Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

***

Pour illustrer ce monde de l'incertain dont je vous ai parlé dans de précédents articles, j'ai rédigé il y a quelques temps déjà, une série pour le moment de 8 haïkufables, qui évoque l'empire des Sombres, c'est-à-dire un monde post apocalyptique où l'incertain est en quelque sorte la norme. J'entreprends aujourd'hui leur republication

Après

Vers le bourg voisin

http://fablehaikus.over-blog.com/2013/10/voyage-dans-les-brumes-de-l-%C3%AEle-de-l-incertitude.html

L'inspection

http://fablehaikus.over-blog.com/2013/10/dans-la-toile-d-araign%C3%A9e-du-probable-incertain.html

Le protocole

http://fablehaikus.over-blog.com/2013/10/au-carrefour-des-possibles-incertains.html

Les intrus

http://fablehaikus.over-blog.com/2013/11/dans-l-empire-des-sombres.html

La digue

http://fablehaikus.over-blog.com/2013/11/dans-l-empire-des-sombres-la-digue.html

Voici aujourd'hui

En descendant le fleuve de sable friable du temps

*

C'est dans l'après-midi que l'énorme vague arriva  Dans un fracas de forge cyclopéenne   Elle charriait des pans entiers de la digue et de maisons des faubourgs  Amplifiant sa rage de destruction  Elle courut sur une grande partie de la contrée  Lorsqu'elle se retira elle ne laissa qu'un cimetière bas de squelette de maisons
C'est dans l'après-midi que l'énorme vague arriva  Dans un fracas de forge cyclopéenne   Elle charriait des pans entiers de la digue et de maisons des faubourgs  Amplifiant sa rage de destruction  Elle courut sur une grande partie de la contrée  Lorsqu'elle se retira elle ne laissa qu'un cimetière bas de squelette de maisons
C'est dans l'après-midi que l'énorme vague arriva  Dans un fracas de forge cyclopéenne   Elle charriait des pans entiers de la digue et de maisons des faubourgs  Amplifiant sa rage de destruction  Elle courut sur une grande partie de la contrée  Lorsqu'elle se retira elle ne laissa qu'un cimetière bas de squelette de maisons
C'est dans l'après-midi que l'énorme vague arriva  Dans un fracas de forge cyclopéenne   Elle charriait des pans entiers de la digue et de maisons des faubourgs  Amplifiant sa rage de destruction  Elle courut sur une grande partie de la contrée  Lorsqu'elle se retira elle ne laissa qu'un cimetière bas de squelette de maisons

C'est dans l'après-midi que l'énorme vague arriva Dans un fracas de forge cyclopéenne Elle charriait des pans entiers de la digue et de maisons des faubourgs Amplifiant sa rage de destruction Elle courut sur une grande partie de la contrée Lorsqu'elle se retira elle ne laissa qu'un cimetière bas de squelette de maisons

*

En descendant le fleuve de sable friable du temps

*

A l'automne de gros nuages noirs annonciateurs d'une pluie de cendres

Arrivèrent sur la contrée en provenance de la mer des cendres

Pendant plusieurs jours ils roulèrent dans le ciel obscurci

Jouant les titans musculeux

*

Les oiseaux disparurent de la contrée

Les rats en longue procession gagnèrent le nord

Les habitants se hâtèrent de rentrer leurs récoltes et de faire des provisions

Les voyageurs sur leurs glisseurs profitèrent des vents favorables pour s'éloigner le plus possible

*

Puis les vents se calmèrent

Le ciel s'assombrit

Un silence morne s'établit

Et la pluie arriva

*

Il ne fut plus possible de quitter son habitation

La pluie parvenue de la mer des cendres étant empoisonnée

Les habitants par expérience savaient qu'ils devaient calfeutrer toutes les issues de leur demeure

