord collectif" indique le rapport de la cour des comptes. Le conflit d'octobre 2010 a été animé par "la fraction dure du syndicat dominant". Or la CGT est le syndicat majoritaire tant sur les bassins Est (Marseille ville) que Ouest (Fos-sur-Mer).

La Cour pointe la faiblesse du temps de travail des principaux salariés du port, conducteurs de grues et de portiques, qui ne travaillent de façon effective que 14 heures par semaine à Fos et 12 heures à Marseille, pour une rémunération comprise entre 3.500 et 4.500 euros nets, grâce notamment à des "gratifications illégales", ou en langage marseillais, des "bakchichs". Un élu syndical admet qu'une partie du salaire des travailleurs portuaire est constituée de primes, mais en fonction de la productivité et du trafic, et que certains mois la rémunération peut grimper à 4000 euros. Ces primes sont très critiquées par la Cour des comptes qui dénonce un "maquis".

D'autre part "La vigilance constante des représentants syndicaux [de la CGT] a empêché toute adaptation de l'effectif", met-elle en évidence. La masse salariale du port a augmenté de 18,5% entre 2004 et 2008, alors que les effectifs devaient diminuer.
"Il manque au port de Marseille que s'y applique l'Etat de droit normal où chacun tient son rôle dans le débat économique et social, mais où les limites du débat démocratique ne sont pas franchies", souligne les magistrats de la cour des comptes.

Leur rapport insiste en conclusion sur la nécessité de "sanctionner les dérives accompagnées de violences", notamment "en portant plainte systématiquement." . Tout le monde se souvient ou pas de l'agression subie par Renaud Muselier :

http://www.ina.fr/video/CAB94081450

http://www.ina.fr/video/CAB94082520

L'autre urgence est, selon la Cour, est de mettre en oeuvre la réforme portuaire de 2008. qui prévoit que « Les grands ports maritimes cessent, sauf cas exceptionnels, de détenir ou d’exploiter des outillages de manutention (grues et portiques) et les transfèrent à des entreprises privées. La loi prévoit que les grutiers et portiqueurs, salariés des ports autonomes (établissements publics de l’Etat sous contrat privé) sont désormais employés par les entreprises privées, comme les dockers le sont depuis 1992. »

http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/rapport%20Cour%20des%20Comptes-port%20de%20Marseille.pdf

Ne peut-on pas trouver dans cet état de fait dénoncé par la cour des comptes une explication dans le constat que le taux de pauvreté à Marseille soit de 26 %, certes loin des villes ayant subi de plein fouet la désindustrialisation comme Roubaix 46 %, ou des villes périphériques de Paris comme Aubervilliers 39 %, ou des taux des départements d'outremer 39% à Saint Denis de la Réunion, mais beaucoup plus élevé qu' à Paris (16 % de pauvres), Lyon (15 %), Nantes (17 %) ou Bordeaux (18 %) qui se situent autour de la moyenne nationale.

http://lecompas.fr/doc/compas_etudes_2_aout_2012.pdf

Tout ce trafic portuaire qui ne s'est pas développé à Marseille mais dans les ports Italiens et surtout Espagnols n'est-ce pas autant d'emplois induits qui n'ont pas été créés dans l'agglomération et dans son arrière-pays, c'est-à-dire autant de chômeurs et de pauvres en plus dans la ville et dans l'arrière-pays dont le moindre dynamisme économique est une cause de ce déclin marseillais mais aussi une conséquence.

Ainsi le cas de Marseille révèle le choix fait dans notre pays du chômage de masse dont il semble selon les derniers chiffres nous ne sommes pas prêts de sortir.

Marseille city, son port, ses dockers, ses dealers, ses assassinats, sa pauvreté
Marseille city, son port, ses dockers, ses dealers, ses assassinats, sa pauvreté
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Tag(s) : #Chomage, #Délinquance

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