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Enchaîner Prométhée, en d'autres termes mettre des limites au déploiement de la science, de la technique et à la croissance économique toujours plus dévoreuse de ressources. Va dans ce sens le "Stern review", ce rapport sur l'économie du changement climatique qui date déjà de 2006, commandé par le gouvernement britannique :

file:///C:/Users/jpl/Desktop/regard%20critique%20sur%20le%20rapport%20stern.htm

Le constat du rapport Stern est préoccupant : si rien n'est fait par nos gouvernements contre le réchauffement climatique nous risquons une crise mondiale pire que celle que nous avons connue et que nous connaissons encore en France. Cette crise rendrait bon nombre de parties du globe inhabitables, provoquerait le déplacement de 200 millions de personnes, la disparition de 40% des espèces vivantes, sans compter les sécheresses, les cyclones, les tornades et les inondations à grande échelle.

Le coût total de la facture serait de 5.500 milliards d’euros, sur un PIB mondial en 2011, d' environ 51.000 milliards d'euros. ( PIB de la France 1800 millions d'euros ).

Bien entendu tous ces chiffres sont à prendre cum grano salis, autruchement dit avec prudence. Dans son désir de convaincre les gouvernements d'agir dès maintenant, ce grand économiste n'a-t-il pas noirci la situation ?

Néanmoins il est indéniable :

1) qu' Il y a une grande vulnérabilité intrinsèque de nos économies et sociétés (voir la crise financière, économique et sociale actuelle) mais aussi extrinsèque notamment face à des changements rapides du climat, avec la plus ou moindre grande capacité dans ce cas des économies et sociétés à surmonter les problèmes engendrées par ces changements climatiques selon leur degré de développement. Par exemple face à la montée des mers les Pays-Bas ont de meilleurs chances de trouver les solutions pour en atténuer les effets négatifs que le Bangladesh.

2) que notre climat est en train de changer sous l'effet des gaz à effet de serre émis en quantité de plus en plus grande depuis la révolution industrielle qui commence au milieu du XIX ° siècle. Si l'on ne fait rien, ce changement va s’accélérer et si l'on ne sait pas exactement vers quel climat nous nous dirigeons, la température moyenne de la terre va augmenter provoquant de grands bouleversements climatiques, dont on commence à constater certains effets dès aujourd'hui avec des épisodes climatiques de plus en plus brutaux, la fonte des glaciers et la montée des mers, d'autant plus graves que c'est plus de 50 % de la population mondiale qui vit d'ores et déjà sur les littoraux des continents.

3) que le climat est un système caractérisé par une grande inertie. Chaque molécule de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère y reste pour plus de cent ans, ce qui rend nos émissions actuelles apparemment irréversibles pour plusieurs siècles.

Ces trois éléments justifieraient donc l'intervention la plus rapide possible et la plus forte possible dans la limitation des gaz à effet de serre dans notre atmosphère ( ce que préconise le rapport Stern qui recommande aussi une aide accrue aux pays les moins développés pour leur permettre de mieux s'adapter) . Cela a un coût qui certainement ralentira notre croissance, pèsera sur notre niveau de vie donc l' enrichissement de nos sociétés et de nos économies :

« ramenés à une annuité constante, les dommages climatiques pourraient représenter de 5 à 20 % du Produit mondial brut (PMB) annuel dès aujourd’hui et pour l’éternité.( soit une baisse moyenne de la consommation par tête de 5 à 20% aujourd'hui et pour toujours). La fourchette mentionnée ne donne pas une indication de l’incertitude, mais seulement les valeurs centrales à considérer selon l’étendue des phénomènes auxquels on s’intéresse"

1) " à 5 %, seuls les dommages sur la production et les activités sources de revenu (en particulier l’exploitation des ressources naturelles) sont considérés."

2) " L’intégration des pertes de vie humaines et des pertes écologiques (notion de services écologiques) fait plus que doubler le pourcentage. "

3) " La prise en compte d’hypothèses plus extrêmes sur la sensibilité du climat et sur l’existence de rétroactions positives amplifiant les déséquilibres (émissions de méthane du permafrost dégelé, moindre absorption par les océans,…) font passer le coût des dommages à 14 %."