En aucun cas s'aventurer dehors

*

Les jours stagnèrent

La pluie ne cessait pas

Déjà les cours d'eau de la contrée avaient quitté leur lit

Leurs crues envahirent les villages


*

Ces inondations provoquèrent l'effondrement des maisons les plus anciennes

Et les plus proches des régions inondables qui n'avaient point été construites sur pilotis

Comme les autorités de l' Empire des Sombres l'avaient recommandé

Mais non point ordonné dans un souci de libéralisme

*

Il n'était pas possible tant que la pluie continuait

De venir au secours des habitants sinistrés

Il fallait prendre son mal en patience

Du moins on était certain que la digue empêcherait un tsunami venu de la mer des cendres

*

De tout emporter dans sa rage monstrueuse

Les experts de l'empire étant formels

La digue avait été construite en tenant compte des précédents tsunamis

Il n'y avait donc pas de danger


*

La pluie s'arrêta d'un coup

Prudents les habitants attendirent plusieurs jours

Avant de s'aventurer hors de leur demeure

Un silence très lourd régnait

*

Une odeur de décomposition s'installa

Qui piqua les muqueuses des premiers habitants sortis

Une boue cendreuse avait tout recouvert comme un

Linceul sale

*

Du moins pensèrent les habitants cette boue faciliterait les nouvelles récoltes

Peu à peu l'activité reprit

C'est dans l'après-midi que l'énorme vague arriva

Dans un fracas de forge cyclopéenne

*

Elle charriait des pans entiers de la digue et de maisons des faubourgs

Amplifiant sa rage de destruction

Elle courut sur une grande partie de la contrée

Lorsqu'elle se retira elle ne laissa qu'un cimetière bas de squelette de maisons


*

On compta par dizaines de milliers les morts

Tout avait été emporté détruit

La plus grande partie de la contrée se révéla contaminée

Il y en avait pour plusieurs siècles avant qu'elle soit de nouveau habitable


*

Ordre fut donné par les autorités de l'Empire d'établir un périmètre interdit à toute activité

Les habitants survivants seraient relogés dans les contrées limitrophes

Un permis de séjour leur serait alloué et

Pour ceux qui avait perdu leurs papiers des papiers d'identité provisoires


*

En effet l'état civil des tous les bourgs et villages avait disparu

Ceux qui n'y étaient pas nés étaient priés de faire parvenir au plus tôt aux autorités

Les extraits de naissance et de séjour indispensables

Pour obtenir de nouvelles pièces d'identité définitives


*

Quant aux autres ils furent convoqués devant les tribunaux

Et sous serment ils déclinèrent leur état civil

Quand ils purent assortir cette déclaration de deux témoignages

Ils acquirent leur papiers définitifs

*

Les autres les plus nombreux

N'obtinrent que des documents provisoires

Les juges leur firent comprendre qu'ils n'avaient pas intérêt à mentir

Comme il était certain que quelques uns s'y aventureraient


*

Des enquêtes minutieuses seraient lancées

Gare aux contrevenants

Ces papiers provisoires au fur et à mesure des enquêtes

Deviendraient définitifs


*

Dans combien de temps

Les juges ne le précisèrent pas

Mais nul n'ignorait la lenteur des enquêtes dans l'empire des Sombres

Autant que leur minutie


*

Vocatus telextern

Fit parti des habitants qui ne purent assortir leur déclaration d'identité sous serment

Des deux témoignages requis

Il n'obtint donc qu'une carte provisoire de séjour à Valanprax


*

Il lui fallut deux jours pour s'y rendre depuis le centre d'hébergement

Où il avait passé plusieurs semaines en transit

L'accueil des habitants comme il s'y attendait fut très froid

Il sentit bien qu'on le considérait comme un intrus


*

Heureusement pour lui le bourg avait besoin d'un aide forgeron

Il fut donc accepté pour remplir cette fonction

D'autant que le forgeron était un vieil homme perclus de rhumatismes

Appartenant à la caste des non-conformes du fait de ses mains palmées


*

Ce qui facilita ses rapports avec cet homme habitué à être rejeté et méprisé

Et lui permit pour son logement de ne pas recourir à une location dans le bourg

Mais de s'installer dans le petit atelier attenant à la forge municipale

Qu'il occupait

*

Au début il espéra recevoir assez vite ses papiers définitifs d'identité

Ce qui aurait rendu sa vie plus simple et lui aurait permis pourquoi pas de solliciter

De s'installer dans une ville où les étrangers étaient moins susceptibles d'un rejet

Mais en vain

*

Comme il ne recevait rien

Il alerta les autorités

Il envoya plusieurs courriers qui restèrent sans réponse

Il se décida même à se rendre au siège du tribunal


*

Il se heurta après plusieurs jours de tergiversations

A une fin de non recevoir

Il dut rentrer

D'autant que son maître forgeron était au plus mal


*

Il mourut en quelques jours

Rongés par ce mal mystérieux mais commun

Qui abrégeait la vie des habitants de la contrée

Contrairement à son espoir il ne fut pas choisi par la municipalité


*

Pour occuper la fonction de forgeron

Cela n'était pas possible

Puisqu'on ne savait pas qui il était

On choisit toujours dans la caste des non-conformes une chitineuse


*

Lorsqu'elle se présenta à la forge

Vocatus Telextern ne put réprimer un mouvement de recul

Elle semblait très jeune

Sa peau chitineuse noire brillait comme un miroir

*

Elle se rendit compte de son mouvement de recul

Mais il estima qu'elle lui laissait une chance en lui tendant la main

S'il la saisissait et qu'il réussissait à ne pas faire preuve de répulsion

Leurs rapport pourraient se nouer de manière satisfaisante


*

Il serra la main tendue

En éprouvant une agréable sensation de douceur et fraîcheur

Elle sourit en lui souhaitant le bonjour

Vous n'êtes pas trop déçu demanda-t-elle

*

De quoi fit-il d'une voix enrouée par la crainte de l'avoir blessée par son mouvement de recul

De mon arrivée répondit-elle je me doute que vous deviez espérer le poste

Il décida d'être franc avec elle et de ne pas nier cette évidence

Ce qui constatait-il avec soulagement oblitérait celle de sa première répulsion

*

Elle ôta sa coiffe

Il marqua un moment d'étonnement qui le fit se traiter intérieurement d'imbécile

Comme tous les non-conformes à peau chitineuse elle était dépourvue de tout système pileux

Il aurait dû s'y attendre il était de nouveau confus


*

Elle ne remarqua pas cet étonnement ou du moins ne s'en formalisa-t-elle pas

Elle lui demanda de lui montrer l'atelier

Elle apprécia la forge et les instruments parfaitement entretenus

Il lui indiqua le calendrier des travaux


*

Elle lui fit savoir qu'elle commencerait le lendemain

En attendant elle en profiterait pour s'installer dans le logement qui lui était attribué au bourg

Elle s'étonna de ce qu'il n'y habitât pas

Il lui indiqua sa situation administrative


*

Je comprends dit-elle

Elle quitta l'atelier en direction de son logement à quelques centaines de mètres de la forge

Le lendemain aux premières heures elle commença son travail

Elle apprécia le fait qu'il ait allumé le foyer


*

Elle le fit ronfler en actionnant le soufflet

Au-delà de ce qu'il avait l'habitude de faire

Il comprit que cette chaleur puissante ne l'importunait pas

Pourquoi les non-conformes à peau chitineuse occupaient ce type d'emploi


*

Le jour passa en une heure

Il ne comprit pas pourquoi son cœur s'alourdit vers la tombée du jour

Pourquoi il fut comme un enfant perdu tout le soir

Pourquoi la nuit fut si longue


*

Pourquoi il salua les premières lueurs du jour avec espoir

Pourquoi son cœur s'allégea et se lança dans une course accélérée

lorsqu'il aperçut la silhouette de Charmene qui s'encadrait dans l'entrée de la forge