4) " Enfin, la reconnaissance du fait que les populations les plus pauvres des pays les moins développés seront proportionnellement les plus touchées – elles dépendent davantage des conditions naturelles pour satisfaire leurs besoins élémentaires, elles ont de moindres capacités d’adaptation et elles se trouvent objectivement situées dans des régions qui seront davantage frappées physiquement – conduit aux 20 %. »

Olivier Godard « Le Rapport Stern sur l'économie du changement climatique était-il une manipulation grossière de la méthodologie économique ? », Revue d'économie politique4/2007 (Vol. 117), p. 475-506.
URL : www.cairn.info/revue-d-economie-politique-2007-4-page-475.htm.

Si nous suivons les recommandations du rapport Stern nous léguerons aux générations futures des économies moins développées qu'elles n'auraient pu être (bien que plus développées qu' aujourd'hui et peut-être plus égalitairement développées voir les BRICS, Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud, etc....) , puisque le rapport prône de consacrer 1% du PIB mondial chaque année et pour toujours à la lutte contre les rejets des gaz à effet de serre dans notre atmosphère, qui ne sera donc pas dédié au développement, ce qui rendra les interventions de ces générations à venir sur le climat plus ardues, ( puisqu'elles ne seront pas aussi riches qu'elle auraient pu être) mais elles y auront gagné cet avantage d'être devant des problèmes écologiques moins graves du fait de la prise de mesures dès aujourd'hui contre cette augmentation des gaz à effets de serre dans notre atmosphère. Si nous ne les suivons pas, notre croissance sera plus forte, notre enrichissement plus fort, ce qui rendra les générations suivantes plus riches, mieux à mène de résoudre des problèmes écologiques plus graves, mais peut-être irréversibles.

Donc voici l'alternative, soit nous intervenons rapidement et massivement et nous payons la remise en ordre ou la moindre dégradation de notre planète pour que les générations futures aient à supporter le moins possible le coût d'un bon fonctionnement de celle-ci, autruchement dit de conserver son habitabilité pour l'humanité voire de l'améliorer. Donc Nous payons pour nos enfants qui seront plus riches que nous afin qu'ils n'aient pas à payer ou le moins possible.

Soit nous n'intervenons pas, continuons notre croissance, l' habitabilité de la Terre se dégrade, les problèmes s'aggravent mais en même temps que nous léguons à nos enfants une Terre dégradée nous leur léguons une société et une économie plus riche, plus capable de surmonter ces problèmes écologiques d'autant que la science aura progressé plus vite parce qu' elle aura bénéficié d'investissements de recherche et développement plus importants du fait de cette richesse accrue, donc sera mieux à même de surmonter ces problèmes écologiques plus graves. Donc Nous moins riches nous laisserons payer nos enfants plus riches.

Soit nous entravons Prométhée soit nous le laissons libre!

Mais pour entraver Prométhée, autruchement dit pour suivre les recommandations du rapport Stern, encore faudrait-il que dans nos démocraties les politiques ne soient pas, comme elles ne le sont le plus souvent, qu' à courte vue, que les gouvernements qui sont d'une grande faiblesse ne soient pas préoccupés prioritairement de leur réélection plutôt que du bien public et reculent au premier frémissement des citoyens devant le moindre petit effort ( voir le report de la taxe carbone).

(Reportez-vous dans mon modeste traité politique page 9, à la loi n°5 de la partie IV La peur du citoyen est le sentiment fondamental de tout gouvernement en démocratie : http://fr.calameo.com/read/000195935c7a3c2e5eed7 )

Inutile de vous dire qu'au pays de la liberté, les USA, ont fleuri les études économiques sérieuses critiquant ce rapport Stern trop européen, trop sensible au principe de précaution.

Vous êtes étonnés. Moi pas, d'autant que j'ai un faible pour Prométhée, et la science.

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Faut-il enchaîner Prométhée ?
Faut-il enchaîner Prométhée ?
Faut-il enchaîner Prométhée ?
Faut-il enchaîner Prométhée ?
Faut-il enchaîner Prométhée ?
Faut-il enchaîner Prométhée ?
Tag(s) : #Principe de précaution, #Autruchement, #Croissance, #Démocratie

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