Le jour passa en une heure


*

Les jours passaient en une heure

Les nuits s'attardaient indéfiniment

Il suffisait qu'il entrevît la silhouette de Charmene s'encadrant dans l'entrée de la forge

Pour que le temps se précipite seconde par dessus minute minute par dessus heure

*

Il lui sembla qu'à la tombée du jour

Charmene ralentissait ses gestes comme si elle ne voulait plus achever le travail programmé

Comme si elle espérait comme lui que ce jour fût sans fin

Pour qu'ils ne se séparassent pas pour la nuit


*

Les jours passaient en une heure

le printemps passa en coup de vent

l'été ne fut qu'un souffle

l'hiver à peine un rêve


*

Les jours passaient en une heure

Les années comme un mirage

Oserait-il lui demander de vivre ensemble

Pouvait-il espérer une réponse positive


*

La seule pensée qu'elle puisse dire non

En faisait un pantin désarticulé

Incapable du moindre sentiment autre

Qu'une douleur sans fin

*

Allait-il oser

Le fait qu'elle ralentisse ses gestes de forgeronne

Quand le soleil se mettait à décliner

Était-il un signe d'encouragement


*

Au moment de se séparer pour ces nuits interminables

L'abandon de sa main si fraîche dans la sienne

Son regard écarquillé d'accueil lumineux

Étaient-il des signes qu'elle n'était plus qu'attente de sa demande


*

Allait-il oser

Alors que les années passaient comme un prélude à une vraie vie

Qu'il n'était plus devant elle que son souffle

Son âme pantelante


*

Les jours passaient à la volée

Les automnes comme envol d'une feuille

Les printemps en coup de vent

Les étés comme songe d'une nuit


*

Les hivers comme un nuage dissipé par un souffle

Les années comme un mirage

Un prélude à une autre vie

L'abandon de sa main si fraîche dans la sienne


*

Son regard écarquillé d'accueil lumineux

Étaient-ils des signes

De cette autre vie qu'il espérait vivre avec Charmene

Allait-il oser


*

Avant qu'il eut terminé sa phrase si longtemps préparée

Il sut la réponse

Alors les nuits passèrent comme les jours

En une heure


*

Des nuits où il se rafraîchissait interminablement à la fraîcheur de sa peau

Qui contrastait avec la douceur et la chaleur

De l'intérieur de son ventre

Dans lequel il plongeait comme dans une mer immense


*

Les jours couraient les uns derrière les autres

Finissaient par se rattraper se fondre

En un seul moment de bonheur

En une éternité sans retour ni demain


*

Les automnes passaient comme envol d'une feuille

Les printemps en coup de vent

Les étés comme songe d'une nuit

Les hivers comme un nuage dissipé par un souffle


*

Elle lui demanda s'il désirait un enfant

Ils étaient dans leur clairière de la nuit

Il fut enveloppé dans une bulle de vin de roses de jasmin de miel

Dans une éternité sans retour ni demain


*

Il ne sut quoi dire

Elle s'inquiéta

Je n'aurais pas du

Dit de sa voix hésitante


*

Il sortit de son enchantement

Pressa son corps à la peau si fraîche

Murmura à son oreille

Un oui qui voleta autour d'eux dans leur clairière de la nuit


*

Il fallait une autorisation spéciale pour qu'un conforme enfante avec une non-conforme

Sous peine que l'enfant ne soit enlevé à ses parents pour être étudié

Et euthanasié si ses écarts par rapport à la norme

Se révélaient trop importants


*

Cette autorisation ne pouvait lui être accordé que par les autorités centrales de l'Empire

Il lui fallait donc entreprendre un voyage jusqu'à la métropole de la contrée

Il ne perdit pas de temps et se mit en route dès le lendemain

Sur la route il se retourna pour regarder une dernière fois Charmene

*

Elle était dans l'encadrement de l'entrée de la forge

Dont il apercevait le foyer rougeoyant

Il fut plongé dans un tourbillon de sentiments contraires

Il n'osa pas lui faire un signe


*

Elle non plus

Puis le temps se remit en marche

Le soir venu il coucha dans un refuge

Ne cessa d'être dans cette clairière de la nuit où ils se retrouvaient après avoir fait l'amour


*

Le lendemain il reprit la route

Au passage d'un pont qui enjambait la rivière Erdemack

Il fut contrôlés par des agents de l'Empire

Il fut arrêté


*

On le transporta à la prison du district

Afin d'interrogatoire

Comment se faisait-il qu'il n'avait toujours pas après tant d'années ses papiers définitifs

Mais ceux qu'ils portaient depuis longtemps périmés


*

Il répondit que tout à son travail

Il n'avait plus songé à relancer l'administration impériale

Celle-ci l'ayant assuré que sa demande avait été prise en considération

Avait-il ce document


*

Malheureusement non

Il n'était pas possible de le relâcher tant qu'il ne montrerait pas ce document

Comment pourrait-il alors montrer sa bonne foi

Ne pourrait-on pas aller le chercher chez lui dans son village


*

Il n'en était pas question

Les agents des autorités impériales n'étaient pas à la disposition des contrevenants

Surtout s'ils ne pouvaient prouver leur identité

Pourrait-on le laisser rentrer chez lui pour prendre ce document


*

Ce n'était pas possible de relâcher dans la nature un individu suspect

Depuis quelques temps on signalait dans la contrée des maraudeurs

Qui s'en prenaient aux citoyens honorables

Les torturaient pour leur extorquer leur maigres économies


*

N'en faisait-il pas parti

Dans ce cas fit-il admettre il aurait été muni de faux papiers

On le présenta au juge de district pour statuer

Celui-ci le condamna à une peine de travaux forcés de trois ans

*

Il obtint l'autorisation de prévenir Charmene pour qu'elle ne s'inquiétât pas

Au bout de six mois il fut relâché

Charmene avait apporté le document

Mais elle n'avait pas eu l'autorisation de le voir


*

Elle avait été contrainte de rentrer sans délai dans son village

Les membres de la caste des non-conformes n'étant pas autorisés à quitter plus de trois jours

Le lieu où ils avaient autorisation de s'installer

Il partit sans délai pour la métropole


*

Il lui fallut une semaine pour l'atteindre

Là une employé de l'Empire peu amène lui apprit que toutes les archives d'état-civil

Avaient été transférées dans la capitale de l'Empire

Que s'il désirait régulariser sa situation administrative il devait s'y rendre


*

De toutes façons pensa-t-il pour obtenir l'autorisation d'avoir un enfant avec Charmene

Il devait s'y rendre il ferait ainsi d'une pierre deux coups

Il repartit pour la capitale

Il avait un peu d'argent et put prendre un billet de quatrième classe dans un glisseur public

*

Qui faisait la navette entre les métropoles de région et la capitale de l'empire

Le voyage dura un peu plus de quatre mois en raison de vents souvent contraires

Les glisseurs publics ayant pour seule énergie le vent

Leur voile carrée ne leur permettait d'avancer que par vent arrière


*

Il arriva le soir

Il ne put trouver d'hébergement et dormit à la belle étoile

Il fut réveillé par des cris dans la nuit

Un voyageur comme lui dormant à la belle étoile venait d'être dépouillé de tout ses biens

*

Il ne ferma plus l'œil de la nuit

Aux aguets avec la fraîcheur de la peau de Charmene sur sa peau

Au matin il dut faire la queue pour obtenir un laisser passer pour entrer dans la capitale

Lorsque après plusieurs heures d'attente il parvint au guichet il n'obtint pas l'autorisation


*

Toujours pour ce même motif d'absence de carte d'identité

Il eut beau montrer le document officiel spécifiant qu'il avait bien fait une demande de carte

L' agent chargé de la délivrance des autorisations fit valoir son rang subalterne pour son refus

Il n'avait qu'à attendre la venue de son supérieur hiérarchique


*

Quand arriverait-il

Il n'y avait pas de réponse assurée

Peut-être aujourd'hui peut-être demain

Ou bien dans une semaine


*

Pourquoi pas un mois fit amer Vocatus Telextern

Il ne croyait pas si bien dire

Souvent il fallait attendre un mois voire plus pour que son chef daignât

Se souvenir de cette entrée de la capitale qui était secondaire


*

Vocatus trouva une place pour dormir dans l'asile tenu par la confrérie des Pénitents Rouges

Seule obligation assister à la cérémonie matinale où

La foule des pénitents devaient se repentir de ses fautes

En récitant la prière d'abomination de la science plus particulièrement de la physique


*

Surtout de la physique N...

Le mot ne devait pas être prononcé ni écrit

Il était remplacé par le nonagramme PHySqnCLr

Que tu sois maudite PhySqnCLr


*

C'est au bout de 17 jours que le chef de la porte arriva

Il n'avait pas le temps d'étudier la question

Il ne pouvait accorder l'autorisation d'entrer

Il en référerait à son supérieur hiérarchique

*

Cela prendrait-il combien de temps

Au minimum trois mois

Il était pressé

Mais son cas n'était pas unique


*

l'Empire était immense

Qu'il prenne patience

Tous les matins Vocatus se rendait à la porte

Il apercevait la foule ininterrompue de voyageurs qui entraient et sortaient quotidiennement

*

Pourquoi ne tentait-il pas sa chance

Pourquoi ne se fondait-il pas dans cette foule

Il sut qu'une fois entré il risquait s'il était contrôlé sans autorisation la mort

Sous le chef d'inculpation de terrorisme

*

Prudent il renonça

Tous les matins il continuait de se rendre à la porte

Pour vérifier si son autorisation était arrivée

Puis il regagnait les abords de l'asile avec la foule bigarrée de tous les membres de l'empire


*

Qui comme lui conformes ou non-conformes

Avaient à faire dans la capitale

Les jours coulaient lentement

Seconde après secondes minute après minute heure après heure


*

Mais une fois écoulé ils disparaissaient

Impossible à retenir du fait de leur vide

Au bout de quelques mois ou de quelques années il avait l'impression qu'il venait d'arriver

Cela le rassurait seule la distance le séparait de Charmene mais pas le temps


*

Il lui fut donc impossible de savoir quand il obtint l' autorisation d'entrer dans la capitale

Au bout d'un mois de six mois d'une année

Voire beaucoup plus

L'important était qu'il avait franchi un premier obstacle


*

Il se rapprochait de son possible retour de ses retrouvailles avec Charmene

Qui occupait en permanence ses pensées

Il se rendit sans tarder au bureau central des identités

Une énorme pyramide dont on disait qu'elle était en construction depuis des dizaines d'années


*

Qui n'était toujours pas achevée

On pouvait apercevoir les échafaudages en bambous qui se perdaient dans les hauts brumeux

Où s'activaient une multitude d'ouvriers

On racontait que les travaux avaient été ralentis par de multiples effondrements

*

Dus à de mauvais calculs de la part des architectes

Ou bien à des malfaçons explicables par la corruption de certains entrepreneurs

Qui avaient payé de leur vie leurs errements

Mais à voix basse on parlait de malédiction


*

De la vengeance des dieux

De ces mêmes dieux qui autrefois avant l'Empire

Avaient coupé par le milieu les membres de l'ancienne humanité pour la punir

Et séparer leur partie féminine de leur partie masculine


*

Les membres de cette secte étaient impitoyablement poursuivis torturés

Crucifiés la tête en bas

On pouvait voir leur crucifix à certains carrefours

Pour que nul n'en ignore

*

Avec l'inverse résultat d'augmenter le nombre de ses adeptes au lieu de le diminuer

Vocatus en pénétrant dans l'immense salle des pas perdus

Fut submergé par un brouhaha énorme renforcé par son écho contre les parois de marbre

Il était perdu où aller comment traverser cette foule qui avançait lentement vers un bout de la salle

*

Après plusieurs heures il aperçut le guichet d'accueil protégé par des chaînes

Un voisin lui appris que pour avoir la possibilité d'y faire enregistrer sa demande

Il devait prendre un numéro de passage aux machines qui le flanquaient de part et d'autre

C'était automatique il appuyait sur le bouton vert et il recevait son numéro


*

Heureusement la salle des pas perdus

Pour démontrer la bienveillance du gouvernement des Sombres envers les citoyens de l'empire

Était ouverte 24 H sur 24

Ce n'est que le lendemain qu'il parvint aux machines


*

Pour satisfaire leurs besoins chaque citoyen gardait la place de son voisin à charge de revanche

Des agents offraient de l'eau et des vivres à la foule

Quand il y avait quelqu'un pris de malaise ce qui arrivait souvent

Du fait de la compression subie


*

Il était transporté dans une infirmerie

Bien sur sa place était gardée jusqu'à son retour

Devant la machine Vocatus appuya sur le bouton vert

Il reçut son numéro


*

Au verso de celui-ci un petit texte le félicitait en lui indiquant

qu'il avait le numéro 000000000000011111111

Ce qui lui permettait d'être reçu au guichet dans 19 années 7 mois 18 jours vers 23h 59

Il fut effondré


*

Mais au recto il put lire qu'il y avait chaque jour plusieurs tirages au sort

Qui lui offraient la possibilité d'être admis immédiatement au guichet des renseignements

C'est par ce moyen que les Sombres rendaient une attente aussi longue

Soutenable par leurs citoyens dont ils démontraient une fois de plus leur grand intérêt


*

Aurait-il cette chance

Valait-il le coup d'attendre

Ne valait-il pas mieux repartir

Pour vivre avec Charmene fut-ce sans l'autorisation d'avoir un enfant

*

Et d'ailleurs qu'est-ce qui empêchait qu'ils aient un enfant

rien

Ils n'auraient qu'à garder secrète sa naissance

Mais ils le condamnait à vivre clandestinement et à risquer chaque jour d'être pris et emmené


*

En avaient-ils le droit

Leur désir égoïste l'emportait-il sur le bien-être de l'enfant

Certes s'il parvenait à l'âge de trente ans sans être démasqué

La prescription jouerait

*

Il serait reçu dans la communauté de l'Empire comme citoyen à part entière

De la caste des « tard venus » qui était réputée

Parce que ses membres étaient considérés

À l'instar de miraculés comme des porteurs de chance aux membres des autres castes

*

Vocatus décida de tenter le sort

Il aurait tout le temps de réfléchir et de se décider

Il se mit à attendre

Les jours se mirent de nouveau à couler

*

Seconde par seconde

Minute par minute

Heure par heure

Aussi lentement que possible


*

Mais aussi vides que possible

S'entassant les uns sur les autres

Tous les mêmes

Tous insignifiants


*

En fait disparaissant dans le non temps

Dans la non durée

Persuadant Vocatus que hier était aujourd'hui

Que demain serait aujourd'hui


*

Que hier n'existait pas

Que le temps n'avançait pas

Qu'il stagnait

Qu'il était dans une bulle de non durée


*

Une bulle qui s'évanouissait

Chaque fois qu'il tentait de la saisir

Ainsi le temps ne passa pas

Ainsi il ne sut plus où il en était de son attente


*

Quand son numéro fut tiré au sort

Il ne sut plus depuis combien d'années il attendait

Il fut rapidement orienté vers les bureaux qui s'occuperaient de son cas particulier

On s'étonna qu'il n'ait point reçu sa carte d'identité


*

Celle-ci lui avait bien été envoyée depuis une dizaine d'années

Comment se faisait-il qu'il ne l'eût point reçu

Il pensa qu'il avait dû la recevoir une fois son voyage entrepris

Devrait-il aller la rechercher et revenir


*

On lui fit une faveur

On le dirigea vers l'administration des autorisations

Il n'eut guère à attendre

Il avait de la chance


*

Il pensa qu'il ne cessait depuis quelque temps d'avoir de la chance

On venait de recevoir une liasse d'autorisation

L'empire ayant décidé d'augmenter la population par tout moyen

Étant donné que les cas de stérilité ne cessaient d'augmenter


*

Munie de son autorisation il s'empressa de prendre le chemin du retour

Il eut encore de la chance

Il ne dut attendre que quelques mois

L'autorisation de sortir de la capitale

*

Toujours chanceux il trouva en quelques mois une place dans un glisseur

Qui allait dans la contrée où il vivait

Sur la route les vents furent presque tous les jours contraires

Des pluies de cendres forcèrent les voyageurs à se réfugier chez l'habitant

*

Les jours y coulèrent encore plus lentement

Seconde par seconde minute par minute heure par heure

Ils disparaissaient dans le vide de la non-durée de sa mémoire

De voyageur impatient


*

Finalement le glisseur arriva à destination

Il faisait un jour sombre

Des nuages herculéens roulaient des muscles dans le ciel

Le rougeoiement de la forge lui apparut plus distinctement


*

Il avait éprouvé depuis quelques temps le besoin pour se déplacer de s'appuyer sur une canne

Il ne voyait plus très bien

Il sut donc que ce n'étaient pas ses larmes qui l'empêchaient de bien distinguer

Les deux silhouettes qui s'encadraient dans l'ouverture de la forge


*

Au fur et à mesure qu'il avançait avec la lenteur d'un vieillard

Il reconnut Charmene toujours aussi belle

Avec sa peau qui luisait aux flammes de la forge

Toujours aussi jeune


*

Mais qui était l' homme assez jeune qui se trouvait à ses côtés

Il ne le connaissait pas ne le reconnaissait pas

Son cœur au lieu de battre plus fort lui manquait

Il fut contraint de s'arrêter

*

Il sut qu'il touchait au but

Que sa vie s'enfuyait

Mais au moins il attendrait pour partir de prendre Charmene dans ses bras

Elle courait vers lui elle aussi avec lenteur


*

Aurait-elle le temps de le prendre dans ses bras

Son cœur au lieu de battre plus fort lui manquait

Elle dût s'arrêter

Il eut la force de reprendre sa marche vers elle


*

l'homme assez jeune avait rattrapé Charmene

Il la soutenait

Elle était toujours aussi belle

Sa peau était toujours aussi lisse


*

Il savait que c'était la caractéristique enviée par les femmes de l'empire

Les peaux chitineuses des femmes non conformes ne prenaient pas une ride

Après toute une vie

Ils s'enlacèrent


*

Il n'eut pas besoin de la questionner

Cet homme assez jeune qui à présent les soutenait tous les deux aussi légers que brindilles

Il savait qui il était

Il regretta de devoir partir déjà


*

Parce qu'il ne l'avait pas vu grandir

Qu'il ne savait pas s'il était suffisamment armé pour continuer la route à son tour

Parce qu'il laissait derrière lui Charmene

Dont il sentait les larmes glissaient sur le visage


*

Dont il respira une derrière fois le parfum

Qui le replongea

Dans leur vie

Si lumineuse d'avant

*

Tag(s) : #Empire des Sombres

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :